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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200172

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200172

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPARME AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et des mémoires, enregistrés le 16 février 2022, le 18 mars 2022 et le 20 septembre 2022, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté en date du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à la SCI A Stella un permis de construire 9 locaux, sur la parcelle cadastrée section A n° 1293, située ancienne route de Sartène, au lieudit " Vazzio ".

Le préfet soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 752-1 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet aurait dû faire l'objet de l'avis de la commission départementale d'aménagement commercial ;

- cet arrêté méconnaît l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, le dossier de demande de permis de construire du projet, qui s'implante dans la zone " SUP n°1 " de la canalisation des transports d'hydrocarbures du dépôt pétrolier de la Corse, ne comprenant pas l'analyse de compatibilité avec ladite canalisation prévue pour les établissements recevant du public de plus de 100 personnes ;

- le maire aurait dû se fonder sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour refuser le permis sollicité en raison du risque technologique, dès lors que la commune n'a joint au dossier ni le courrier de déclaration informant le transporteur du projet de travaux ni l'avis favorable de ce dernier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, la commune d'Ajaccio, représentée par la SELARL Parme Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté en date du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à la SCI A Stella un permis de construire 9 locaux sur la parcelle cadastrée section A n° 1293, située ancienne route de Sartène, au lieudit " Vazzio ".

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 752-1 du code de commerce : " Sont soumis à une autorisation d'exploitation commerciale les projets ayant pour objet : 1° La création d'un magasin de commerce de détail d'une surface de vente supérieure à 1 000 mètres carrés, résultant soit d'une construction nouvelle, soit de la transformation d'un immeuble existant () ".

3. D'autre part, l'article L. 425-4 du code de l'urbanisme dispose : " Lorsque le projet est soumis à autorisation d'exploitation commerciale au sens de l'article L. 752-1 du code de commerce, le permis de construire tient lieu d'autorisation dès lors que la demande de permis a fait l'objet d'un avis favorable de la commission départementale d'aménagement commercial ou, le cas échéant, de la Commission nationale d'aménagement commercial ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier de demande de permis de construire en cause, que le projet de la SCI A Stella porte sur la création de deux locaux à usage de bureaux et de 7 autres, susceptibles de recevoir du public, à usage professionnel. Ces derniers forment des coques vides dont les futurs exploitants détermineront l'activité et les aménagements intérieurs. Dans ces conditions, un tel projet ne comportant aucune surface de vente, l'arrêté litigieux ne saurait être regardé comme valant autorisation d'exploitation commerciale. Ainsi, le préfet de la Corse-du-Sud n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant de saisir, préalablement à la délivrance du permis litigieux, la commission départementale d'aménagement commercial, le maire d'Ajaccio aurait fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'urbanisme et du code de commerce.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () k) Dans le cas d'un projet de construction ou extension d'un établissement recevant du public de plus de 100 personnes ou d'un immeuble de grande hauteur à proximité d'une canalisation de transport, dans la zone de dangers définie au premier tiret du b de l'article R. 555-30 du code de l'environnement, l'analyse de compatibilité du projet avec la canalisation du point de vue de la sécurité des personnes prévue à l'article R. 555-31 du même code ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 30 janvier 2020, le préfet de la Corse-du-Sud a institué une servitude d'utilité publique prenant en compte la maîtrise des risques autour de la canalisation de transports d'hydrocarbures exploitée par la société " dépôt pétrolier de la Corse " sur la commune d'Ajaccio. Cet arrêté précise que la servitude SUP1 correspond à la zone des premiers effets létaux, en application du b) de l'article R. 555-30 du code de l'environnement, et qu'une analyse de compatibilité est prévue pour les projet situés dans cet espace. Il est constant que le projet de la SCI A Stella se situe dans cette zone. Néanmoins, ainsi qu'il a été dit au point 4, le projet de la SCI A Stella porte sur la création de deux bâtiments à usage de bureaux et de 7 autres à usage de locaux professionnels, constitués de coques vides dont les aménagements intérieurs seront déterminés par les futurs exploitants. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que seuls les bâtiments à usage de bureau prévoient un accueil du public, limité à deux personnes par bâtiment. Dès lors, le préfet n'est pas fondé à soutenir que le projet étant constitutif d'un établissement recevant un public composé de plus de 100 personnes, l'analyse de compatibilité prévue à l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme aurait dû être produite par la société pétitionnaire à l'appui de sa demande de permis.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

Le préfet de la Corse-du-Sud se borne à soutenir que le projet en cause est exposé à un risque technologique, en ce que la commune d'Ajaccio n'aurait joint au dossier ni un courrier de déclaration informant le transporteur du projet de travaux ni un avis favorable de ce dernier. Toutefois, en ne citant pas les dispositions exigeant la production de telles pièces par le service instructeur voire par le pétitionnaire, le préfet n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Ajaccio du 18 mai 2021.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Ajaccio.

D E C I D E :

Article 1er : Le déféré du préfet de la Corse-du-Sud est rejeté.

Article 2 : L'Etat versera à la commune d'Ajaccio une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune d'Ajaccio et à la SCI A Stella.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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