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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200237

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200237

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200237
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBARON-GIUSTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2022, M. A B, représenté par Me Baron-Giusti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie et a retiré la validation de son permis de chasser ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui restituer son permis de chasser et d'effacer son inscription au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'environnement ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

2. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie et a retiré la validation de son permis de chasser.

3. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () - violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants dudit code () ".

4. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que M. B a été condamné par la cour d'appel de Bastia, le 20 octobre 1982, pour des faits de coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité de plus de huit jours, délit prévu et réprimé par l'article 222-11 du code pénal. Il résulte des dispositions citées au point précédent que M. B est interdit, par le seul effet de la loi, d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C. Si M. B fait valoir que la peine prononcée pour ce délit est prescrite en application des dispositions de l'article 133-3 du code pénal, il n'est pas établi ni même allégué que la fiche relative à la condamnation prononcée à son encontre le 20 octobre 1982 aurait été retirée du casier judiciaire en application des dispositions de l'article 769 du code de procédure pénale. Il suit de là que le préfet de la Haute-Corse était tenu, par les dispositions du 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure citées au point précédent, d'ordonner à M. B de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession et de lui interdire d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie. L'autorité administrative étant en situation de compétence liée, les moyens invoqués par le requérant pour demander l'annulation des articles 1 à 4 de l'arrêté attaqué sont inopérants, y compris celui tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté. Le préfet s'étant fondé sur les dispositions de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, le requérant ne peut en tout état de cause pas se prévaloir utilement d'une méconnaissance de celles de l'article L. 312-3-1 du même code.

5. Aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. " L'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure dispose que " Un fichier national automatisé nominatif recense () 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 () ".

6. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 4 que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet l'a interdit d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. Il doit dès lors être inscrit au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes. Il suit de là que le requérant ne peut plus conserver la validation de son permis de chasser.

7. Il résulte en tout état de cause de la combinaison des dispositions des articles L. 312-16-2 du code de la sécurité intérieure et de l'article L. 423-15 du code de l'environnement que l'invalidation du permis de chasser prévue par cet article est limitée à la durée de l'inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes mentionné à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. Ainsi, eu égard à la compétence liée de l'autorité administrative, M. B ne peut utilement soutenir que le préfet aurait invalidé son permis de chasser à titre définitif.

8. L'invalidation du permis de chasser ne présente pas le caractère d'une sanction administrative. Le requérant ne peut dès lors pas utilement soutenir que l'invalidation de son permis de chasser méconnaît les dispositions des articles 6 et 368 du code de procédure pénale.

9. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 7 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 50 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête selon la procédure prévue par les dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera transmise au préfet de la Haute-Corse.

Fait à Bastia, le 22 juillet 2022.

Le président du tribunal,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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