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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200437

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200437

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er avril 2022, le 4 avril 2022 et le 12 août 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 1er octobre 2021 du préfet de la Haute-Corse en tant qu'elle porte classement du poste de " chef de l'unité de coordination " au service juridique de la direction départementale des territoires et de la mer de la Haute-Corse dans le groupe 3 du corps des attachés d'administration de l'Etat pour l'octroi du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel ainsi que la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur son recours gracieux du 3 décembre 2021 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite née du silence gardé par le préfet de la Haute-Corse sur sa demande du 3 décembre 2021 tendant à ce que son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) soit revalorisée ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de classer le poste qu'elle occupe dans le groupe 2 du RIFSEEP et de revaloriser son IFSE dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat, du décret n° 2011-1317 du 17 octobre 2011 portant statut particulier du corps interministériel des attachés d'administration de l'Etat, de l'arrêté du 3 juin 2015 pris pour l'application au corps interministériel des attachés d'administration de l'Etat des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 et de la circulaire du ministre de l'intérieur du 22 mai 2017 relative aux modalités de gestion de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise pour les personnels administratifs du ministère de l'intérieur dès lors que le poste de " chef de l'unité de coordination " correspond aux critères de classement dans le groupe 2 de fonctions ;

- en refusant de revaloriser son IFSE suite à son changement de poste, le préfet a méconnu les dispositions de l'article 3 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 et de la circulaire du ministre de l'intérieur du 22 mai 2017 dès lors qu'elle remplit les conditions cumulatives relatives à la durée sur le poste précédent et la durée d'ancienneté dans le corps des attachés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante présente des conclusions à fin d'injonction à titre principal ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'annulation des décisions attaquées par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 1er octobre 2021 portant affectation de la requérante sur le poste de " chef de l'unité de coordination " au service juridique de la DDTM de la Haute-Corse.

Un mémoire présenté par Mme B en réponse à cette mesure d'information a été enregistré le 3 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 2011-1317 du 17 octobre 2011 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- l'arrêté du 3 juin 2015 pris pour l'application au corps interministériel des attachés d'administration de l'Etat des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, attachée d'administration de l'Etat a été affectée par une décision du 1er octobre 2021 du préfet de la Haute-Corse sur le poste de cheffe de l'unité de coordination au service juridique de la direction départementale des territoires et de la mer à compter du 1er novembre 2021. Cette décision a été annulée pour excès de pouvoir par un jugement n° 2101519 du 14 mars 2024 du tribunal. Par la même décision du 1er octobre 2021, le préfet de la Haute-Corse a informé l'intéressée du groupe de fonctions RIFSEEP dans lequel ce poste était classé. Par un recours gracieux formé le 3 décembre 2021, Mme B a sollicité la modification du classement indemnitaire de ce poste et la revalorisation de son IFSE. Le préfet n'a pas répondu. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision portant classement de son poste dans le groupe RIFSEEP 3 et la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa demande de revalorisation de son IFSE.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Corse :

2. Contrairement à ce que fait valoir le préfet de la Haute-Corse, les conclusions de Mme B ne tendent pas uniquement à ce que le tribunal adresse des injonctions à l'administration. Par suite la fin de non-recevoir ne saurait être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé, ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.

4. La décision du 1er octobre 2021 portant classement du poste d'affectation de Mme B dans le groupe RIFSEEP 3 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux et de sa demande de revalorisation de l'IFSE qui lui a été octroyée n'ont pu être prises qu'en raison de la nomination de la requérante qui a été annulée par un jugement n° 2101519 du 14 mars 2024. Il suit de là que cette annulation emporte, par voie de conséquence, celle des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () "

6. Le motif d'annulation retenu n'implique pas nécessairement qu'il soit fait droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Corse de classer le poste dans le groupe 2 du RIFSEEP et de revaloriser son IFSE.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 1er octobre 2021, en tant qu'elle porte classement du poste de " chef de l'unité de coordination " au service juridique de la direction départementale des territoires et de la mer de la Haute-Corse dans le groupe 3 du corps des attachés d'administration de l'Etat pour l'octroi du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel, la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur recours gracieux et la décision rejetant la demande de revalorisation de l'IFSE attribuée à Mme B, sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise au préfet de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, où siégeaient :

- M. Thierry Vanhullebus, président,

- M. Jan Martin, premier conseiller,

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

signé

N. SADATLe président,

Signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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