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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101188

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101188

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantANDREANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 octobre 2021, le 22 février 2022 et le 25 avril 2022, M. D N, Mme K N, M. M J et Mme I O, représentés par la SCP Morelli-Maurel et associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à M. A L et à Mme G Q un permis de construire une villa sur les parcelles cadastrées section CD n°s 358 et 359, situées rue Capitaine C B, ensemble la décision du 3 août 2021 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 15 octobre 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à M. A L et à Mme G Q un permis de construire modificatif en vue de la création d'une fenêtre de toiture pour le projet précité ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Ajaccio la somme de 3 000 euros à verser à chacun d'eux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- ils justifient de l'intérêt leur donnant qualité pour agir, étant propriétaires de parcelles mitoyennes au projet qui entraînera une perte d'ensoleillement et de vue, un préjudice esthétique et un préjudice financier ;

- la requête n'est pas irrecevable, la décision du 19 juillet 2021 de rejet d'un recours gracieux ne leur ayant pas été notifiée en application de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme et ce permis n'ayant pas été affiché sur place ;

- la requête en tant qu'elle est dirigée contre le permis modificatif n'est pas tardive, en l'absence de la notification de cette décision par les pétitionnaires prévue à l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés dans leur mémoire en réplique, tirés du caractère incomplet du document d'insertion, de la méconnaissance des articles UD 11-2.9 et UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'illégalité de l'acte de cession en la forme administrative du 27 juillet 1983, ne sont pas irrecevables en ce qu'ils complètent des moyens soulevés antérieurement ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de son signataire ;

- le dossier de demande de permis de construire était incomplet, en l'absence d'indication des plantations mentionnées à l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, du plan de coupe cité à l'article R. 431-10 de ce code et du plan altimétrique indiqué à l'annexe 2 du plan local d'urbanisme ;

- ce dossier, en particulier son plan de masse, est entaché de fraude en ce qu'il omet de signaler la présence de deux oliviers centenaires, induisant l'administration en erreur, ainsi que l'avis de l'architecte des bâtiments de France ; l'absence de topographie occulte également la réalisation d'importants travaux de remblaiement ; en outre, si dans leur demande de permis modificatif, les pétitionnaires ont mentionné la présence d'oliviers centenaires, l'envergure et la taille réelles de ces arbres n'y étaient pas indiquées ;

- le plan de masse omet d'indiquer que le réseau d'assainissement collectif du lotissement traverse le terrain, viciant l'avis de la communauté d'agglomération du pays ajaccien (CAPA) ;

- l'arrêté litigieux méconnaît une servitude non aedificandi ;

- cet arrêté méconnaît l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'assainissement pluvial, en créant une imperméabilisation des sols et en ne comprenant aucun ouvrage spécifique compensatoire ;

- cet arrêté méconnaît l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur maximale des constructions ;

- en autorisant des fenêtres de toit, le permis modificatif permet de créer 3 niveaux en méconnaissance du plan local d'urbanisme ;

- cet arrêté méconnaît l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'aspect extérieur des constructions et le règlement de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), en créant une rupture stylistique dommageable au quartier ;

- cet arrêté méconnaît le point 2.9 de l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux clôtures ;

- cet arrêté méconnaît l'article UD15 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux performances énergétiques et environnementales ;

- cet arrêté méconnaît les règles relatives aux jardins protégés au titre de la ZPPAUP ;

- par voie d'exception, l'acte administratif du 27 juillet 1983 de cession de la parcelle CD n°359 étant illégal, cette parcelle n'a pas été déclassée, présentant ainsi un caractère public ;

- l'arrêté du 15 octobre 2021 est illégal pour les mêmes motifs que l'arrêté litigieux du 18 mai 2021 ;

