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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101200

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101200

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFERRACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2021, M. D C et Mme A C, représentés par Me Ferracci, demandent au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 12 août 2021 par lequel le maire de Figari a délivré à M. E B un permis de construire une maison et une piscine sur la parcelle cadastrée section D n°1188, lieudit " Tarabucceta / Alivaccia ".

Ils soutiennent que :

- le dossier de demande de permis est entaché de fraude en ce que, d'une part, la construction projetée comporte un vide sanitaire qui n'est pas comptabilisé dans les surfaces de plancher et surfaces de plancher taxable alors qu'il présente une hauteur sous-plafond de 2,80 mètres et constitue une pièce de vie et, d'autre part, ce dossier indique une hauteur du terrain erronée de 98,50 mètres NGF au lieu de 97,50 mètres NGF, privant l'administration de la capacité matérielle de vérifier le respect des règles d'implantation ; il n'est pas démontré que les hauteurs du bâtiment indiquées sur les plans sont bien celles qui ont effectivement été réalisées, permettant ainsi la délivrance d'un permis de régularisation ;

- ce dossier est mensonger en indiquant que la parcelle serait accessible par le sud par une servitude de passage d'une largeur de 12 mètres, alors que celle-ci est de 6 mètres, ne permettant pas au service instructeur de vérifier la conformité du projet à l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ; il ne permet pas non plus de connaître les modalités d'accès au terrain ;

- ce dossier est lacunaire sur les modalités d'insertion paysagère et architecturales du projet au regard des articles R. 111-27 et R. 111-28 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme relatif à la desserte du terrain ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les articles R. 111-27 et R. 111-28 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, M. E B, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des époux C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Figari qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ferracci, représentant les époux C.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 12 août 2021 par lequel le maire de Figari a délivré à M. E B un permis de construire une maison et une piscine sur la parcelle cadastrée section D n°1188, lieudit " Tarabucceta / Alivaccia ".

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 26 février 2020, le maire de Figari a délivré à M. B un permis de construire une maison et une piscine sur la parcelle cadastrée section D n°1188, lieudit " Tarabucceta / Alivaccia ". A la suite d'une demande des requérants au maire de Figari de constater l'infraction résultant de la réalisation de travaux ne correspondant pas à cette autorisation, M. B a déposé, le 2 juin 2021, une nouvelle demande de permis. Puis, le 9 juin 2021, l'agent assermenté de la direction départementale des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud a dressé un procès-verbal de constat d'infraction au motif que des remblais ont été réalisés sur le terrain d'assiette de la construction projetée en méconnaissance du plan de coupe du projet initial. Dès lors, ainsi d'ailleurs que le pétitionnaire le reconnaît en défense, le permis délivré le 12 août 2021 doit être regardé comme un permis de régularisation de la construction initialement autorisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable : " La demande de permis de construire précise : () f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ". Selon l'article R. 111-22 du même code : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction : () 3° Des surfaces de plancher d'une hauteur sous plafond inférieure ou égale à 1,80 mètre ; () 7° Des surfaces de plancher des caves ou des celliers, annexes à des logements, dès lors que ces locaux sont desservis uniquement par une partie commune ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de régularisation, notamment du plan de coupe, que le projet en cause, d'une surface de plancher totale de 149,80 m2, ne prend pas en compte la création d'un vide sanitaire qui est clos et couvert et présente une hauteur sous plafond de 2,60 mètres. Ainsi, en application des dispositions de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme, cet espace créant de la surface de plancher, une telle inexactitude a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Dès lors, bien qu'il ne ressorte pas des pièces du dossier qu'une telle inexactitude serait révélatrice d'une fraude du pétitionnaire, le moyen tiré du caractère erroné du dossier de demande de permis doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède que les époux C sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Figari du 12 août 2021.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par les requérants ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les époux C, qui ne sont pas la partie perdante, versent à M. B une quelconque somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Figari du 12 août 2021 est annulé.

Article 2 : Les conclusions de M. B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Mme A C, à la commune de Figari et à M. E B.

Copie en sera adressée préfet de la Corse-du-Sud et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

M. Jan Martin, premier conseiller,

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

J. MARTIN

Le président,

signé

T. VANHULLEBUSLe greffier,

signé

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. AUDOUIN

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