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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101105

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101105

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFINALTERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2021 et le 19 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Finalteri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur du centre hospitalier d'Ajaccio sur sa demande tendant à la régularisation de sa situation administrative et à sa nomination dans le corps des techniciens supérieurs hospitaliers relevant de la catégorie B ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Ajaccio, à titre principal, de régulariser sa situation administrative, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le centre hospitalier d'Ajaccio à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Ajaccio la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande est recevable, le contentieux ayant été lié ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en raison de l'inadéquation entre les missions qu'elle exerce et le grade qu'elle détient et le corps auquel elle appartient ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle subit un préjudice financier d'un montant de 27 118,20 euros ;

- les manquements fautifs de l'administration lui ont causé un préjudice moral évalué à la somme de 8 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 avril 2022 et le 9 juin 2022, le centre hospitalier d'Ajaccio, représenté par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable permettant de lier le contentieux ;

- le grade détenu par un fonctionnaire ne lui donne pas un droit à occuper un emploi déterminé, l'administration se devant uniquement de le nommer à un emploi compatible avec le grade qu'il détient ;

- la nomination d'un agent ne peut s'effectuer que sur un poste vacant et doit résulter d'une décision en bonne et due forme ;

- une affectation d'un agent sur un emploi occupé par un agent de grade supérieur ne confère à celui-ci aucun droit à percevoir le traitement correspondant à ce grade ;

- en l'absence de toute décision formelle du centre hospitalier d'Ajaccio l'ayant nommée dans le corps des techniciens hospitaliers sur un poste vacant au sein de l'établissement, la requérante n'est pas fondée à invoquer un droit à voir sa situation être régularisée dans ce grade ;

- la requérante ne justifie pas du préjudice moral dont elle se prévaut et n'établit pas le lien de causalité direct et certain avec la faute qui aurait été commise dans la gestion de sa carrière ni en quoi son préjudice serait distinct d'un éventuel préjudice financier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984

- le décret n° 2011-744 du 27 juin 2011 ;

- le décret n° 2016-1705 du 12 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry Vanhullebus, rapporteur,

- les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public,

- et les observations de Me Albertini, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ouvrière principale de 2ème classe, exerce ses fonctions au centre hospitalier d'Ajaccio depuis le 22 janvier 2007. Par un courrier du 19 mai 2021, reçu le 21 mai 2021, elle a demandé au directeur du centre hospitalier d'Ajaccio de régulariser sa situation administrative à la suite de l'obtention en 2017 d'un diplôme de licence, mention " Gestion de la Production Industrielle ", spécialité " Qualité, Santé, Sécurité et Environnement " et en raison des missions qu'elle assure depuis l'obtention de ce diplôme et de la nommer dans le corps des techniciens supérieurs hospitaliers relevant de la catégorie B. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur du centre hospitalier d'Ajaccio sur cette demande et de condamner le centre hospitalier d'Ajaccio à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " () Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. / Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle. Toutefois, le présent alinéa ne fait pas obstacle à la promotion interne d'agents qui, placés dans la position statutaire prévue à cette fin, sont soumis aux II et III de l'article 23 bis de la présente loi () ".

3. Aux termes de l'article 1 du décret du 12 décembre 2016 portant statut particulier des personnels de la filière ouvrière et technique de la catégorie C de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Sont régis par les dispositions du décret du 19 mai 2016 susvisé et du présent décret les personnels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée constituant les corps classés en catégorie C suivants : () 2° Le corps des personnels ouvriers ; ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " Le corps des personnels ouvriers comprend trois grades : / 1° Le grade d'agent d'entretien qualifié relevant de l'échelle de rémunération C1 prévue par le décret du 19 mai 2016 précité ; / 2° Le grade d'ouvrier principal de 2e classe relevant de l'échelle de rémunération C2 prévue par le même décret ; / 3° Le grade d'ouvrier principal de 1re classe relevant de l'échelle de rémunération C3 prévue par le même décret () ". Aux termes de l'article 1 du décret du 27 juin 2011 portant statut particulier du corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers, dans sa rédaction applicable au litige : " Le corps des techniciens et techniciens supérieurs hospitaliers est classé dans la catégorie B prévue à l'article 4 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Le corps des techniciens et des techniciens supérieurs hospitaliers comprend les trois grades suivants : / 1° Technicien hospitalier ; / 2° Technicien supérieur hospitalier de 2e classe ; / 3° Technicien supérieur hospitalier de 1re classe () ".

4. Mme B soutient qu'elle a obtenu en 2017 un diplôme de licence, mention " Gestion de la Production Industrielle ", spécialité " Qualité, Santé, Sécurité et Environnement " dans le but d'accéder au grade de technicien supérieur hospitalier, qu'elle a ensuite été affectée à la direction de la qualité et de la gestion des risques du centre hospitalier d'Ajaccio, que sa fiche de poste fait état, à ce titre, de ce que ses fonctions relèvent de la catégorie B et qu'elle exerce depuis cette affectation des missions qui appartiennent à un technicien supérieur hospitalier et non pas à un personnel ouvrier. Toutefois, les circonstances que l'intéressée ait exercé de telles fonctions et obtenu un diplôme de licence ne lui ouvrent pas droit, et alors qu'il est loisible à un employeur public d'affecter un agent sur un emploi normalement occupé par un agent de grade supérieur et qu'une telle affectation ne confère aucun droit à percevoir le traitement correspondant à ce grade, à être nommée dans le corps des techniciens supérieurs hospitaliers dont les voies de recrutement sont le concours, le recrutement au choix et par sélection après un examen professionnel après inscription sur une liste d'aptitude en application des dispositions du décret n° 2011-744 du 27 juin 2011. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un emploi aurait été vacant et aurait pu permettre une nomination ou une promotion de l'intéressée. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle attaque.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Mme B ne peut, en l'absence de manquement fautif dans la gestion administrative de sa carrière, se prévaloir d'aucun préjudice moral. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier d'Ajaccio, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier d'Ajaccio, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier d'Ajaccio et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera au centre hospitalier d'Ajaccio la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

Mme Christine Castany, première conseillère,

M. Jan Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. VANHULLEBUS

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

C. CASTANY

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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