jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2101272 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CANAZZI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 novembre 2021 et le 27 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Puigrenier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Bastia a prononcé sa suspension immédiate, sans traitement, pour une durée indéterminée ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Bastia de procéder à sa réintégration à compter du 15 septembre 2021 et de reconstituer sa carrière ainsi que ses droits sociaux à compter de cette même date, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en l'absence de décision définitive portant retrait de la mesure de suspension et alors que les effets de cette mesure n'ont pas été intégralement effacés par le centre hospitalier de Bastia, le tribunal ne saurait conclure au non-lieu à statuer ;
- elle n'a pas été invitée à consulter son dossier individuel avant que la mesure de suspension soit prise ;
- les garanties disciplinaires prévues par l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et les articles 1 et 2 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 n'ont pas été mises en œuvre ;
- elle n'a pas été mise à même de présenter des observations avant l'intervention de la suspension en application des dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;
- la suspension méconnaît les dispositions de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire en ce qu'elle n'était pas tenue, dès lors qu'elle était placée en congés annuels à la date de la décision attaquée, de satisfaire à l'obligation vaccinale ;
- la suspension méconnaît les dispositions de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 dès lors qu'elle ne s'est pas opposée à toute vaccination et qu'elle se trouvait à la date de la décision attaquée placée en congés annuels alors que l'administration a prononcé la suspension immédiate de ses fonctions ;
- la mesure de suspension ne pouvait excéder trois jours sans que n'intervienne un entretien avec la direction visant à engager les possibilités d'un changement d'affectation ;
- la mesure de suspension est disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 octobre 2022 et le 2 décembre 2022, le centre hospitalier de Bastia, représenté par Me Canazzi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le recours de la requérante est sans objet dès lors que par une décision du 13 décembre 2021, le directeur du centre hospitalier de Bastia a prononcé la levée de la décision de suspension pour la période du 15 septembre 2021 au 11 octobre 2021 et que Mme A a été rétablie dans ses droits.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Muller, conseillère ;
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Puigrenier, avocate de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, est employée au centre hospitalier de Bastia en qualité de praticien hospitalier. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur du centre hospitalier de Bastia a prononcé la suspension immédiate de ses fonctions, sans traitement, jusqu'à production par l'intéressée d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision du 15 septembre 2021.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Le centre hospitalier de Bastia soutient que par un courrier du 13 décembre 2021, le directeur du centre hospitalier a prononcé la levée de la mesure de suspension pour la période du 15 septembre 2021 au 11 octobre 2021 et que le recours de la requérante est, de ce fait, sans objet. A supposer que par ce courrier, le directeur du centre hospitalier ait entendu retirer la mesure de suspension prise à l'encontre de Mme A, il ressort des pièces du dossier que cette décision dont l'intéressée a eu connaissance au plus tard le 24 octobre 2022 ne comporte pas la mention des voies et délais de recours. Il s'ensuit que ce retrait ne présente pas de caractère définitif et que l'exception de non-lieu soulevée par le centre hospitalier de Bastia ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () ". Aux termes de l'article 13 de cette loi, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité () ". Aux termes de l'article 14 de la même loi : " I. - () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 6152-35 du code de la santé publique : " Les praticiens régis par la présente section ont droit : / () 2° A un congé au titre de la réduction du temps de travail dans les conditions définies à l'article R. 6152-801 ; () / Pendant les congés et les jours de récupération mentionnés aux 1°, 2° et 3°, les praticiens perçoivent la totalité des émoluments mentionnés au 1° de l'article R. 6152-23 () ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si le directeur d'un établissement public de santé peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé annuel, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de l'agent en question.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été placée en congé au titre de la réduction du temps de travail du 13 septembre 2021 au 10 octobre 2021. L'intéressée était ainsi en position de congé à la date de la décision attaquée la suspendant immédiatement de ses fonctions sans traitement pour non-respect de l'obligation vaccinale.
8. Si cette circonstance ne faisait pas, par elle-même, obstacle à ce que le directeur du centre hospitalier pût suspendre l'intéressée de ses fonctions, la décision en litige ne pouvait être à effet immédiat mais devait voir son entrée en vigueur différée au terme du congé de Mme A. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir que le directeur du centre hospitalier de Bastia ne pouvait prononcer à son encontre une suspension immédiate de ses fonctions alors qu'elle était placée en congés à la date de la décision attaquée.
9. Il s'ensuit que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 septembre 2021 en tant qu'elle prévoit une date d'entrée en vigueur antérieure au terme des congés dont elle bénéficiait.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du retrait de la décision prononçant la suspension des fonctions de Mme A, l'administration a versé à l'intéressée les rémunérations dont elle a été privée et a procédé à la reconstitution complète de sa carrière, y compris en procédant au versement des cotisations sur la période en cause. Il y a toutefois lieu d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Bastia, s'il n'y a pas déjà été procédé, de reconstituer les droits à congés de Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 15 septembre 2021 est annulée en tant qu'elle prévoit une entrée en vigueur de la suspension avant l'expiration des congés de Mme A.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Bastia, s'il n'y a pas déjà été procédé, de reconstituer les droits à congés de Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier de Bastia versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Bastia.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président,
M. Jan Martin, premier conseiller,
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
La rapporteure,
signé
P. MULLER
Le président,
signé
T. VANHULLEBUS
Le greffier,
Signé
A. AUDOUIN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
A. AUDOUIN
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026