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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101134

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101134

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPARME AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire, enregistrés le 28 septembre 2021 et le 22 décembre 2021, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à M. B A un permis de construire une maison et une piscine sur la parcelle cadastrée section CH n° 226, située le long de la route du Salario, au lieudit " La Sarra ".

Le préfet soutient que :

- sa requête est recevable au regard des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, l'erreur d'adresse de notification de son déféré étant purement matérielle et n'ayant pas empêché le pétitionnaire de le réceptionner ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le projet se situant dans le périmètre rapproché d'un établissement classé " risques SEVESO (secteur Z1 de la station de gaz du Loretto) ", où toute construction nouvelle est interdite, en application de l'article 3 de l'arrêté préfectoral du 27 septembre 2016 approuvant le plan de prévention des risques technologiques de la commune d'Ajaccio ;

- cet arrêté méconnaît les articles N-1 et N-2 du plan local d'urbanisme qui interdisent le projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, la commune d'Ajaccio, représentée par la SELARL Parme Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- la requête est irrecevable, les formalités de notification de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ayant pas été accomplies régulièrement, faute de notification de la requête à la bonne adresse du pétitionnaire ;

- les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 1er décembre 2021 et le 13 janvier 2022, M. B A conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à M. B A un permis de construire une maison et une piscine sur la parcelle cadastrée section CH n° 226, située le long de la route du Salario, au lieudit " La Sarra ".

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux ".

3. La commune d'Ajaccio soutient que les formalités de notification au pétitionnaire de la requête du préfet de la Corse-du-Sud fixées par les dispositions citées au point précédent n'ont pas été respectées, dès lors que l'adresse figurant dans son courrier était erronée. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que la lettre en date du 28 septembre 2021, déposée auprès des services postaux le même jour, par laquelle le préfet a informé M. A de son recours, a été adressée au " 6, Sandaloja Petra Rossa 20 167 Peri " au lieu du "6, Scandaloja Petra Rossa 20 167 Peri " mentionné par ce dernier dans son formulaire de demande de permis de construire, une telle erreur matérielle n'a pas privé son destinataire de la réception de ce courrier. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 21 novembre 2019, le maire d'Ajaccio a délivré à M. A un certificat d'urbanisme. Il résulte de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme approuvé par la délibération du conseil municipal d'Ajaccio du 25 novembre 2019, que les constructions nouvelles sont interdites dans le secteur Z1, correspondant au périmètre de risque " SEVESO " d'explosion résultant de la présence de la station de gaz du Loretto, au titre du plan de prévention des risques technologiques approuvé par l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 27 septembre 2016 et annexé audit plan local. Le terrain devant accueillir le projet de M. A se situe dans le périmètre Z1 tel que délimité par le document graphique du plan local d'urbanisme dont les prescriptions précitées ont pour objet la préservation de la sécurité publique. Contrairement à ce que le pétitionnaire soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à la topographie des lieux, son projet n'était pas exposé, à la date de la décision attaquée, au risque d'explosion précité. Dès lors, la commune d'Ajaccio n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme pour soutenir que ces règles nouvelles n'étaient pas applicables à ce projet. Il s'ensuit que le préfet est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a fait une inexacte application des prescriptions de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Ajaccio du 18 mai 2021.

7. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen invoqué par le préfet n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à la commune d'Ajaccio une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L''arrêté du maire d'Ajaccio du 18 mai 2021 est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Ajaccio présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune d'Ajaccio et à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Hallil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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