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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101202

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101202

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 octobre 2021 et le 13 janvier 2022, M. C D demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 37 du 27 août 2021 par lequel le maire de Linguizetta a prononcé la fermeture administrative de l'établissement de plein air " Bravone plage ".

Le requérant soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence en ce que le maire a " empiété sur l'autorité administrative du préfet " ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé dès lors qu'aucun procès-verbal n'est joint au courrier du préfet de la Haute-Corse adressé au maire de Linguizetta en date du 10 juillet 2019, que les procès-verbaux des visites réalisées par la sous-commission départementale pour la sécurité des terrains de camping et de stationnement de caravanes ne lui ont pas été communiqués par le maire de Linguizetta et que seul le procès-verbal se rapportant à la visite réalisée le 27 juillet 2021 était joint à l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté est illégal en ce qu'un délai d'exécution aurait dû lui être fixé pour pouvoir pallier les manquements reprochés ;

- il a mis en conformité son installation électrique à la suite de la visite des lieux par la sous-commission de sécurité le 12 juin 2019 et a respecté des engagements formulés lors d'une réunion le 12 juin 2021, les caravanes qui sont installées sur son exploitation sont mobiles, il respecte la réglementation en matière d'incendie car la rivière jouxte l'établissement et offre une réserve d'eau utilisée par les services d'incendie et de secours, la pression de l'eau de son installation est suffisante, il dispose de cinq extincteurs disposés de manière stratégique sur le terrain, quatre points d'eau potable, deux prises d'eau pour des vannes pompier et des tuyaux adaptés à ces branchements. Il respecte également la réglementation en matière d'information, d'alerte et d'évacuation car cinq panneaux traduits en plusieurs langues sont disposés sur le terrain de camping et huit flèches directionnelles indiquent le point de rassemblement sur la terrasse du restaurant et du bar. Le procès-verbal de la visite du 27 juillet 2021 ne précise pas le nombre de plans et d'indications à ajouter pour respecter la réglementation. Par ailleurs, des arbustes qui permettent la délimitation des emplacements ont été qualifiés par erreur de résineux et le procès-verbal mentionne des installations de plein air pour les enfants alors que le camping en est dépourvu. En outre, il a formé une demande d'extension de son camping le 28 juillet 1991 auprès des services de l'Etat et du silence gardé par l'administration est née une décision d'acceptation ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il a été pris afin de favoriser la promotion immobilière voisine de l'établissement.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 décembre 2021 et le 6 juillet 2022, la commune de Linguizetta conclut au rejet de la requête. La commune soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D exploitait un camping situé sur la commune de Linguizetta. Son établissement a fait l'objet d'une visite par la sous-commission départementale pour la sécurité des terrains de camping le 12 juin 2019, laquelle a émis un avis défavorable à son ouverture au public. A la suite d'une seconde visite des lieux le 27 juillet 2021, cette sous-commission a de nouveau émis un avis défavorable en formulant un certain nombre de prescriptions, notamment concernant l'évacuation du public ou encore l'installation électrique de l'établissement. Par un arrêté du 27 août 2021 dont le requérant demande l'annulation, le maire de Linguizetta a prononcé la fermeture de l'établissement. M. D est décédé en cours d'instance. Cependant, l'affaire étant en état d'être jugée à la date à laquelle le tribunal a été informé de ce décès, il y a lieu de statuer sur cette affaire.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques () ". Aux termes de l'article L. 443-2 du code de l'urbanisme : " Dans les zones soumises à un risque naturel ou technologique prévisible définies par l'autorité administrative, la réalisation de travaux et la mise en place de dispositifs permettant d'assurer l'information, l'alerte et l'évacuation des occupants peuvent à tout moment être prescrites par l'autorité compétente pour délivrer le permis d'aménager les terrains de camping, après consultation du propriétaire et de l'exploitant et après avis de l'autorité administrative, afin de permettre d'assurer la sécurité des occupants de ces terrains. L'autorité compétente fixe le délai dans lequel ces prescriptions doivent être réalisées ". Aux termes de l'article L. 443-3 du même code : " Si, à l'issue du délai imparti, les prescriptions n'ont pas été exécutées, l'autorité compétente pour délivrer le permis d'aménager peut ordonner la fermeture du terrain et l'évacuation des occupants jusqu'à exécution des prescriptions. / En cas de carence de l'autorité compétente, le préfet se substitue à elle après mise en demeure restée sans effet ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le maire était compétent pour prendre l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen n'est pas fondé. Par suite, il doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211 - 5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté par lequel le maire de Linguizetta a prononcé la fermeture du camping exploité par M. D vise les dispositions applicables et précise que " l'état des locaux compromet gravement la sécurité du public ", fait obstacle au maintien de l'exploitation et que les " prescriptions émises par la sous- commission départementale pour la sécurité des terrains de camping le 12 juin 2021 et le 27 juillet 2021 n'ont pas été réalisées ". Dès lors, cet arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, si M. D soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité en ce qu'un délai d'exécution aurait dû être fixé pour pouvoir pallier les manquements reprochés, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il est constant que le camping exploité par le requérant est situé dans une zone soumise aux risques inondation, submersion marine et feux de forêt. Il ressort des pièces du dossier que lors du contrôle du respect de la réglementation relative à la sécurité incendie, la commission de sécurité a considéré que l'établissement était trop éloigné d'un point d'eau normalisé, que la citerne gaz n'était que partiellement enterrée, avait fait l'objet d'un contrôle par un organisme agréé le 17 juin 2021 mais que le rapport n'était pas disponible. La commission a également relevé que si les installations électriques de l'établissement avaient été vérifiées par un organisme agréé ou un technicien compétent, le contrôle effectué par l'organisme Dekra le 17 juin 2021 avait indiqué 52 observations et avait formulé des prescriptions dont " une [prescription] majeure relative à un problème sur une borne incendie ". Cette commission de sécurité a également formulé plusieurs prescriptions à savoir, respecter celles du rapport précédent relatives à la mise à jour des plans d'évacuation, la matérialisation des emplacements, respecter les 52 prescriptions concernant l'installation électrique et présenter des justificatifs de levée de prescription, annexer le rapport gaz au registre de sécurité, afficher le plan d'évacuation, améliorer le fléchage désignant l'orientation vers le point de rassemblement, afficher les panneaux d'instruction d'évacuation non lisibles au moment du contrôle, enlever les rémanents et améliorer l'élagage, respecter les règles relatives aux statuts des aires naturelles de camping à savoir l'exploitation sur un hectare maximum, respecter les 30 emplacements maximum autorisés, réaliser un accès pour les personnes à mobilité réduite, remettre les plans et consignes de sécurité à chaque arrivée, adapter les tuyaux d'arrosage et ajouter les longueurs pour couvrir la surface du camping, avec une remise en fonctionnement d'une des bouches, supprimer les caravanes non mobiles et signaler le risque de danger côté rivière. Le requérant produit une attestation établie par M. B, qu'il présente comme étant son électricien, qui indique qu'il a effectué les travaux permettant de lever les 52 prescriptions formulées par l'organisme Dekra de sorte que l'installation électrique est conforme. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions de sécurité permettant notamment de recevoir du public étaient conformes à l'ensemble des prescriptions émises par la sous-commission départementale pour la sécurité des terrains de camping et de stationnement de caravanes. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de Linguizetta.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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