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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101533

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101533

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 décembre 2021, le 11 octobre 2022 et le 14 novembre 2022, Mme F B, représentée par Me Eon, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 12 mai 2021 par lequel le maire de Calvi a délivré à la société à responsabilité limitée (SARL) Progimmo un permis de construire deux immeubles comportant 51 logements avec 87 places de parking sur la parcelle cadastrée section AK n° 219, située au lieudit Carnello, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux notifié au maire de Calvi le 30 août 2021 ;

2°) de mettre à la charge des défenderesses et de l'intervenante volontaire une somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- l'intervention de Mme A est irrecevable dès lors que la promesse de vente dont elle se prévaut est caduque ;

- elle justifie d'un intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme compte tenu de ce qu'elle est mitoyenne du projet de construction, qui va l'affecter en terme de vue d'ensoleillement, de nuisances sonores et de privation d'un accès carrossable à sa maison qui sera rendu inaccessible aux véhicules de secours ;

- sa requête n'est pas tardive dès lors qu'elle a notifié à la SARL Progimmo son recours gracieux en date du 23 août 2021 ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence, n'ayant pas été signé par une personne compétente pour ce faire ;

- la commune n'a pas saisi la commission d'urbanisme ainsi qu'il est prévu par le règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ; ce moyen développé à l'appui de son deuxième mémoire est recevable car il a été soulevé en réponse à la demande d'application du PLU ;

- le demandeur du permis ne justifie pas avoir reçu mandat pour ce faire ;

- le dossier de permis de construire est incomplet dès lors, d'une part, qu'il ne comporte pas les documents prévus au c) et au d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme qui auraient permis au maire d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement naturel et architectural et, d'autre part, que le plan de masse est incomplet et n'est pas accompagné du plan de coupe réclamé par le maire ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme, vice qui n'a pas été régularisé par l'entrée en vigueur du PLU ;

- cet arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, d'une part, quant à la réalité de l'environnement du projet, d'autre part, au regard de l'avis défavorable du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) ; cette dernière branche du moyen soulevée dans son deuxième mémoire est recevable dès lors qu'il ne s'agit que d'un développement du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mai, 2 septembre et 21 octobre 2022, la SARL Progimmo, représentée par Me Muscatelli, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal prononce un sursis à statuer en impartissant un délai de quatre mois afin de régulariser l'absence de signature de la demande de permis de construire par son représentant légal, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société pétitionnaire soutient que :

- la requête est irrecevable et tardive dès lors que le recours gracieux du 23 août 2021 n'a pas été notifié à la SARL Progimmo, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les deux moyens nouveaux tirés, d'une part, du défaut de saisine de la commission d'urbanisme et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sont irrecevables au regard de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et sont, en outre, inopérant pour le premier et mal-fondé pour le second ;

- le moyen tiré de l'article R. 111-17 est inopérant dès lors que le projet est conforme à l'article UC-6 du règlement du PLU ;

- le moyen tiré du défaut de qualité de l'architecte pour présenter la demande de permis de construire n'est pas fondé et est régularisable sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire, enregistré le 24 mai 2022, la commune de Calvi, représentée par Me Ribière, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le recours gracieux exercé le 30 août 2021 a été formé plus de deux mois après le 12 mai 2021, date du début de l'affichage régulier ;

- la requérante, bien que voisine immédiate, ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une intervention, enregistrée le 12 octobre 2022, Mme C A, représentée par le cabinet Spring Legal, demande que le tribunal rejette la requête et qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'intervenante soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que la requérante ne démontre pas un intérêt à agir et, d'autre part, qu'elle est tardive, celle-ci n'ayant pas notifié son recours gracieux à la SARL Progimmo ;

- le moyen tiré de l'article R. 111-17 est inopérant dès lors que le projet est conforme à l'article UC-6 du plan local d'urbanisme ;

- les moyens tirés de l'incompétence du signataire, du défaut de mandat, de l'incomplétude du dossier et de l'erreur manifeste d'appréciation quant à la situation du terrain ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible d'écarter comme irrecevable, au regard des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'absence de signature des documents graphiques par l'architecte.

