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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200430

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200430

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MARLANGE-DE LA BURGADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 21 mars 2022, enregistrée le 29 mars 2022 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Corse.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Marseille le 16 mars 2022, la chambre de commerce et d'industrie de Corse, représentée par la SCP Marlanges-de la Burgade, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle le délégué de la direction de la sécurité de l'aviation civile sud-est a refusé de financer de nouveaux effectifs pour l'aéroport de Figari Sud Corse, ainsi que la décision du 1er octobre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la direction de la sécurité de l'aviation civile sud-est de financer de nouveaux effectifs pour l'aéroport de Figari Sud Corse et plus particulièrement, au moins " trois équivalents temps plein " pour le service de sauvetage et de lutte contre l'incendie des aéronefs (RFFS) et au moins " un équivalent temps plein " pour le service de prévention du péril animalier (SPPA), sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2023, la direction générale de l'aviation civile (DGAC), représentée par Me Briec, conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par la CCI de Corse ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'aviation civile ;

- le code général des impôts ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- l'arrêté du 18 janvier 2007 relatif aux normes techniques applicables au service de sauvetage et de lutte contre l'incendie des aéronefs sur les aérodromes ;

- la convention collective nationale du personnel au sol des entreprises de transport aérien du 22 mai 1959, étendue par arrêté du 10 janvier 1964 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zerdoud ;

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Briec, avocat de la direction générale de l'aviation civile.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 26 mars 2021, le délégué de la direction de la sécurité de l'aviation sud-est de Corse a refusé de faire droit à la demande de la CCI de Corse sollicitant le financement de nouveaux effectifs pour l'aéroport de Figari Sud Corse. Le 29 avril 2021, la requérante a introduit un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été rejeté par une décision du 1er octobre 2021. La CCI de Corse demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions des 26 mars et 1er octobre 2021.

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportant l'indication des motifs qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation peut être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1609 quatervicies du code général des impôts : " I. - A compter du 1er juillet 1999, une taxe dénommée " taxe d'aéroport " est perçue au profit des personnes publiques ou privées exploitant des aérodromes ou groupements d'aérodromes dont le trafic embarqué ou débarqué s'élève, en moyenne, sur les trois dernières années civiles connues, à plus de 5 000 unités de trafic (UDT). /(..) Le produit de la taxe est affecté sur chaque aérodrome ou groupement d'aérodromes au financement des services de sécurité-incendie-sauvetage, de lutte contre le péril animalier, de sûreté et des mesures effectuées dans le cadre des contrôles environnementaux. Le tarif de la taxe est fonction du besoin de financement sur chaque aérodrome ou groupement d'aérodromes, tel qu'il résulte notamment des prestations assurées en application de la réglementation en vigueur, et de l'évolution prévisionnelle des données relatives au trafic, aux coûts et aux autres produits de l'exploitant. / () ".

4. Pour refuser le financement de trois " équivalents temps plein " pour le service de sauvetage et de lutte contre l'incendie des aéronefs (RFFS) et d'un " équivalent temps plein " pour le service de prévention du péril animalier (SPPA), sollicité par la CCI de Corse, le délégué de la direction de la sécurité de l'aviation sud-est de Corse a estimé que cette demande n'était pas justifiée au regard des besoins de fonctionnement de l'aéroport Figari Sud Corse.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier d'une part, que pour évaluer les nécessités d'armement du service RFFS en période hivernale, le délégué de la direction de la sécurité de l'aviation sud-est de Corse s'est fondé sur une amplitude horaire de 15 heures par jour eu égard aux caractéristiques du trafic et à la réglementation applicable aux services de sauvetage et de lutte contre l'incendie des aéronefs sur les aérodromes. Si la requérante soutient qu'une amplitude horaire de 15 heures 15 aurait dû être retenue, cette circonstance est sans incidence sur l'évaluation des besoins du service en armement dès lors que, sur la base de cette plage horaire, les effectifs nécessaires restent, en tout état de cause, inférieurs aux 18 " équivalents temps plein " dont bénéficie déjà le service. Si en outre, la CCI de Corse fait valoir, qu'en application des dispositions de l'article 4 de la convention collective nationale du personnel au sol des entreprises de transport aérien du 22 mai 1959, étendue par un arrêté du 10 janvier 1964, le temps de représentation syndicale pour deux agents doit être pris en compte à hauteur de 480 heures de délégation syndicale auxquelles doivent s'ajouter les trois jours par an et par syndicat, de congrès ou d'assemblée statutaire, il ressort toutefois des pièces du dossier, qu'en application de la convention collective précitée, le temps de représentation syndicale a été correctement évalué par le délégué de la direction de la sécurité de l'aviation sud-est de Corse à hauteur de 402 heures par an. Si par ailleurs, la CCI de Corse soutient également que les congés de maladie des agents, qu'elle comptabilise à 2 412 heures " équivalent temps plein ", auraient dû être pris en compte dans la détermination des besoins du service, elle n'établit pas que la compensation de ces absences par des heures supplémentaires effectuées par d'autres membres du personnel engendrerait la méconnaissance des dispositions du code du travail relatives au régime des heures supplémentaires.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que pour estimer les nécessités d'armement du service SPPA en période hivernale, le délégué de la direction de la sécurité de l'aviation sud-est de Corse s'est fondé sur une amplitude horaire de 14 heures par jour qui correspond à 3,3 " équivalents temps plein ", eu égard aux caractéristiques du trafic et à la réglementation applicable. Toutefois, si la CCI de Corse fait valoir que l'armement supplémentaire du service est rendu nécessaire pas l'exécution des missions de fauchage et d'entretien des abords des aéronefs, complémentaires à la mission d'effarouchement, elle ne démontre pas, en tout état de cause, que l'exécution de ces missions nécessiterait des besoins en fonctionnement supérieurs à 4 " équivalents temps plein ", dont bénéficie déjà le service. En outre, si la requérante soutient que la mise en place du " Ground reporting format " implique la mise à disposition d'agents supplémentaires, elle n'établit pas l'étendue de cette mission ni même qu'elle relèverait des financements prévus dans le cadre du reversement de la taxe aéroportuaire. Enfin, si la CCI de Corse fait valoir que la direction de la sécurité de l'aviation sud-est de Corse a accepté de financer deux agents supplémentaires pour l'aéroport d'Ajaccio, cette circonstance est sans influence sur le litige dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les besoins en fonctionnement de cet aéroport seraient comparables à ceux de l'aéroport de Figari Sud Corse.

7. Par suite, il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les décisions attaquées ne sont pas entachées d'illégalité et qu'ainsi la requête doit être rejetée en ce comprises ses conclusions à fin d'annulation et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie de Corse, le versement à l'Etat, d'une somme de

1 500 euros au titre des frais exposés dans l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la chambre de commerce et d'industrie de Corse est rejetée.

Article 2 : La chambre de commerce et d'industrie de Corse versera à l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la chambre de commerce et d'industrie de Corse et au ministre chargé des transports.

Copie sera adressée à la direction générale de l'aviation civile.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.

La présidente,

Signé

A. Baux

La rapporteure,

Signé

I. Zerdoud

La greffière,

Signé

H. Nicaise

La République mande et ordonne au ministre chargé des transports en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. Nicaise

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