vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2101499 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MUSCATELLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 décembre 2021, le 16 novembre 2022 et le 28 février 2023, la SAS RC, représentée par Me Muscatelli, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 15 octobre 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a refusé de lui délivrer un permis de construire deux immeubles de 24 et de 27 logements sur les parcelles cadastrées section AR n°s 53 et 64, chemin d'Acqualonga ;
2°) d'enjoindre au maire d'Ajaccio de lui délivrer un permis de construire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Ajaccio la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence, à défaut de délégation de signature, dûment publiée, du maire à sa signataire ;
- cet arrêté méconnaît le champ d'application de la loi, l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme n'étant pas opposable dans la commune d'Ajaccio en ce qu'elle est couverte par un plan local d'urbanisme ; il méconnaît cet article en ce que le projet n'entraîne aucune aggravation du trafic routier dès lors que le projet consiste à démolir des entrepôts accueillant une activité commerciale de vente de matériel électrique ; la voie en cause présente une largeur égale ou supérieure à 6 mètres et de nombreux dégagements, seule une portion de 50 mètres se rétrécissant ; la circulation générée par le projet portera sur une autre voie d'accès ; ce projet n'affecte pas l'emplacement réservé n°153 ;
- l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme ne saurait se substituer aux dispositions précitées dès lors que cet article ne porte pas sur l'état du trafic routier ; pour les mêmes raisons que précédemment, le projet ne méconnaît pas de telles prescriptions ;
- le projet ne méconnaît pas les prescriptions de l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme, la hauteur du projet demeurant inférieure à 9 mètres ;
- la commune ne saurait lui opposer les prescriptions de l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors qu'elles méconnaissent l'article L. 151-18 du code de l'urbanisme puisque que son terrain s'insère dans un secteur sans protection administrative particulière au titre de la protection et de la conservation des lieux avoisinants ; la palette des couleurs mentionnée par cet article n'est pas annexée au plan local d'urbanisme ; son projet aurait pu faire l'objet de prescriptions spéciales sur ce point.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 octobre 2022 et le 25 janvier 2023, la commune d'Ajaccio, représentée par la SELARL Parme Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SAS RC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par la SAS RC ne sont pas fondés ;
- par voie de substitution de base légale, l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme fait obstacle au projet ;
- par voie de substitution de motif, l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur maximale des constructions fait obstacle au projet ;
- par voie de substitution de motif, l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux matériaux et couleurs des constructions fait obstacle au projet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique,
- et les observations de Me Goubet substituant Me Muscatelli, représentant la SAS RC.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS RC demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 15 octobre 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a refusé de lui délivrer un permis de construire deux immeubles, les bâtiments A et B de respectivement 24 et de 27 logements, sur les parcelles cadastrées section AR n°s 53 et 64, chemin d'Acqualonga.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 28 mai 2020, le maire d'Ajaccio a donné délégation à Mme A B, adjointe au maire, à l'effet de signer les actes relevant de la compétence du maire dans les domaines de l'urbanisme, du logement et de l'aménagement urbain. Cet arrêté a été publié au recueil des actes administratifs de la commune du 2 juin 2020. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de Mme B pour signer l'arrêté attaqué manque en fait.
3. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " L'article R. 111-5 du code de l'urbanisme, qui fonde la décision, dispose : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. ".
4. En application des dispositions de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme, les dispositions citées au point précédent ne sont pas applicables dans la commune d'Ajaccio en ce qu'elle est couverte par un plan local d'urbanisme. Il suit de là que la SAS RC est fondée à soutenir qu'en lui opposant ces dispositions, le maire de cette commune a méconnu le champ d'application de la loi.
Sur la demande de substitution de base légale :
5. La commune d'Ajaccio sollicite une substitution de base légale en se prévalant de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio, applicable au projet en cause, selon lequel : " 1. Les constructions et installations doivent être desservies par des voies publiques ou privées dont les caractéristiques, telles qu'elles se présentent
au moment de l'exécution du projet, soient conformes à leur destination. 2. Les accès sur voies publiques doivent être aménagés de façon à éviter toute perturbation et tout danger pour la circulation générale. ".
6. Contrairement à ce que la société requérante soutient, de telles prescriptions doivent être regardées comme se substituant aux dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme. En revanche, ainsi qu'elle le fait valoir, d'une part, il ressort des pièces du dossier que les immeubles projetés seront desservis par le chemin d'Acqualonga qui s'étend vers le nord et le sud, dont la largeur, supérieure à 6 mètres, est largement suffisante pour assurer le croisement de véhicules. D'autre part, le permis litigieux porte sur la démolition d'entrepôts commerciaux accueillant des véhicules poids lourds et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'augmentation du trafic routier générée par les immeubles d'habitation projetés serait susceptible d'entraîner des perturbations ou un danger pour la circulation générale. Dès lors, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de base légale demandée.
Sur la demande de substitutions de motifs :
7. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Pour établir que l'arrêté litigieux était légal, la commune d'Ajaccio invoque, dans son mémoire en défense, les motifs tirés de ce que les prescriptions des articles UD10 et UD11 du règlement du plan local d'urbanisme font obstacle au projet.
9. En premier lieu, il résulte de l'article UD10 de ce règlement, tel que précisé par son annexe 2, que la hauteur des constructions ne peut excéder 9 mètres sur la façade donnant sur un espace privé, à partir du terrain naturel avant travaux, jusqu'à l'égout du toit ou l'arase de l'acrotère.
10. En l'espèce, il ressort du plan de coupe " B-B' " du projet en cause que si ce dernier indique une hauteur de la façade principale du bâtiment B donnant sur un espace privé de 8,93 mètres entre l'égout du toit et le terrain naturel, la hauteur de ce terrain naturel est indiquée à compter de la limite séparative et non pas du pied de cette façade qui se situe en-dessous de cette limite. Il s'ensuit que la hauteur de la façade sud-ouest de ce bâtiment doit être regardée comme supérieure à la limite de 9 mètres fixée par les prescriptions de l'article UD10 du règlement précité. Dès lors, la substitution demandée, n'ayant pas privé la SAS RC d'une garantie procédurale, doit être accueillie.
11. En second lieu, l'article UD11 du règlement précité prévoit que la coloration des façades est conforme à la palette de couleurs de la ville d'Ajaccio. Les teintes blanches, trop claires, les ocres jaunes sont à exclure.
12. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis, notamment des plans des façades, que les deux immeubles projetés présentent une coloration à dominante grise. Dès lors, nonobstant la circonstance que le document graphique d'insertion du projet révèle une teinte de façades plus claire, la commune d'Ajaccio n'est pas fondée à solliciter une telle substitution de motif.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS RC est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Ajaccio du 15 octobre 2021 en tant seulement qu'il refuse l'édification du bâtiment A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement censure les motifs opposés par le maire d'Ajaccio à la demande de permis de construire déposée par la SAS RC, s'agissant du bâtiment A. Il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme opposables à cette demande interdiraient de prononcer une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire d'Ajaccio de délivrer à cette société le permis de construire sollicité en tant qu'il porte sur le bâtiment A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des parties une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire d'Ajaccio du 15 octobre 2021 est annulé en tant qu'il refuse l'édification du bâtiment A.
Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Ajaccio de délivrer à la SAS RC un permis de construire le bâtiment A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS RC et à la commune d'Ajaccio.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président,
M. Jan Martin, premier conseiller,
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
signé
J. MARTIN
Le président,
signé
T. VANHULLEBUSLe greffier,
signé
A. AUDOUIN
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
A. AUDOUIN
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026