Par un courrier du 21 octobre 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Les observations de la SARL Progimmo et de Mme B ont été enregistrées, respectivement, les 24 octobre et 24 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Silvestri, substituant Me Muscatelli, avocat de la SARL Progimmo.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté en date du 12 mai 2021, le maire de Calvi a délivré à la SARL Progimmo un permis de construire deux immeubles comportant 51 logements avec 87 places de parking sur la parcelle cadastrée section AK n° 219, située au lieudit Carnello. Par courrier en date du 23 août 2021, notifié le 30 août 2021, Mme B a adressé un recours gracieux au maire de Calvi. Du silence gardé par ce dernier sur ce recours est né le 30 octobre 2021 une décision implicite de rejet. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 mai 2021 ainsi que la décision implicite du 30 octobre 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur l'intervention de Mme C A :

2. Mme A est propriétaire de la parcelle sur laquelle est implanté le projet de la SARL Progimmo. Dès lors, elle justifie d'un intérêt au maintien de l'arrêté attaqué nonobstant la circonstance que la promesse unilatérale de vente à cette société du 17 mars 2020 serait devenue caduque. Ainsi, l'intervention de Mme A à l'appui des mémoires en défense de la SARL Progimmo et de la commune de Calvi est recevable.

Sur la recevabilité de la requête :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourra intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux () ".

4. Il résulte des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme qu'à défaut de l'accomplissement des formalités de notification qu'elles prévoient, un recours administratif dirigé contre un document d'urbanisme ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol ne proroge pas le délai du recours contentieux. Il ne peut être remédié à l'omission des formalités de notification du recours administratif que dans le délai de quinze jours qu'elles prévoient. Dans ce cas, la date à laquelle a été formé le recours administratif initial constitue le point de départ de la prorogation du délai de recours contentieux résultant de la formation, dans les formes requises, de ce recours administratif. En revanche, la présentation d'un nouveau recours administratif assorti des formalités de notification après l'expiration du délai de quinze jours ne pallie pas le défaut de notification du premier recours et ne permet donc pas la prorogation du délai de recours contentieux. Cette situation ne fait toutefois pas obstacle à ce que la personne intéressée forme, en respectant les formalités de notification propres à ce recours, un recours contentieux dans le délai de recours de droit commun de deux mois qui lui est imparti. Enfin, conformément à la règle générale du contentieux administratif, pour interrompre le délai de recours contentieux, un recours gracieux contre une décision administrative doit être exercé dans les mêmes conditions que ce recours contentieux. Par suite, le recours gracieux doit parvenir à l'administration destinataire dans un délai franc de deux mois qui, s'il expire un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme : " Mention du permis explicite ou tacite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () pendant toute la durée du chantier () / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1 de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis () ". Aux termes de l'article A. 424-17 du même code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / "Droit de recours : / "Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). / "Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme) ". Il résulte de ces dernières dispositions que la mention relative au droit de recours, qui doit figurer sur le panneau d'affichage du permis de construire en application de l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme, permet aux tiers de préserver leurs droits. Toutefois, l'exercice par un tiers d'un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire montre qu'il a connaissance de cette décision et a, en conséquence, pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux, alors même que la publicité concernant ce permis n'aurait pas satisfait aux dispositions prévues en la matière par l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme. Enfin, aux termes de l'article A. 424-18 du code de l'urbanisme : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier ".

6. Le permis de construire en litige a été délivré le 12 mai 2021. La société pétitionnaire produit trois constats d'huissier, réalisés les 28 juin, 27 juillet et 30 août 2021, qui révèlent que le panneau a été affiché sur le site de construction, qu'il était visible et lisible depuis l'espace public et enfin qu'il comportait les mentions prévues par l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que le délai de recours à l'encontre du permis de construire a commencé à courir à compter du 28 juin 2021 et non du 12 mai 2021 comme le soutient la commune de Calvi. Ce délai de recours est donc arrivé à expiration le 30 août 2021 dès lors que le 29 août était un dimanche.

