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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200357

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200357

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS TOMASI-VACCAREZZA-BRONZINI DE CARAFFA-TABOUREAU-GENUINI-LUISI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, M. B A, représenté par Me Genuini, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a prescrit l'enregistrement de cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, a retiré la validation de son permis de chasser, et lui a enjoint de remettre ce document ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour les personnes qui ont consulté le traitement des antécédents judiciaires d'avoir été habilitées à cet effet ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit car le préfet s'est exclusivement fondé sur la consultation des traitements automatisés de données personnelles en méconnaissance des dispositions de l'article 120 de la loi du 6 janvier 1978 ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation car les faits qui lui sont reprochés sont anciens, isolés et ne sauraient justifier par leur nature la décision attaquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Genuini, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 janvier 2021, le préfet de la Haute-Corse a enjoint à M. A de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie qu'il a en sa possession, lui a interdit d'acquérir et de détenir des armes de toute catégorie, a prescrit l'enregistrement de cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, a retiré la validation de son permis de chasser, et lui a enjoint de remettre ce document. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, le moyen tiré de ce que l'agent chargé de l'enquête et de la consultation du fichier du traitement d'antécédents judiciaires ne disposait pas d'une habilitation régulière au sens des dispositions de l'article 230-10 du code de procédure pénale est inopérant dès lors que le code de sécurité intérieure prévoit, en son article R. 312-67, la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la décision de remise ou de dessaisissement d'arme. Ainsi, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

4. L'arrêté attaqué cite les dispositions du code de la sécurité intérieure dont il a fait application, notamment les articles L. 312-11 et R. 312-67. Il comporte également les considérations de fait qui le fondent en relevant que M. A " s'est signalé pour des faits de violence volontaires aggravées en 2011, d'acquisition ou de détention d'armes ou de munition par une personne ayant fait l'objet d'une procédure de dessaisissement pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes en 2015, d'infractions au régime des armes et munitions en 2013 " circonstances pour lesquelles le préfet de la Haute-Corse a estimé que le comportement du requérant laissait craindre une utilisation dangereuse des armes pour lui-même et pour autrui. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est insuffisamment motivé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 120 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés : " Aucune décision de justice impliquant une appréciation sur le comportement d'une personne ne peut avoir pour fondement un traitement automatisé de données à caractère personnel destiné à évaluer certains aspects de la personnalité de cette personne. / Aucune autre décision produisant des effets juridiques à l'égard d'une personne ou l'affectant de manière significative ne peut être prise sur le seul fondement d'un traitement automatisé de données à caractère personnel destiné à prévoir ou évaluer certains aspects personnels relatifs à la personne concernée ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse a pris en compte le rapport administratif établi par la gendarmerie nationale qui fait état d'une enquête d'environnement ayant conduit à entendre M. A, les éléments recueillis auprès du procureur de la République ainsi que les observations formulées par le requérant dans le cadre de la procédure contradictoire. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet se serait uniquement fondé sur le traitement des antécédents judiciaires pour prendre sa décision. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu et dernier, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure dans sa version applicable au litige : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 () ".

8. Pour fonder sa décision, le préfet de la Haute-Corse a considéré que le requérant " s'est signalé pour des faits de violences volontaires aggravées " en 2011, pour des faits d'infractions au régime des armes et munitions en 2013, et pour des faits d'acquisition ou de détention d'armes ou de munitions par une personne ayant fait l'objet d'une procédure de dessaisissement pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes en 2015. Bien que ces faits soient anciens, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'erreur d'appréciation eu égard à leur caractère répété et à la circonstance que certains de ces faits, pour lesquels il a fait l'objet de condamnations, sont constitutifs d'infractions au régime des armes ou portent sur la détention d'armes malgré une procédure de dessaisissement.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Corse, la requête de M. A y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Corse

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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