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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101050

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101050

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPINTREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 septembre 2021 et le 8 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Pintrel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2021 prise sur son recours administratif préalable obligatoire par la commission de recours de l'invalidité en tant qu'elle a rejeté sa demande de révision pour aggravation de l'infirmité constituée par des vertiges actuellement pensionnée à hauteur de 15 % ;

2°) de lui accorder la révision pour aggravation de sa pension militaire d'invalidité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

4°) de condamner l'Etat aux dépens sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision du 10 décembre 2020 prise par la ministre des armées ne fait aucune référence à l'avis du 26 novembre 2020 du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité ;

- il convient de s'appuyer sur les conclusions de M. E, expert désigné par l'administration, lequel a conclu à une aggravation de l'infirmité pensionnée en constatant la nécessité de se déplacer avec une canne et une aggravation des vertiges.

Par des mémoires en défense enregistrés le 12 août 2022 et le 2 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête. Le ministre soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- vu la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- vu le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 15 avril 1950, a été radié des cadres le 23 mai 2001 au grade de gendarme. Il est titulaire d'une pension militaire d'invalidité au taux de 75 % concédée en dernier lieu par un arrêté de pension du 16 janvier 2017 avec une entrée en jouissance à compter du 4 avril 2014. Cette pension prend en compte cinq infirmités : une hypoacousie de perception bilatérale post-traumatique, des vertiges, des séquelles de trauma du rachis cervical, des séquelles de traumatisme du pouce droit et des acouphènes. Par un courrier du 22 juillet 2019, il a sollicité la révision de sa pension pour aggravation des séquelles de trauma du rachis cervical et de ses vertiges. Par une décision du 10 décembre 2020, la ministre des armées a rejeté cette demande. L'intéressé a alors formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision lequel a été partiellement rejeté par une décision de la commission de recours de l'invalidité du 7 juillet 2021 qui a fait droit à la demande relative à l'aggravation des séquelles de trauma du rachis cervical. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle a rejeté sa demande de révision pour aggravation de ses vertiges.

2. Aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée () La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le degré d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins du pourcentage antérieur. Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée () ".

3. Il résulte de l'instruction que le droit à pension au titre duquel M. A sollicite une révision pour aggravation a été ouvert sur le fondement d'une première expertise réalisée par le M. B, expert ORL, le 27 mars 2012. Ce dernier avait alors conclu à une " hypoexitabilité bilatérale de type périphérique " et constaté " romberg instable, marche aveugle très difficile avec chute, nystagmus droit et gauche horizontaux ". Le même expert s'est prononcé en faveur du maintien du taux de l'infirmité pensionnée aux termes d'un examen réalisé le 29 décembre 2015, après avoir constaté les symptômes suivants : " hypoexitabilité vestibulaire bilatérale de type périphérique ", " romberg instable, marche aveugle très difficile avec chute, nystagmus droit et gauche horizontaux, acouphènes de tonalité aiguë sur le 4000 Hz aux deux oreilles, permanents, invalidants, aggravant les troubles de compréhension de la parole et troubles du sommeil ". M. E, désigné par l'administration dans le cadre de la demande de révision a constaté le 13 octobre 2020 : " marche aveugle très instable, romberg oscillant, forte hypoexitabilité bilatérale témoignant d'une atteinte de l'oreille interne ". Il a également indiqué que l'intéressé se déplace " parfois avec l'aide de cannes ". Si le requérant soutient que les troubles de l'équilibre, constatés depuis l'ouverture de son droit à pension, revêtent désormais un niveau de gravité plus élevé matérialisé par une marche nécessitant l'usage de cannes, il ne résulte pas de l'instruction que les symptômes constatés par les experts désignés par l'administration ont évolué. Ainsi, si l'intéressé se prévaut de difficultés aggravées pour se déplacer et si le certificat établi par M. D qu'il a produit à l'appui de sa demande de révision fait état " d'une instabilité à la marche permanente ", un tel symptôme n'a pas été constaté par M. E lequel a uniquement relevé " une marche aveugle très instable ", laquelle avait déjà été constatée par les expertises antérieures, ainsi qu'il a été dit. Au surplus, l'intéressé n'établit par aucun élément que le supplément d'infirmité dont il se prévaut serait exclusivement imputable à l'infirmité pensionnée.

4. Il résulte de ce qui précède que les demandes d'annulation de la décision du 7 juillet 2021 et de révision des droits à pension doivent être rejetées, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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