7. D'une part, il est constant que Mme B a notifié le 30 août 2021 au maire de Calvi son recours gracieux en date du 23 août 2021. La commune de Calvi n'est donc pas fondée à soutenir que ce recours gracieux n'aurait pas interrompu le délai de recours contentieux de deux mois. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que ce recours gracieux a été notifié à la SARL Progimmo par un accusé de réception numéroté " AR n° 1A 171 429 687 9 " que la société pétitionnaire a reçu au plus tard le 8 septembre 2021. Dans ces conditions, il a bien été notifié conformément à la procédure prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le recours gracieux a prorogé le délai de recours contentieux à l'égard du permis de construire en litige. Le maire n'ayant pas répondu ni même accusé réception de ce recours gracieux, la requête, enregistrée au greffe du tribunal le 24 décembre 2021, ne saurait être regardée comme tardive et, par suite, irrecevable. Dès lors, les fins de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, opposées par la SARL Progimmo et Mme A, doivent être écartées.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ". Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien et qu'il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

9. La parcelle cadastrée section AK n° 109 dont Mme B est propriétaire et sur laquelle est implantée sa maison, est mitoyenne de la parcelle cadastrée section AK n° 219 où sont projetés deux immeubles d'une hauteur atteignant neuf mètres, dont l'un d'entre eux se situe à près de trois mètres de la limite de propriété. Mme B, qui est voisine immédiate du projet, justifie ainsi que le permis de construire attaqué est susceptible par ses effets visuels d'affecter directement les conditions de jouissance du bien dont elle est propriétaire. Elle est également fondée à se prévaloir de nuisances sonores dès lors que certaines des 87 places de parking seront situées en limite de sa propriété. Enfin, la réalisation du projet va priver sa maison d'un accès carrossable. Par suite, la commune de Calvi n'est pas fondée à soutenir que Mme B ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir au sens des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.

10. En troisième et dernier lieu, selon l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. () ".

11. Les moyens tirés de l'absence de signature des documents graphiques par l'architecte, du défaut de saisine de la commission d'urbanisme et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'avis défavorable du service départemental d'incendie et de secours (SDIS), n'ont été soulevés que dans le mémoire complémentaire de la requérante, enregistré le 11 octobre 2022, soit plus de deux mois après que lui a été communiqué le 31 mai 2022 le premier mémoire en défense de la SARL Progimmo. Contrairement à ce que soutient Mme B, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'avis défavorable du SDIS n'avait pas été soulevé à l'appui de la requête. En outre, ces trois moyens ne sont pas fondés sur une circonstance de fait ou un élément de droit dont Mme B n'était pas en mesure de faire état avant l'expiration du délai de deux mois courant à compter du 31 mai 2022. Dès lors, ces trois moyens sont irrecevables et doivent être écartés.

Sur les conclusions et le surplus des moyens de la requête :

12. En premier lieu, par un arrêté du 28 mai 2020, le maire de la commune de Calvi a donné, dans son article 2, délégation de pouvoir à M. D, premier adjoint, pour délivrer, notamment, les permis de construire. Il suit de là que Mme B n'est pas fondée à soutenir que M. D n'était pas compétent pour signer l'arrêté attaqué.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire () sont adressées () ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " La demande de permis de construire précise : a) L'identité du ou des demandeurs () La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

14. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 précité. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.

15. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire, déposée le 16 novembre 2020, est signée par M. E, architecte. Le dossier de permis de construire comporte une attestation du gérant de la SARL Progimmo donnant à ce dernier pouvoir pour signer et déposer une demande de permis de construire sur un terrain situé sur la commune de Calvi d'une superficie de 4 563 mètres carrés sur une parcelle cadastrée section AK n° 412. Mme B soutient que l'architecte signataire n'avait pas reçu mandat pour ce faire dès lors que la demande de permis de construire mentionne que la référence cadastrale indiquée sur la demande était section AK, n° 219. Toutefois, la commune a pu, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, estimer que M. E disposait d'un droit à déposer la demande du permis de construire attaqué dès lors que cette demande mentionne la surface de 4 563 mètres carrés et que le maire de Calvi, par arrêté du 22 mai 2019, ne s'était pas opposé à la demande tendant à diviser la parcelle cadastrée section AK n° 219 en deux parcelles de superficie respective de 5 382 et 4 563 mètres carrés. En tout état de cause, le second formulaire cerfa n° 13409*07 déposé en mairie le 11 janvier 2021 en réponse à la demande de pièces du maire de Calvi, est signé par le gérant de la SARL Progimmo. Par suite, à supposer même que l'architecte n'eût pas reçu mandat pour présenter la demande du 16 novembre 2020, ce défaut aurait été corrigé par le formulaire cerfa adressé le 11 janvier 2021. Par suite, le moyen tiré du défaut de mandat de M. E pour déposer la demande de permis de construire doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

