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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200142

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200142

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET COUPE PEYRONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2022, M. B A, représenté par Me Paolini, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 12 août 2021 par lequel le maire de Propriano a délivré à la SAS DAVAI ENR SPV9 un permis de construire pour la couverture photovoltaïque de deux courts de tennis, le remplacement de la couverture de la tribune du stade par une toiture photovoltaïque, et la pose d'ombrières photovoltaïques sur le parking, sur la parcelle cadastrée section AE n° 94, au Parc des sports, lieudit "Vigna Majo ", ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 12 octobre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Propriano la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- il justifie de l'intérêt et de la qualité pour agir en ce que le projet va entraîner, pour le bien dont il est propriétaire sur les parcelles cadastrées section AE n°s 164 et 165, une perte de lumière et un préjudice acoustique ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en ce qu'il ne comprend pas un projet architectural comprenant une notice précisant les éléments exigés par l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction dans son environnement, en application de l'article R. 431-10 c) du même code ; il ne renseigne pas sur l'existence des réseaux et le traitement prévu des eaux pluviales ;

- l'arrêté litigieux, du fait de la hauteur au faîtage du projet, méconnaît l'article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme de Propriano en ce qu'il ne constitue pas un élément d'infrastructure obligatoire et occasionne une gêne visuelle importante ;

- il méconnaît le plan local d'urbanisme en ce que les conditions de desserte du terrain ne présentent pas les caractéristiques permettant de vérifier que les exigences de sécurité sont respectées ;

- il méconnaît les articles UC11 et UC12 du règlement du plan local d'urbanisme de Propriano en ce que le projet ne permet pas d'établir que les conditions de desserte et de stationnement du parking seront suffisantes ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il porte préjudice aux propriétaires d'un quartier pavillonnaire composé de jardins ;

- rien dans le dossier n'établit que le projet prend en compte le schéma directeur d'assainissement des eaux pluviales de la commune de Propriano.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, la commune de Propriano, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que :

- il appartiendra au requérant de justifier de sa qualité de propriétaires des parcelles cadastrées section AE n°s 164 et 165 ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, la SAS DAVAI ENR SPV9, représentée par Me Peyronne, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La société pétitionnaire soutient que :

- la requête est irrecevable, en ce que M. A ne justifie pas de l'intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Goubet, substituant Me Muscatelli, avocat de la commune de Propriano.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 12 août 2021, le maire de Propriano a délivré à la SAS DAVAI ENR SPV9 un permis de construire pour la couverture photovoltaïque de deux courts de tennis, le remplacement de la couverture de la tribune du stade par une toiture photovoltaïque et la pose d'ombrières photovoltaïques sur un parking, sur la parcelle cadastrée section AE n° 94, au Parc des sports, lieudit " Vigna Majo ". Le 12 octobre 2021, M. A a présenté un recours gracieux auprès du maire de Propriano que ce dernier a, par son silence durant deux mois, implicitement rejeté par une décision née le 12 décembre 2021. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 août 2021 et la décision née le 12 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le caractère incomplet du dossier de demande de permis de construire :

2. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Selon l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ".

3. En premier lieu, contrairement à ce que M. A soutient, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que les photographies d'insertion du projet dans son environnement et les clichés présentant le stade de football et le parking ont permis au service instructeur d'apprécier l'état initial du terrain et de ses abords, ainsi que l'insertion du projet dans son environnement. Dès lors, eu égard à la nature des travaux projetés, qui portent uniquement sur la couverture photovoltaïque du stade de football, des terrains de tennis et de places de parking, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis au regard des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, le dossier de demande de permis comprend le document graphique prévu au c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, ainsi que plusieurs photographies du site qui ont ainsi permis au service instructeur, eu égard à la nature des travaux projetés, d'apprécier l'impact visuel du projet.

5. En troisième et dernier lieu, si le requérant soutient que le projet ne précise pas les modalités du raccordement des constructions projetées aux réseaux et le traitement prévu des eaux pluviales eu égard au risque de pollution accidentelle par infiltration des eaux ruisselées dans le sous-sol, il ne cite aucune disposition d'assainissement qui exigerait de la société pétitionnaire qu'elle produisît de tels éléments à l'appui de sa demande de permis, en application des dispositions de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme. Dès lors, le moyen est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la méconnaissance du plan local d'urbanisme de Propriano :

6. En premier lieu, si M. A fait valoir que les travaux projetés méconnaissent les prescriptions de l'article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme de Propriano relatives au nombre de niveaux admis par construction, en tout état de cause, lesdits travaux de couverture photovoltaïque de la tribune du stade de football, des terrains de tennis et de places de parking ne créent aucun niveau. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, M. A fait valoir que le projet méconnaît les prescriptions de l'article UC11 du règlement du plan local d'urbanisme de Propriano relatives à l'aspect extérieur des constructions et celles de l'article UC12 portant sur le stationnement, en ce que le projet ne permet pas d'établir que les conditions de desserte du terrain et de stationnement dans le parking seront suffisantes. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à la nature des travaux, les accès au site et le nombre de places de stationnement soient modifiés. Ainsi, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, le requérant soutient que le projet en cause méconnaît le plan local d'urbanisme de Propriano en ce que les conditions de desserte du terrain ne présentent pas les caractéristiques permettant d'apprécier le respect des exigences de sécurité. En tout état de cause, un tel moyen, en ce qu'il ne repose sur la méconnaissance d'aucune prescription du règlement du plan local d'urbanisme, est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne le surplus des moyens de la requête :

9. En se bornant à soutenir que le dossier de demande de permis de construire ne permet pas d'établir que le projet en cause prend en compte le schéma directeur d'assainissement des eaux pluviales de la commune de Propriano, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il en va de même du moyen tiré de ce que le projet serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il porte préjudice aux propriétaires d'un quartier pavillonnaire composé de jardins.

10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Propriano du 12 août 2021 et de sa décision, née le 12 décembre 2021, de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés respectivement par la commune de Propriano et par la SAS DAVAI ENR SPV9 et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Propriano, qui n'est pas la partie perdante, verse à M. A une quelconque somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Propriano une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. A versera à la SAS DAVAI ENR SPV9 une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la SAS DAVAI ENR SPV9 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Propriano et à la SAS DAVAI ENR SPV9.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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