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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200186

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200186

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARICOURT-BALISONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 février 2022 et le 12 février 2024, M. B A, représenté par Me Maricourt-Balisoni, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2021 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de son signataire ;

- cet arrêté n'est pas motivé ;

- cet arrêté est entaché d'erreur de droit :

. dès lors qu'il a procédé, au-delà du délai de quatre mois, au retrait de son permis de chasser valide jusqu'au 25 juin 2021 et des récépissés de déclaration d'acquisition ou mise en possession d'une arme valant autorisation de détention, délivrés les 19 novembre 2020 et 2 août 2021, qui constituent des décisions créatrices de droits ;

. en ce qu'il conduit à appliquer rétroactivement une loi pénale plus sévère ;

. en ce qu'il bénéficie d'une réhabilitation de plein droit concernant les faits reprochés, au titre des articles L. 133-12 et L. 133-13 du code pénal ;

- cet arrêté est entaché d'erreur de fait et le principe de la présomption d'innocence a été méconnu ;

- il est disproportionné eu égard à l'ancienneté des faits qui lui sont reprochés, à leur absence de gravité, à leur existence non justifiée et à son comportement qui n'est pas incompatible avec le port d'armes ; il a bénéficié d'autorisation de détention d'armes de chasse jusqu'en 2021 et de permis de chasser.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ou sont inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 décembre 2021, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a ordonné à M. A de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir () ". Selon l'article R. 312-67 de ce code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 () ".

3. Pour ordonner à M. A de se dessaisir de toutes ses armes, le préfet de la Corse-du-Sud s'est fondé sur les circonstances tirées de ce que l'intéressé a, d'une part, été impliqué en 2017, dans une procédure pour " viol, violence sans incapacité, menace de mort avec ordre de remplir une condition, commis par une personne étant ou ayant été conjoint, séquestration ou prise d'otage et extorsion en bande organisée ", s'est, d'autre part, " signalé ", en février 2020, pour des faits de " détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B ", a également été impliqué, en 2003, pour des faits de " pêche avec moyens ou en temps prohibés " et enfin, s'est montré particulièrement agressif verbalement, en 2017, sous l'effet de l'alcool, à l'égard de l'équipe de police rendue à son domicile et de la République Française. Toutefois, non seulement, il est constant que seuls les faits de " pêche avec moyens ou en temps prohibés ", commis en 2003, ont donné lieu à une condamnation par le juge pénal, mais encore, il ressort des pièces du dossier, notamment du fichier de " traitement des antécédents judiciaires " (TAJ), que ni la procédure engagée en 2017, pour " viol, violence sans incapacité, menace de mort avec ordre de remplir une condition, commis par une personne étant ou ayant été conjoint, séquestration ou prise d'otage et extorsion en bande organisée " ni celle relative à des faits " de détention non autorisée d'arme et munitions ", engagée en 2020 n'ont donné lieu à une condamnation, toutes deux ayant été classées pour " infraction insuffisamment caractérisée " et " absence d'infraction " par la juridiction judiciaire. En outre, s'il ressort du fichier TAJ que M. A se serait signalé pour des faits de " violence sans incapacité et de menace de mort avec ordre de remplir une condition, commis par une personne étant ou ayant été conjoint, séquestration ou prise d'otage et extorsion en bande organisée ", ni ce fichier ni l'autorité administrative ne font état de ce que des suites judiciaires y auraient été données, les faits en cause ayant au demeurant été commis en 2017. Enfin, si le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud précise également dans l'arrêté en litige que l'intéressé se serait rendu coupable d'agression verbale, sous l'effet de l'alcool, à l'égard d'une équipe de police intervenant à son domicile et de la République Française, il n'en justifie pas. Par suite, eu égard à la nature et à l'ancienneté des seuls faits, commis en 2003, qui ont donné lieu à une condamnation et de ceux qui alors même qu'ils seraient établis, n'ont donné lieu qu'à des classements sans suite, il y a lieu de considérer qu'en considérant qu'au regard des nécessités de l'ordre public, le comportement de M. A était incompatible avec la détention d'armes, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a entaché sa décision de disproportion.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 17 décembre 2021.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du 17 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Anne Baux, présidente ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

A. BAUX

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. C

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