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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200364

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200364

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP MORELLI-MAUREL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 décembre 2021 et le 22 mai 2023, M. A B et la SCI Perello, représentés Me Giovannangeli, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2021 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a mis M. B en demeure de cesser immédiatement les travaux qu'il a entrepris sans autorisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- l'auteur de l'arrêté litigieux était incompétent pour le signer ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté méconnaît le 10° de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme en ce que la réception par le maire de la mise en demeure visée par cet arrêté n'est pas établie ;

- cet arrêté est illégal dès lors qu'il a été pris à l'encontre de M. B alors que le procès-verbal d'infraction vise un permis de construire obtenu par la SCI Perello ;

- le permis n'est pas périmé, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait été notifié au pétitionnaire en application de l'article R. 424-10 du code de l'urbanisme, si bien que le délai de péremption n'a pas commencé à courir ; ce délai a été interrompu par la crise sanitaire ; la preuve de l'absence de travaux durant un an n'est pas rapportée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que :

- il se trouvait en situation de compétence liée ;

- l'arrêté litigieux a été partiellement levé s'agissant de la phase 1 du projet correspondant à la création d'une station-service et d'une voie pour poids lourds ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Giovannangeli, avocat des requérants.

Une note en délibéré des requérants a été enregistrée le 15 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de Figari, agissant au nom de l'Etat, a accordé le 26 février 2014 à M. B un permis de construire pour la réalisation en trois tranches d'un projet comprenant la création d'une station-service et d'une voie pour poids lourds, la construction d'un bâtiment composé de quatre cabinets médicaux en rez-de-chaussée et de quatre logements à l'étage et l'édification d'un centre commercial regroupant une galerie, quatre commerces et une aire de stationnement. La validité de cette autorisation a été prolongée par un arrêté du 10 janvier 2017 du maire de Figari. Le permis de construire a été transféré à la SCI Perello par un arrêté du 7 mars 2018. Un procès-verbal de constat d'infraction pour travaux sans autorisation a été dressé le 9 juillet 2021. Le préfet de la Corse-du-Sud a ordonné l'interruption des travaux par un arrêté du 15 juillet 2021. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel. L'interruption des travaux peut être ordonnée, dans les mêmes conditions, sur saisine du représentant de l'Etat dans la région ou du ministre chargé de la culture, pour les infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine. () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. () Les pouvoirs qui appartiennent au maire, en vertu des alinéas qui précèdent, ne font pas obstacle au droit du représentant de l'Etat dans le département de prendre, dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, toutes les mesures prévues aux précédents alinéas. Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. Dans tous les cas où il n'y serait pas pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, le représentant de l'Etat dans le département prescrira ces mesures et l'interruption des travaux par un arrêté dont copie sera transmise sans délai au ministère public. () ".

3. D'autre part, l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme dispose : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année ".

4. Lorsqu'il constate la péremption d'un permis de construire et la réalisation de travaux postérieurement à celle-ci, le maire, qui est nécessairement conduit à porter une appréciation sur les faits, ne se trouve pas, pour prescrire l'interruption de ces travaux sur le fondement de l'article L. 480-2, alinéa 10, du code de l'urbanisme, en situation de compétence liée.

5. Ainsi qu'il résulte des dispositions précitées de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, l'arrêté prescrivant l'interruption des travaux doit être motivé. L'arrêté litigieux du 15 juillet 2021 se borne à viser le procès-verbal de constat d'infraction établi le 9 juillet 2021 et indique uniquement que les travaux irréguliers sont en cours d'exécution. Or, il ressort des pièces du dossier que ledit procès-verbal n'a été transmis à M. B que le 19 juillet 2021, soit postérieurement à l'arrêté litigieux. Il s'ensuit qu'en ne permettant pas à l'intéressé de connaître la nature des irrégularités dont ces travaux étaient entachés, l'arrêté litigieux est entaché d'une insuffisante motivation. Dès lors, le moyen tiré du vice de forme doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 15 juillet 2021.

7. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par les requérants ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 15 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. B et à la SCI Perello une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SCI Perello et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. NICAISE

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