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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101478

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101478

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS SAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021, la SAS Enjoy Club, représentée par Me Niel et Me Sand, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Corse a prononcé la fermeture administrative pour une durée d'un mois de la discothèque qu'elle exploite à Corte ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions du décret n° 2021-1585 du 7 décembre 2021 prononçant la fermeture de tous les établissements similaires du 10 décembre 2021 au 6 janvier 2022 ;

- la hiérarchie des normes implique que les effets de l'arrêté attaqué ne peuvent s'ajouter à ceux du décret du 7 décembre 2021 ;

- l'existence d'un lien entre les événements indiqués dans l'arrêté et les conditions d'exploitation de l'établissement n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la fermeture pour une durée d'un mois est excessive ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit de propriété et la liberté d'entreprendre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2022, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que les moyens soulevés par la SAS Enjoy Club ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2021-669 du 1er juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 décembre 2021, le préfet de la Haute-Corse a ordonné la fermeture, pendant une durée d'un mois, de l'établissement exploité par la SAS Enjoy Club à Corte. Par la présente requête, cette société demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Or, la fermeture d'un débit de boissons ordonnée par le préfet de département sur le fondement de ces dispositions est une mesure de police administrative destinée à prévenir la continuation ou le retour de désordres liés au fonctionnement de l'établissement, qu'il s'agisse d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements, d'atteintes à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publique, ou encore d'actes criminels ou délictueux. Si la société requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 45 du décret du 1er juin 2021 telles que modifiées par le décret n° 2021-1585 du 7 décembre 2021 qui a imposé la fermeture des salles de danse accueillant du public sur l'ensemble du territoire national à compter du 10 décembre 2021 jusqu'au 6 janvier 2022, un tel moyen est sans influence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que ces dispositions, destinées à prévenir la propagation d'un virus, n'ont pas le même objet. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement soutenir, que l'arrêté attaqué, au demeurant antérieur, devait respecter le décret du 7 décembre 2021. Ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements () 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. () 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le 7 septembre 2021 à 4h35 a eu lieu une rixe impliquant huit personnes ayant pour origine l'établissement, qui s'est poursuivie sur la voie publique après éviction des personnes de la discothèque. Le 26 septembre 2021 à 3h51, une altercation s'est produite entre une cinquantaine de supporters des clubs de football d'Ajaccio et de Bastia qui sortaient de l'établissement, provoquant l'intervention en nombre de la gendarmerie pour disperser chaque partie. Le 23 octobre 2021 aux alentours de 2h30, une agression violente a été commise sur la voie publique et a mis en cause des protagonistes qui sortaient de l'établissement, l'un d'entre eux y retournant ensuite. Cet événement a fait l'objet d'une couverture médiatique locale et régionale. Enfin, plusieurs contrôles routiers ont révélé des conduites en état alcoolique de personnes qui avaient consommé de l'alcool en excès au sein de l'établissement notamment les 22, 29 et 31 octobre 2021. Ces contrôles ont également révélé que l'un des conducteurs était un mineur âgé de quinze ans, accompagné d'un autre mineur âgé de dix-sept ans qui avait passé la soirée avec d'autres amis au sein de l'établissement et y avait consommé de l'alcool. Si la société requérante conteste l'appréciation portée par le préfet, elle ne produit aucun élément devant le tribunal alors que la chronologie des faits et la circonstance qu'ils sont tous corroborés par des rapports circonstanciés de la gendarmerie de Corte permet de mettre en relation ces troubles à l'ordre public et la fréquentation de la discothèque " l'Enjoy Club ". Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, eu égard à la circonstance que l'établissement accueille et sert de l'alcool à des mineurs, aux faits de violences réitérés et au degré d'implication de l'établissement dans leur apparition, le préfet de la Haute-Corse a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer cette fermeture pour une durée d'un mois.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision a porté atteinte au droit de propriété de la requérante.

8. En sixième et dernier lieu, si la requérante invoque la méconnaissance de la liberté d'entreprendre, celle-ci doit au demeurant se combiner avec les nécessités de l'ordre public. Or, en prononçant la fermeture administrative de l'établissement pour une durée d'un mois le préfet de département n'a pas, pour les raisons énoncées ci-dessus, porté au principe de liberté d'entreprendre une atteinte qui ne serait pas justifiée par la nécessité de maintenir l'ordre public.

9. Il résulte de ce qui précède que la SAS " Enjoy Club " n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Sa requête doit, dès lors, être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Enjoy Club est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Enjoy Club et préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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