- le lieu de déplacement d'oliviers centenaires figurant dans le dossier de demande de permis de construire modificatif n'est pas envisageable en application de la norme NF P98-332 et de l'article R. 152-2 du code rural et de la pêche maritime, alors que le plan omet de préciser l'emplacement du réseau public d'assainissement traversant le terrain.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 novembre 2021 et le 7 mars 2022, Mme G Q et M. A L, représentés par la SELARL Andreani-Humbert, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 400 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête en tant qu'elle est dirigée contre le permis initial est tardive, les requérants ayant présenté un premier recours gracieux le 7 juillet 2021 qui a été rejeté par une décision du 19 juillet 2021 qui leur a été notifiée ;

- la requête en tant qu'elle est dirigée contre le permis modificatif est également tardive, le dossier complet de ce permis ayant été produit à l'instance le 4 novembre 2021 ;

- les moyens tirés du caractère incomplet du document d'insertion, de la méconnaissance des articles UD11-2.9 et UD10 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'illégalité de l'acte de cession en la forme administrative du 27 juillet 1983, ont été soulevés tardivement au regard des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et sont donc irrecevables ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, la commune d'Ajaccio, représentée par la SELARL PARME Avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoie à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

La commune soutient que :

- la requête en tant qu'elle est dirigée contre le permis modificatif est tardive, le dossier complet de ce permis ayant été produit à l'instance le 4 novembre 2021 ;

- les moyens tirés du caractère incomplet du document d'insertion, de la méconnaissance des articles UD11 et UD10 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'illégalité de l'acte de cession en la forme administrative du 27 juillet 1983, ont été soulevés tardivement au regard des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un courrier du 1er septembre 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Giovannangeli, avocat des requérants, ainsi que celles de

Me Andreani, représentant Mme Q et M. L.

Une note en délibéré des requérants a été enregistrée le 12 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 mai 2021, le maire d'Ajaccio a délivré à Mme Q et à M. L un permis de construire une villa sur les parcelles cadastrées section CD n°s 358 et 359, situées rue Capitaine C B. Le 15 juillet 2021, les requérants ont présenté un recours gracieux à l'encontre de ce permis qui a été rejeté par une décision du maire du 3 août 2021. Par l'arrêté du 15 octobre 2021, le maire a délivré aux pétitionnaires un permis de construire modificatif en vue de la création d'une fenêtre de toiture pour le projet précité. Les requérants demandent au tribunal d'annuler le permis initial délivré le 18 mai 2021, la décision du maire d'Ajaccio du 3 août 2021 de rejet de leur recours gracieux et le permis modificatif délivré le 15 octobre 2021.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, la mention relative au droit de recours, qui doit figurer sur le panneau d'affichage du permis de construire en application de l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme, permet aux tiers de préserver leurs droits. Toutefois, l'exercice par un tiers d'un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire montre qu'il a connaissance de cette décision et a, en conséquence, pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux, alors même que la publicité concernant ce permis n'aurait pas satisfait aux exigences prévues par l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 6 juillet 2021, le " collectif de défense du lotissement du Forcone " a formé un recours gracieux à l'encontre du permis de construire litigieux délivré le 18 mai 2021. Ce recours a été signé par les 4 requérants alors qu'il est constant que ce collectif n'avait pas d'existence légale. Dès lors, les requérants ont eu connaissance acquise de ce permis à partir de la date précitée. Néanmoins, il ne ressort pas des pièces du dossier que la réponse, en date du 19 juillet 2021, du maire d'Ajaccio à ce recours gracieux ait été notifiée aux requérants. Il suit de là que le moyen tiré de la tardiveté de la requête en tant qu'elle est dirigée contre le permis initial délivré le 18 mai 2021 doit être écartée.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme que les parties à une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue sont recevables à contester la légalité d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation intervenue au cours de cette instance, lorsqu'elle leur a été communiquée, tant que le juge n'a pas statué au fond, sans condition de forme ni de délai. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions des requérants dirigées contre le permis modificatif délivré le 15 octobre 2021 et produit en cours d'instance ne peut qu'être écartée.

