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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101226

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101226

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARCAGGI MATTEI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 octobre 2021, le 29 juillet 2022 et le 3 février 2023, M. F A, représenté par Me Marcaggi-Mattei, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir :

- la décision du 15 juin 2021 et l'arrêté du 14 juin 2021 par lesquels la rectrice de l'académie de Corse a refusé de lui octroyer un congé longue maladie pour la période du 18 février 2021 au 17 août 2021 ;

- l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Corse a annulé et remplacé l'arrêté du 15 février 2021 et a annulé les congés octroyés à M. A pour la période du 5 février 2021 au 9 mars 2021 à plein traitement ;

- l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Corse a régularisé sa situation et l'a placé en congé de maladie du 5 février 2021 au 17 février 2021 ;

- l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Corse l'a placé en congé de maladie du 18 février 2021 au 30 avril 2021 à plein traitement puis du 1er mai 2021 au 31 juillet 2021 à demi traitement ;

- l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Corse l'a placé en congé de maladie du 1er au 17 août 2021 à demi traitement ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Corse de le placer en congé maladie de longue durée, de procéder à sa reconstitution de carrière et au rappel de ses traitements sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreurs de qualification juridique des faits, d'erreurs d'appréciation voire d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 mai 2022, le 30 juin 2022, le 16 décembre 2022 et le 10 mars 2023, le recteur de l'académie de Corse conclut au rejet de la requête. Le recteur soutient que :

- la requête a perdu son objet dès lors qu'il a adopté une nouvelle décision le 31 janvier 2022 qui annule et remplace la décision du 15 juin 2021 ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du fait qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions des 14 juin 2021 et 15 juin 2021 qui ont perdu leur objet et qu'il y a lieu de regarder les conclusions et moyens du requérant comme étant dirigés contre la décision du 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 novembre 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ingénieur d'études au sein de la direction des services informatiques du rectorat de l'académie de Corse, demande d'annuler la décision du 15 juin 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Corse a refusé de lui accorder le congé de longue durée de six mois qu'il avait sollicité, et l'a placé en congé ordinaire de maladie à plein traitement du 18 février au 30 avril 2001 et à demi traitement du 1er mai au 17 août 2021, ainsi que les six arrêtés du 14 juin 2021 qui tirent les conséquences de cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. En l'espèce, la décision du 31 janvier 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Corse a, en cours d'instance, refusé l'octroi d'un congé de longue maladie à M. A, a la même portée que les décisions des 14 et 15 juin 2021 qu'elle a explicitement eu pour objet de retirer. Ce retrait n'a pas été contesté et est ainsi devenu définitif. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions des 14 juin 2021 et 15 juin 2021, qui ont perdu leur objet, et il y a lieu de regarder les conclusions et moyens du requérant comme étant dirigés contre la décision du 31 janvier 2022.

Sur la légalité de la décision du 31 janvier 2022 :

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, la décision du 31 janvier 2022 a été signée par Mme E B, qui, en sa qualité de secrétaire générale de l'académie de Corse, a reçu délégation de signature du recteur de l'académie à l'effet de signer tous les actes relatifs à la gestion de tous les personnels par un arrêté rectoral n°2-2021/12/30 du 30 décembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le refus d'octroi d'un congé de longue maladie est au nombre des décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir et qui doivent être motivées.

6. La décision du 31 janvier 2022 attaquée vise les dispositions de loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat et le décret n°86-442 du 14 mars 1986. Elle se réfère également à l'avis du comité médical supérieur et doit donc être regardée comme s'appropriant la motivation de cet avis lequel, cité dans son intégralité, mentionne un " état de santé qui ne rentre pas dans les critères médicaux indiqués dans l'arrêté du 14 mars 1986 donnant droit à ce type de congés ". Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " Il est institué auprès du ministre chargé de la santé un comité médical supérieur comprenant, pour l'exercice des attributions définies à l'article suivant, deux sections : une section de cinq membres compétente en ce qui concerne les maladies mentales ; une section de huit membres compétente pour les autres maladies ". Aux termes de l'article 9 de ce même décret, dans sa version applicable au litige : " Le comité médical supérieur se prononce uniquement sur la base des pièces figurant au dossier tel qu'il lui est soumis au jour où il l'examine ".

