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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101337

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101337

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSENTENAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 novembre 2021 et le 29 mars 2022, Mme C D, représentée par Me Sentenac, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision en date du 20 septembre 2021 par laquelle le maire d'Afa lui a, au nom de l'Etat, délivré un certificat d'urbanisme déclarant non réalisable la construction de deux maisons sur la parcelle cadastrée section B n° 550, lieudit " Fornaccia " ;

2°) d'enjoindre au maire d'Afa de lui délivrer un certificat de non-opposition à un certificat d'urbanisme opérationnel tacite, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'une somme au titre des dépens.

Elle soutient que :

- elle justifie de l'intérêt lui donnant qualité pour agir, étant propriétaire de la parcelle sur laquelle son architecte, Mme A, a déposé la demande de certificat d'urbanisme litigieux ;

- elle bénéficie d'un certificat d'urbanisme opérationnel tacite que la décision attaquée a retiré sans procédure contradictoire ;

- la décision attaquée ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision méconnaît l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, son projet se situant au cœur du hameau d'Ogliastrone ;

- cette décision méconnaît l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'est pas établi que son terrain serait concerné par un espace stratégique agricole au sens du plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC).

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, Mme D, qui n'a pas déposé la demande de certificat d'urbanisme en cause, ne justifiant pas de l'intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 avril 2021, Mme B A, a déposé une demande de certificat d'urbanisme au titre du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, en vue de la construction de deux maisons sur la parcelle cadastrée section B n° 550, lieudit " Fornaccia ". Par la décision du 20 septembre 2021, le maire d'Afa lui a, au nom de l'Etat, délivré un certificat d'urbanisme déclarant non réalisable cette opération. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation notariale de propriété produite par Mme D, que celle-ci est propriétaire indivise de la parcelle devant accueillir l'opération projetée. En outre, il n'est pas contesté que la requérante a mandaté Mme A, architecte, pour déposer la demande de certificat d'urbanisme litigieux. Il suit de là que la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt donnant qualité à Mme D pour agir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

4. La décision attaquée ne comporte aucune signature. Dès lors, le moyen tiré du vice de forme doit être accueilli.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ".

5. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions existantes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant.

6. Le PADDUC, qui peut préciser les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, adopté par la délibération n° 15/235 AC du 2 octobre 2015 de l'assemblée de Corse, prévoit qu'un bourg est un gros village présentant certains caractères urbains, qu'un village est plus important qu'un hameau et comprend ou a compris des équipements ou lieux collectifs administratifs, culturels ou commerciaux, et qu'un hameau est caractérisé par sa taille, le regroupement des constructions, la structuration de sa trame urbaine, la présence d'espaces publics, la destination des constructions et l'existence de voies et équipements structurants. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières à la montagne. En revanche, le PADDUC se borne à rappeler les critères mentionnés ci-dessus et permettant d'identifier un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existants et d'apprécier si une construction est située en continuité des bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des vues aériennes, que le terrain devant accueillir l'opération projetée se situe à l'ouest d'une parcelle construite qui elle-même se trouve incluse dans l'espace d'habitat nombreux et dense que forme le hameau d'Ogliastrone. Ce hameau se caractérise également par la présence de voies publiques. Dans ces conditions, Mme D est fondée à soutenir que la décision attaquée a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du maire d'Afa du 20 septembre 2021.

9. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par Mme D ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article R. 410-12 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'un certificat d'urbanisme dans le délai fixé par les articles R. 410-9 et R. 410-10, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite. Celui-ci a exclusivement les effets prévus par le quatrième alinéa de l'article L. 410-1, y compris si la demande portait sur les éléments mentionnés au b de cet article ". Selon l'article R. 410-10 du même code : " Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, le délai d'instruction est de deux mois à compter de la réception en mairie de la demande. ".

11. Il résulte des dispositions précitées qu'à l'expiration du délai d'instruction d'une demande de certificat d'urbanisme, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite qui a pour seul objet de cristalliser les dispositions légales et réglementaires en vigueur pendant une période de dix-huit mois. La circonstance que l'autorité compétente délivre postérieurement un certificat d'urbanisme exprès négatif ne remet pas en cause le certificat d'urbanisme tacite, sauf dans l'hypothèse où elle opposerait ainsi des dispositions d'urbanisme entrées en vigueur après la naissance du certificat tacite, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

12. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la demande de certificat d'urbanisme au titre du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme a été déposée en mairie d'Afa le 19 avril 2021. Dès lors, le 19 juin 2021, Mme A est devenue titulaire d'un certificat d'urbanisme tacite qui n'a pas pour objet de déclarer l'opération projetée réalisable. Il suit de là que les conclusions de Mme D tendant à ce que le tribunal enjoigne au maire d'Afa de lui délivrer un certificat de non-opposition à un certificat opérationnel tacite ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En premier lieu, aucun dépens n'a été exposé au cours de l'instance. Par suite, les conclusions de Mme D tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Etat ne sauraient être accueillies.

14. En second lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire d'Afa du 20 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune d'Afa.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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