5. En troisième lieu, selon l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. () ".

6. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio et du point 2.9 de l'article UD11 dudit règlement, ainsi que de l'exception d'illégalité de l'acte de cession en la forme administrative du 27 juillet 1983 n'ont été soulevés que dans le mémoire complémentaire des requérants enregistré le 22 février 2022, soit plus de deux mois après la communication auxdits requérants du premier mémoire en défense de Mme Q et de M. A L, intervenue le 5 novembre 2021. Dès lors, ces derniers sont fondés à soutenir que ces trois moyens sont irrecevables. En revanche, contrairement à ce qu'ils soutiennent, le moyen tiré du caractère incomplet du document d'insertion a bien été soulevé à l'appui de la requête introductive d'instance. Dès lors, ce moyen n'est pas irrecevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

En ce qui concerne la compétence des auteurs des arrêtés litigieux :

8. Aux termes de l'article L. 2122-19 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie () ".

9. Le permis de construire initial délivré le 18 mai 2021 est signé par M. H P, directeur général des services, Si le maire d'Ajaccio a, par un arrêté du 22 janvier 2021, consenti à ce dernier une délégation de signature, cet acte ne mentionne aucune catégorie de décisions auquel il s'applique. Dès lors, ce permis est entaché d'incompétence. Toutefois, le permis de construire modificatif délivré le 15 octobre 2021 a été signé par Mme E F, adjointe au maire. Les requérants contestent également la compétence de celle-ci pour signer un tel acte. Toutefois, par un arrêté du 28 mai 2020, dont le maire d'Ajaccio atteste de l'affichage en mairie, celui-ci a donné délégation à Mme F à l'effet de signer les actes relevant de la compétence du maire dans les domaines de l'urbanisme, du logement et de l'aménagement urbain. Il s'ensuit que, le vice dont le permis initial était entaché ayant été régularisé, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

En ce qui concerne le caractère incomplet du dossier de demande de permis et la fraude :

10. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ". L'article R. 431-10 du même code dispose : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () ".

11. L'absence, dans le dossier constitué à l'appui d'une demande d'autorisation d'urbanisme, d'une des pièces requises pour l'instruction de cette demande, n'est pas de nature à influencer l'appréciation des autorités chargées de l'examen de la demande dès lors que les indications nécessaires se déduisent des autres pièces du dossier.

12. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le plan de masse produit à l'appui de la demande de permis de construire modificatif fait apparaître la présence de deux arbres qui vont être déplacés du terrain d'assiette du projet vers la limite ouest du terrain en cause. En outre, s'il ressort de la photographie du terrain dans son environnement proche, jointe à l'appui de la demande de permis, que la taille de ces oliviers a été sous-estimée dans le plan de masse, cette photographie a justement permis au service instructeur et à l'architecte des bâtiments de France d'apprécier leur envergure. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier de demande de permis de construire n'aurait pas permis au service instructeur et à l'architecte des bâtiments de France d'apprécier les modalités de traitement des plantations existantes ni qu'il serait entaché de fraude.

13. En deuxième lieu, si les requérants font valoir que le plan de coupe ne fait pas apparaître la pente nord/sud du terrain devant accueillir le projet, il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive de ce projet, que des plans de coupe précisent l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain. En outre, les photographies relatives à l'insertion du projet, également jointes au dossier de demande de permis, ont également permis au service instructeur et à l'architecte des bâtiments de France de mesurer l'impact de celui sur ce terrain. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ce dossier serait insuffisant et entaché de fraude.

14. En troisième lieu, les requérants soutiennent que le projet occulte les données permettant de vérifier la hauteur du terrain naturel, alors que l'annexe 2 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio prescrit la définition d'un plan altimétrique détaillé permettant d'apprécier le respect des règles de hauteur. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les plans de coupe, le plan de masse et les plans de façades cotés figurant dans le dossier de demande de permis ont permis au service instructeur d'apprécier une telle hauteur.

15. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis n'indique pas la présence d'un réseau d'assainissement collectif traversant le terrain devant accueillir le projet en cause. Néanmoins, ils ne précisent pas quelles dispositions d'urbanisme exigeraient des pétitionnaires qu'ils mentionnassent la présence d'un tel réseau, alors qu'il leur incombe seulement, en application des dispositions précitées de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, d'indiquer les modalités de raccordement de leur projet aux réseaux publics, ainsi du reste qu'elles figurent dans le plan de masse.

En ce qui concerne l'existence d'une servitude non aedificandi :

16. Aux termes de l'article A. 424-18 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme. ".

17. Les requérants soutiennent que le terrain d'assiette du projet est couvert par une servitude non aedificandi résultant d'un acte conclu le 4 juillet 1930 entre la commune d'Ajaccio et la société " Le Patrimoine Coopératif Ajaccio ". Néanmoins, ils ne peuvent utilement se prévaloir d'une telle servitude de droit privé à l'encontre du permis de construire litigieux, dès lors que, d'une part, comme le rappelle l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme, les autorisations d'urbanisme sont délivrées sous réserve du droit des tiers et que, d'autre part, aucune règle d'urbanisme applicable en l'espèce ne fait découler d'une telle servitude des prescriptions particulières pour la délivrance du permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'absence de prise en compte de cette servitude doit être écarté.

En ce qui concerne le règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio :

18. En premier lieu, l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio, relatif à l'assainissement pluvial, prescrit : " Toutes imperméabilisations nouvelles sont soumises à la création d'ouvrages spécifiques compensatoires, efficaces, durables, et prenant en compte la situation effective après travaux (terrain, type de bâtiments (). L'aménagement comprendra un système de collecte, un système de rétention et un système d'évacuation et de traitement des parkings () ". Il précise néanmoins qu'en zone EP0 qui est située en aval des grands bassins versants un système de stockage n'est pas exigé afin d'éviter tout effet pervers de l'écrêtement des eaux des parties aval des bassins versants. Il précise également que les eaux pluviales qui atteignent le sol deviennent des eaux de ruissellement, distinguant les eaux de toiture des eaux de ruissellement issues de surfaces imperméables ou semi-imperméables.

19. Il ressort des pièces du dossier que le projet des pétitionnaires est situé en zone EP0 du plan local d'urbanisme d'Ajaccio. Il présente une emprise au sol totale de 86 m2, alors qu'il ne prévoit aucun dispositif d'évacuation des eaux de ruissellement issues de surfaces imperméables ou semi-imperméables. Dès lors, sans que les défendeurs puissent utilement soutenir que ce projet comprend un dispositif d'évacuation des eaux pluviales des toitures tel que prévu à l'article UD4 dudit règlement, les requérants sont fondés à soutenir que le maire d'Ajaccio a fait une inexacte application des prescriptions précitées de l'article 12 de ce règlement.

20. En deuxième lieu, l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio, relatif à la hauteur des constructions, prescrit deux niveaux maximum en zone UDc.

21. Il ressort des pièces du dossier que le projet des pétitionnaires, tel que présenté à l'appui de leur demande de permis de construire modificatif, se situe en zone UDc du plan local d'urbanisme et comporte la création de velux placés dans la toiture. Selon les requérants, ces ouvertures révèlent la création d'un troisième niveau de la construction projetée, compte tenu de sa hauteur, supérieure à 1,80 mètre. Toutefois, ils ne contestent pas que le projet en cause ne prévoit aucun plancher supplémentaire, alors que ces ouvertures ne sont pas placées dans le prolongement des façades de cette construction. Dès lors, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio que le maire a délivré le permis litigieux.

22. En troisième lieu, le point 1.2. de l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio, relatif à l'aspect extérieur des constructions, prescrit : " Les bâtiments, sur toutes leurs faces, doivent présenter un aspect en harmonie avec le contexte de la rue et du quartier par la volumétrie, les façades, les toitures, les matériaux et les couleurs ".

