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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101298

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101298

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGUISEPPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 novembre 2021 et le 6 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Guiseppi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2021 par laquelle le préfet de la Corse-du-Sud a refusé de renouveler son titre de séjour pluriannuel ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa présence en France ne représente pas, malgré la condamnation dont il a fait l'objet en 2015, une menace pour l'ordre public.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2021 et le 1er septembre 2023, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de la méconnaissance du champ d'application de la loi, l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne saurait être opposé dans le cadre d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle, et de la substitution des dispositions de l'article L. 412-5 du même code à celles de l'article L. 432-1 de ce code, comme base légale de la décision attaquée.

Les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de faire usage des pouvoirs d'injonction d'office qu'il tient des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en enjoignant au préfet de la Corse-du-Sud de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain, est entré pour la première fois sur le territoire français en 2002. Il s'est vu délivrer le 25 mars 2009 une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qui a été renouvelée jusqu'au 17 février 2017, date à laquelle l'intéressé s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " également renouvelée le 16 juin 2019 jusqu'au 17 juin 2021 et dont M. B a sollicité le renouvellement le 1er juin 2021. Par une décision du 1er septembre 2021, le préfet de la Corse-du-Sud a rejeté cette demande. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. La décision attaquée refuse le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle de M. B. Il suit de là que le préfet de la Corse-du-Sud ne pouvait fonder sa décision sur les dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la première délivrance d'un titre de séjour.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. En l'espèce, la décision attaquée, motivée par la circonstance que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 412-5 du même code qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 432-1 de ce code, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver l'intéressé des garanties qui lui sont offertes par la loi et que le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions.

6. Pour refuser de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de M. B, le préfet de la Corse-du-Sud a estimé que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public dès lors que l'intéressé a été condamné le 15 septembre 2015, par le tribunal correctionnel d'Ajaccio, à six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant un an et six mois pour abandon de famille résultant du non-paiement d'une pension ou d'une prestation alimentaire du 1er avril 2014 au 1er novembre 2014. Eu égard au caractère isolé de cette condamnation intervenue le 15 septembre 2015, soit antérieurement à la première délivrance à l'intéressé d'une carte de séjour pluriannuelle, au caractère ancien des faits commis à la date de la décision attaquée et en l'absence de récidive, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque.

Sur l'injonction d'office :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

9. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de fait et de droit de M. B, que le préfet de la Corse-du-Sud renouvelle sa carte de séjour pluriannuelle. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud d'y procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er septembre 2021 du préfet de la Corse-du-Sud est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Corse-du-Sud de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

Mme Christine Castany, première conseillère,

M. Jan Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

T. C

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

C. CASTANY

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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