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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200065

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200065

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 21 janvier 2022, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le maire de Conca a délivré à la SCCV Vista di Mare un permis de construire en vue de la division foncière et de l'édification de 10 villas sur la parcelle cadastrée section C n° 793, lieudit " Altura ".

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, le certificat de permis tacite ne comportant pas la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ni la date d'affichage en mairie ou la date de publication par voie électronique ;

- cette décision méconnaît l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme en ce que le maire de Conca n'aurait pas dû délivrer un certificat de permis tacite dès lors qu'il s'est abstenu de demander au pétitionnaire une pièce manquante ;

- cette décision méconnaît l'article R. 423-7 du code de l'urbanisme, en ce que le maire de Conca n'aurait pas dû délivrer un certificat de permis tacite dès lors qu'il ne lui a pas transmis un exemplaire de la demande dans le délai d'une semaine ;

- cette décision méconnaît l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme en ce que la demande de permis ne comporte ni le projet de constitution d'une association syndicale libre, ni un statut de copropriété et ne justifie pas d'une quelconque convention avec la commune prévoyant le transfert des voies et espaces communs ; ainsi, le défaut de tels documents s'apparente à un détournement de procédure de création de lotissements ;

- cette décision méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, le lieudit " Altura " ne pouvant être considéré comme un village ou une agglomération ;

- cette décision méconnaît l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme, le projet s'implantant dans les espaces proches du rivage, ne constituant pas une extension limitée d'urbanisation et n'étant ni motivé ni justifié par un plan local d'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistré le 30 janvier 2022 et le 3 octobre 2022, la SCCV Vista di Mare, représentée par Me Peres, dans le dernier de ses écritures, s'en remet à la sagesse du tribunal.

Elle soutient que la parcelle en cause doit être regardée comme une dent creuse.

La requête a été communiquée à la commune de Conca qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 avril 2021, la SCCV Vista di Mare a déposé en mairie de Conca une demande de permis de construire en vue de la division foncière et de l'édification de 10 villas sur la parcelle cadastrée section C n° 793, lieudit " Altura ". En application du c) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, du silence de l'administration durant 3 mois est né, le 26 juillet 2021, un permis tacite. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Par un arrêté du 14 septembre 2023, le maire de Conca a retiré l'arrêté litigieux, à la demande de la SCCV Vista di Mare. Toutefois, cet acte de retrait n'est pas devenu définitif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire présentée par la SCCV Vista di Mare porte sur l'implantation de dix villas et prévoit une division parcellaire ainsi que l'aménagement des voies et espaces communs aux lots issus de cette division. Or, il n'apparaît pas qu'aurait été joint au dossier de demande de permis de construire un projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs ou bien qu'il aurait été justifié que l'ensemble est soumis au statut de la copropriété ou encore que le demandeur ait produit une pièce attestant de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

6. Le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC), qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 5.

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet de la SCCV Vista di Mare s'implante dans un espace d'habitat diffus dont il n'est d'ailleurs ni établi ni même allégué qu'il jouerait une fonction structurante à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire et serait identifié, eu égard à sa trame, à sa morphologie urbaine et aux indices de vie sociale, comme ayant un caractère stratégique pour l'organisation et le développement de la commune de Conca. Dès lors, sans que la société pétitionnaire puisse utilement se prévaloir de la délivrance le 18 mars 2019 d'un permis d'aménager en vue de la création de 33 lots à usage d'habitation sur une parcelle voisine, ce projet ne se situe pas en continuité d'une agglomération ou d'un village au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit être accueilli.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. () ".

9. Le PADDUC prévoit que les espaces proches du rivage sont identifiés en mobilisant des critères liés à la distance par rapport au rivage de la mer, la configuration des lieux, en particulier la covisibilité avec la mer, la géomorphologie des lieux et les caractéristiques des espaces séparant les terrains considérés de la mer, ainsi qu'au lien paysager et environnemental entre ces terrains et l'écosystème littoral. En outre, le PADDUC prévoit que le caractère limité de l'extension doit être déterminé en mobilisant des critères liés à l'importance du projet par rapport à l'urbanisation environnante, à son implantation par rapport à cette urbanisation et au rivage ainsi qu'aux caractéristiques et fonctions du bâti et son intégration dans les sites et paysages. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 8.

10. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 7, le projet de la SCCV Vista di Mare ne se situe pas en continuité d'une agglomération ou d'un village au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté en défense qu'il s'implante entre 250 et 400 mètres du rivage de la mer avec laquelle il est en covisibilité et dont il n'est séparé que par quelques constructions implantées de façon diffuse, si bien qu'il fait partie des espaces proches du rivage. Il s'ensuit que ce projet constitue une extension non limitée d'urbanisation au sens des dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. En outre, ainsi que le préfet le soutient également, ce projet n'est ni justifié ni motivé par un plan local d'urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit également être accueilli.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation du permis tacite délivré par le maire de Conca à la SCCV Vista di Mare.

12. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par le préfet ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de Conca, intervenue tacitement le 26 juillet 2021, est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Conca et à la SCCV Vista di Mare.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

Mme Christine Castany, première conseillère.

M. Jan Martin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

T. VANHULLEBUSLe greffier,

Signé

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. AUDOUIN

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