8. L'intéressé se borne à soutenir que le comité médical supérieur s'est uniquement prononcé au regard de l'avis médical de M. D, sur lequel s'est fondé le comité médical départemental. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait transmis d'autres pièces au comité médical supérieur. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision aurait été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat applicable au litige : " () Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. () 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse ou poliomyélite, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie à plein traitement, le congé de longue durée n'est attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés : () maladies mentales ; affections cancéreuses () ". Il résulte de ces dispositions qu'un fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue durée qu'après avoir épuisé ses droits à congé de longue maladie rémunéré à plein traitement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son employeur a méconnu les dispositions précitées en se prononçant au regard de son droit à bénéficier d'un congé de longue maladie en dépit du fait qu'il avait sollicité l'octroi d'un congé longue durée.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est atteint d'un cancer de la vessie diagnostiqué au mois de juillet 2019. Le 7 avril 2021, dans le cadre de son expertise réalisée sur demande de l'administration, M. D a conclu après s'être entretenu avec M. A que " le cancer vésical ne nécessite pas en soi un arrêt de travail ". Ce cancer est également évoqué par M. C, psychiatre, qui s'est prononcé le 14 septembre 2021 sur une nouvelle demande de placement en congé de longue maladie à compter du 12 juin 2021. Cependant la mention de cette affection intervient uniquement au soutien de l'examen psychiatrique du requérant et le spécialiste se borne à indiquer " qu'elle le rend irritable ". Enfin, si M. A produit, dans ses dernières écritures, des pièces médicales relatives à des interventions chirurgicales réalisées le 12 août 2019, le 21 février 2020, le 21 août 2020 et le 19 mars 2021, ces éléments ne sont pas suffisants pour justifier que le cancer du requérant présentait un caractère suffisamment grave et invalidant de nature à justifier l'octroi d'un congé de longue maladie.

11. D'autre part, le requérant soutient qu'il souffre d'une pathologie psychiatrique ouvrant droit au congé de longue maladie. Il conteste les conclusions du rapport établi par M. D le 7 avril 2021 lequel a conclu que " la pathologie psychiatrique est d'origine réactionnelle et ne présente pas de signe de gravité caractérisée " et se prévaut d'une expertise de M. G, psychiatre, qui s'est prononcé le 18 janvier 2021 et a rédigé une attestation le 18 février 2022, également produite au dossier et de M. C, psychiatre, qui s'est prononcé le 14 septembre 2021. M. G évoque des " ruminations importantes en lien avec le milieu professionnel générant des troubles du sommeil et une fatigabilité importantes " et écrit que le " patient est totalement inapte à se rendre sur son lieu de travail pour exercer ses fonctions ou pour toute autre démarche. Il a émis le souhait de changer d'administration mais cette possibilité ne lui serait pas permise par sa hiérarchie () le tableau clinique justifie à mon sens un placement de M. A en congé de longue maladie d'une durée de six mois ". Dès lors, le spécialiste ne conclut pas à une impossibilité pour l'intéressé de travailler mais à une impossibilité d'exercer ses fonctions au rectorat. M. C conclut quant à lui à ce que le congé de longue maladie sollicité " à compter du 12 juin 2021 pour 6 mois est recevable devant l'asthénie, l'anhédonie, les ruminations morbides, le cancer de la vessie en cours de traitement qui le rend irritable, le sentiment d'injustice créé à ses dires par une hiérarchie malveillante à son égard et qu'il veut amener en justice par une procédure qu'il a lancée avec son avocat ". Toutefois, si ces éléments confirment l'altération de l'état de santé psychique de l'intéressé, aucun de ces documents ne permet d'établir qu'au cours de la période couverte par la décision en litige, l'affection du requérant aurait présenté un caractère suffisamment grave et invalidant de nature à justifier l'octroi d'un congé de longue maladie.

12. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant d'accorder un congé de longue maladie à compter du 18 février 2021 jusqu'au 17 août 2021, le recteur de l'académie de Corse n'a commis ni d'erreur de droit, ni d'erreur de qualification juridique des faits, ni erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 31 janvier 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne sauraient être accueillies.

14. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accueillir les conclusions de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 14 juin 2021 et 15 juin 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Corse.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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