17. L'absence, dans le dossier constitué à l'appui d'une demande d'autorisation d'urbanisme, d'une des pièces requises pour l'instruction de cette demande, n'est pas de nature à influencer l'appréciation des autorités chargées de l'examen de la demande, dès lors que les indications nécessaires se déduisent des autres pièces du dossier. En outre, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

18. Les deux documents graphiques produits à l'appui de la demande de permis de construire ne permettent ni d'apprécier l'insertion du projet de constructions par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages ni de situer le terrain dans son environnement proche ou lointain. En outre, les points et les angles des prises de vue ne sont pas reportés sur le plan de masse, lequel ne fait pas apparaître les plantations maintenues, supprimées ou créées. Aucun élément du permis de construire, y compris les pièces complémentaires produites en réponse à la demande du maire de Calvi, permet d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement proche et lointain. Cette omission a été de nature à fausser l'appréciation portée par le maire de Calvi sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Dans cette mesure, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier au regard des dispositions des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

19. En revanche, contrairement à ce que soutient Mme B, d'une part, la demande de permis de construire n'avait pas à mentionner la piste d'accès à sa propriété et, d'autre part, le plan de coupe a été communiqué par la SARL Progimmo en réponse à la demande de la commune en date du 11 décembre 2020.

20. En quatrième lieu, d'abord, aux termes de l'article L. 153-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque le plan local d'urbanisme porte sur un territoire qui n'est pas couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé (), il est publié et transmis à l'autorité administrative compétente de l'Etat dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. / Il devient exécutoire à l'issue d'un délai d'un mois à compter de sa transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat ".

21. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 26 mars 2021 par laquelle le conseil municipal de Calvi a adopté le PLU de la commune a été communiquée au préfet le 14 avril 2021. Le territoire de la commune de Calvi n'étant pas couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, le PLU n'est devenu exécutoire que le 14 mai 2021, soit postérieurement à l'arrêté attaqué en date du 12 mai 2021. Il suit de là que les règles de prospect applicables sont celles énoncées à l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme et non celles de l'article UC-6 du règlement du PLU.

22. Ensuite, aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ".

23. Il est constant que la façade ouest du bâtiment A présente une hauteur d'environ 8,50 mètres alors que ce bâtiment s'implante à 3,13 mètres de la limite de la propriété de Mme B. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le projet a méconnu les dispositions précitées de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme.

24. Enfin, lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par une autorisation modificative si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par l'autorisation initiale a été entretemps modifiée. En revanche, la seule circonstance que le vice dont est affectée l'autorisation initiale résulte de la méconnaissance d'une règle d'urbanisme qui n'est plus applicable à la date à laquelle le juge statue est insusceptible, par elle-même, d'entraîner une telle régularisation et de justifier le rejet de la demande. Il suit de là que la SARL Progimmo et Mme A ne sauraient utilement se prévaloir des dispositions de l'article UC-6 du règlement du PLU, dont il résulte de ce qui a été dit au point 21 qu'elles sont entrées en vigueur postérieurement à l'arrêté attaqué.

25. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

26. En cinquième et dernier lieu, si Mme B soutient dans sa requête introductive d'instance que la commune de Calvi a commis une erreur manifeste d'appréciation quant à la réalité du projet, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, contrairement à ce qu'elle soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis de construire aurait pour effet d'enclaver sa maison ou la parcelle cadastrée section AK n° 411.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

27. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ". Ces dispositions ont pour objet de permettre au juge administratif de surseoir à statuer sur une demande d'annulation d'un permis de construire lorsque le vice entraînant l'illégalité de cette décision est susceptible d'être régularisé. Il appartient au juge administratif, pour faire usage des pouvoirs qui lui sont ainsi dévolus, d'apprécier si, eu égard à la nature et à la portée du vice entraînant son illégalité, cette régularisation est possible.

28. En l'espèce, les vices relevés aux points 18 et 25 du présent jugement peuvent être régularisés sans dénaturer le projet. Par suite, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions de Mme B à fin d'annulation et de fixer à la commune de Calvi et au pétitionnaire un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de produire la mesure de régularisation nécessaire.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de Mme C A est admise.

Article 2 : En application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il est sursis à statuer sur la requête de Mme B jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, imparti à la commune de Calvi et la SARL Progimmo pour notifier au tribunal une mesure de régularisation.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à la commune de Calvi, à la SARL Progimmo et à Mme C A.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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