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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101312

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101312

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET PASSET - BELUCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 novembre 2021, le 21 octobre 2022 et le 31 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Passet, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 13 septembre 2021 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui délivrer une autorisation de défrichement sur la parcelle cadastrée section D n° 215, située au lieudit " Rognoso ", sur le territoire de la commune de Figari ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud, à titre principal, de lui délivrer une attestation de l'absence de nécessité d'une autorisation de défrichement ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence en l'absence de preuve par le préfet des formalités de publicité des arrêtés de délégation et de subdélégation de signature ;

- cet arrêté est entaché d'erreur de droit en ce que son terrain a été classé en zone constructible de la carte communale ;

- cet arrêté est entaché d'erreur d'appréciation, son projet ne visant pas à détruire l'état boisé d'un terrain, la parcelle D 215 ayant une surface supérieure à 1 hectare, alors que la surface à nettoyer, composée de maquis et de végétation buissonnante, se limite à 2 000 m2 ; le risque d'incendie est limité, compte tenu du classement de sa parcelle en aléa moyen-fort de la carte de l'aléa feu de forêt et alors que le nettoyage de son terrain contribuera à diminuer ce risque ; son terrain est desservi par une route départementale assurant un circulation facile pour les services d'incendie et de secours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a sollicité le 20 juillet 2021 auprès du préfet de la Corse-du-Sud l'autorisation de défricher sur la parcelle cadastrée section D n° 215, située au lieudit " Rognoso ", sur le territoire de la commune de Figari. Par l'arrêté du 13 septembre 2021, le préfet lui a refusé la délivrance de l'autorisation sollicitée. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par l'arrêté du 13 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Corse-du-Sud, le préfet de la Corse-du-Sud a donné délégation à M. B C, directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud, à l'effet de signer notamment les actes relatifs à l'autorisation de défrichement des bois des particuliers. Ce dernier, par l'arrêté du 19 juillet 2021, publié le même jour au même recueil, a donné subdélégation à Mme E F, cheffe du service risque, eau forêt et signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer aux mêmes fins. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée pour défaut de justification de la publication de l'arrêté de délégation de signature manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que la carte communale de Figari, approuvée le 9 mars 2007, classe en zone constructible le terrain devant accueillir le projet est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière () ". Aux termes de l'article L. 341-3 de ce code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation () ". Aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Sont considérés comme des bois et forêts au titre du présent code les plantations d'essences forestières et les reboisements ainsi que les terrains à boiser du fait d'une obligation légale ou conventionnelle () ". L'article L. 341-5 de ce code dispose : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : () 9° A la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier dans le ressort duquel ils sont situés contre les risques naturels, notamment les incendies et les avalanches ". Enfin, selon l'article L. 342-1 dudit code : " Sont exemptés des dispositions de l'article L. 341-3 les défrichements envisagés dans les cas suivant : 1° Dans les bois et forêts de superficie inférieure à un seuil compris entre 0,5 et 4 hectares, fixé par département ou partie de département par le représentant de l'Etat, sauf s'ils font partie d'un autre bois dont la superficie, ajoutée à la leur, atteint ou dépasse ce seuil () ". Il résulte de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 26 septembre 2003, pris pour l'application des dispositions de l'article L. 342-1, que seul le défrichement d'un ensemble boisé dont la superficie est supérieure à 2,25 hectares est soumis à autorisation.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, contrairement à ce que M. D soutient, la parcelle cadastrée section D n° 215, dont le défrichement projeté est d'une surface de 2 000 m2, est couverte par des arbres présentant les caractéristiques d'un état boisé au sens des dispositions précitées de l'article L. 341-1 du code forestier. Ce terrain fait partie d'un vase espace boisé qui s'étend vers le nord et l'ouest, dont la superficie est supérieure à 2,25 hectares. D'autre part, eu égard à la situation géographique de sa parcelle, en se bornant à soutenir qu'il a procédé à un " nettoyage " de ce terrain, que celui-ci borde des constructions et est desservi par une voie d'une largeur suffisante pour que les services d'incendie et de secours y accèdent, le requérant ne conteste pas sérieusement que celle-ci est exposée à un risque d'aléa modéré à fort d'incendie de forêt, tel que cela résulte des cartographies de risque produites par le préfet. Il suit de là que c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Corse-du-Sud a rejeté sa demande d'autorisation de défrichement.

6. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 13 septembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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