23. D'une part, selon les requérants, l'aspect extérieur de la construction projetée porte d'autant plus atteinte à son environnement urbain qu'elle se situe en zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager. Toutefois et en tout état de cause, il ressort du document graphique de cette zone que le projet s'implante en dehors de cette zone, alors que les requérants ne sauraient utilement soutenir que l'article 30 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intègre le quartier dans lequel ce projet se situe dans le périmètre de cette zone. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à l'aspect extérieur des constructions avoisinantes au projet, ce dernier ne serait pas en harmonie avec ces habitations. Le moyen tiré de l'inexacte application des prescriptions précitées de l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut, dès lors, qu'être écarté.

24. En quatrième lieu, selon l'article UD15 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio relatif aux performances énergétiques et environnementales : " () Les constructions nouvelles (hors constructions annexes) et les réhabilitations de constructions existantes (hors constructions annexes) doivent satisfaire à l'obligation suivante : au moins 20 % de la production énergétique globale doit être assurée par des énergies renouvelables. () ".

25. Selon les pétitionnaires, le formulaire d'attestation de prise en compte de la réglementation thermique, produit à l'appui de leur demande de permis, indique que le projet comportera une pompe à chaleur air-air en guise de source d'énergie renouvelable. Toutefois, il ne ressort pas de ce formulaire et n'est d'ailleurs pas allégué en défense que ce dispositif représente, à lui seul, au moins 20 % de la production énergétique globale de la construction projetée. Ainsi, le moyen tiré de l'inexacte application des prescriptions précitées de l'article UD15 du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueilli.

En ce qui concerne l'atteinte au réseau public d'assainissement :

26. L'article L. 421-6 du code de l'urbanisme dispose : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à () l'assainissement des constructions () ".

27. Ainsi qu'il a été dit au point 12, deux oliviers vont être déplacés du terrain d'assiette du projet vers la limite ouest du terrain en cause. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse produit à l'appui de la demande de permis de construire modificatif, que ces arbres seront réimplantés au-dessus d'une canalisation d'assainissement collectif. D'une part, les requérants soutiennent que ces arbres ne peuvent être implantés à moins de deux mètres de distance de ce réseau, en application de la norme NF P98-332. Toutefois, une telle norme, à laquelle le plan local d'urbanisme d'Ajaccio ne fait au demeurant pas référence, ne saurait être utilement invoquée par les requérants dès lors qu'elle ne constitue pas une disposition législative ou réglementaire. D'autre part, les requérants ne peuvent davantage utilement soutenir que cette réimplantation méconnaît les dispositions du 2° de l'article R. 152-2 du code rural et de la pêche maritime dès lors que celles-ci autorisent seulement le bénéficiaire d'une servitude à essarter les arbres susceptibles de nuire à l'établissement et à l'entretien de la canalisation. Il s'ensuit qu'un tel moyen doit être écarté en ce qu'il est inopérant.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

28. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ". Ces dispositions ont pour objet de permettre au juge administratif de surseoir à statuer sur une demande d'annulation d'un permis de construire lorsque le vice entraînant l'illégalité de cette décision est susceptible d'être régularisé. Il appartient au juge administratif, pour faire usage des pouvoirs qui lui sont ainsi dévolus, d'apprécier si, eu égard à la nature et à la portée du vice entraînant son illégalité, cette régularisation est possible.

29. En l'espèce, les vices relevés aux points 19 et 25 du présent jugement peuvent être régularisés sans dénaturer le projet. Par suite, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions des requérants à fin d'annulation et de fixer à la commune d'Ajaccio et aux pétitionnaires un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de produire la mesure de régularisation nécessaire.

D E C I D E :

Article 1er : En application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il est sursis à statuer sur la requête des requérants jusqu'à l'expiration du délai de trois mois de la notification du présent jugement, imparti à la commune d'Ajaccio, à M. L et à Mme Q pour notifier au tribunal une mesure de régularisation.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D N, en qualité de représentant unique des requérants, à la commune d'Ajaccio, à Mme G Q et à M. A L.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

Le greffier,

Signé

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. AUDOUIN

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