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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200331

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200331

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud a fixé le montant de son complément indemnitaire annuel au titre de l'année 2021, ensemble de la décision du 10 février 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article 4 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique d'Etat, le paragraphe III la circulaire du 5 décembre 2014 relative à la mise en œuvre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel ainsi que la note de gestion du 3 août 2021 relative à la mise en œuvre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) pour les agents des MTE/MCTRCT/MM ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa manière de servir ;

- elles sont entachées d'un " détournement de pouvoir " dès lors que l'administration n'a pas consulté le comité technique local.

La requête a été communiquée à la direction départementale des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud, qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 20 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Samson,

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, technicien supérieur du développement durable, exerce ses fonctions au sein de la direction de la mer et du littoral de Corse. Par une décision du 16 décembre 2021, le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse du sud a fixé à 655 euros le montant de son complément indemnitaire annuel (CIA) au titre de l'année 2021. Le 10 janvier 2022, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par une décision du 10 février 2022. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision du 16 décembre 2021 ainsi que celle de la décision du 10 février 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable au litige : " L'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct, qui donne lieu à un compte rendu. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret ( ) ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier d'un complément indemnitaire annuel qui tient compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir, appréciée dans les conditions fixées en application de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Il est compris entre 0 et 100 % d'un montant maximal par groupe de fonctions fixé par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Il est compris entre 0 et 100 % d'un montant maximal par groupe de fonctions fixé par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. () ". Aux termes de l'article 16 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Lorsque des régimes indemnitaires prévoient une modulation en fonction des résultats individuels ou de la manière de servir, ces critères sont appréciés par le chef de service au vu du compte rendu de l'entretien professionnel ".

3. D'une part, il résulte de la combinaison de ces dispositions que le complément indemnitaire annuel est un élément de rémunération variable et personnel, modulé en fonction de la manière de servir de chaque agent, dont le montant est fixé chaque année sur la base de l'évaluation professionnelle de l'agent concerné effectuée dans le cadre de l'entretien professionnel annuel. Pour fixer le complément indemnitaire annuel, il doit nécessairement être tenu compte du dernier entretien professionnel, entretien qui ne peut avoir lieu qu'à l'issue de l'année ou de la période sur laquelle porte l'évaluation.

4. D'autre part, le 3 août 2021, la ministre de la transition écologique, la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et la ministre de la mer ont adopté une note de gestion, publiée au Bulletin officiel des ministères du 12 août 2021, afin de préciser pour l'année 2021 les modalités de mise en œuvre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) pour les agents des trois ministères et qui fixe dans sa troisième partie les critères permettant de réaliser l'évaluation de la manière de servir de l'agent, les grilles des groupes de fonctions et les montants de référence afin de déterminer le montant du complément indemnitaire annuel.

5. Pour rejeter la demande de M. A, le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud a relevé que le montant de son CIA, fixé à 655 euros au titre de l'année 2021, correspondait à sa manière de servir considérée comme " très satisfaisante " et a conclu que l'intéressé ne pouvait, dès lors, prétendre à un montant supérieur qui se rapporterait à un niveau " excellent ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment de son compte-rendu d'entretien professionnel (CREP) réalisé le 31 mars 2021 au titre de l'année 2020, que M. A a fait preuve d'une implication très professionnelle et d'un dévouement total s'agissant de la mission " d'assistance de nuit à pêcheur professionnel naufragé " et d'une implication très professionnelle s'agissant de la mission " gestion des contrôles de Police de l'Environnement ". De plus, l'intéressé a été évalué au niveau " expert " pour la totalité des compétences mises en œuvre sur son poste, à l'exception de la capacité à conduire les moyens nautiques pour laquelle il a été évalué à un niveau " maîtrise ". Par ailleurs, il ressort de ce même document que sa manière de servir a été jugée excellente s'agissant tant de la qualité de son travail que de ses qualités relationnelles, ou de son implication personnelle et de son sens du service public. En outre, son supérieur hiérarchique direct a souligné que l'intéressé avait fait preuve de sérieux et d'un dévouement total dans toutes les tâches qui lui ont été confiées, qu'il est expérimenté, d'une grande rigueur, d'une implication sans faille, d'une motivation permanente et d'un état d'esprit irréprochable, faisant de M. A un " pilier incontestable de l'unité ". Il est enfin relevé que l'intéressé " possède déjà toutes les qualités et compétences nécessaires pour accéder aux fonctions supérieures d'encadrement ". Dans ces conditions, eu égard aux qualités qui lui ont été reconnues et alors que ce n'est qu'en raison de la pandémie de la Covid-19 qui a imposé de nouveaux objectifs au service que les trois objectifs qui lui ont été assignés, n'ont été que " partiellement atteints ", il ressort de l'ensemble de ces éléments que la manière de servir du requérant devait être évaluée à un niveau " excellent " et que le montant de son CIA devait supérieur à celui qui lui a été attribué. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'en fixant à 655 euros le montant de son complément indemnitaire annuel au titre de l'année 2021, soit à une somme correspondant à une manière de servir " très satisfaisante ", le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administratif : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud procède à la révision du montant du complément indemnitaire annuel octroyé à M. A, en application des tranches supérieures visées dans la note de gestion du 3 août 2021 et lui attribue un taux individualisé. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité administrative d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 décembre 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires de la Corse-du-Sud a fixé le montant du complément indemnitaire annuel de M. A au titre de l'année 2021 et la décision du 10 février 2022 rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des territoires de la Corse-du-Sud de procéder à la révision du montant du complément indemnitaire annuel attribué à M. A, en application des tranches supérieures visées dans la note de gestion du 3 août 2021 et lui attribue un taux individualisé.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au directeur départemental des territoires de la Corse-du-Sud et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie pour information en sera adressée au préfet de Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La présidente,

signé

A. Baux

Le rapporteur,

signé

I. Samson

La greffière,

signé

H. Mannoni

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. Mannoni

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