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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200456

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200456

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBALME LEYGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 avril 2022, le 3 juin 2022 et le 21 novembre 2022, M. A B D, représenté par Me Balme Leygues, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet par le maire de Petreto-Bicchisano de sa demande, d'une part, de délivrance d'un certificat de permis de construire tacite et, d'autre part, de réception de sa déclaration d'ouverture de chantier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2018 par lequel le maire de Petreto-Bicchisano a refusé de lui délivrer un permis de construire cinq logements sur la parcelle cadastrée section A n° 1158, située route d'Ajaccio, au lieudit " Piazzola " ;

3°) d'enjoindre à la commune de Petreto-Bicchisano de lui délivrer un certificat de permis tacite et de recevoir sa déclaration d'ouverture de chantier, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Petreto-Bicchisano la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté litigieux n'est pas motivé, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cet arrêté n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il a retiré un permis tacite ; ce dernier n'est pas caduc ;

- cet arrêté méconnaît l'article L.424-5 du code de l'urbanisme en ce qu'il a retiré un permis tacite au-delà du délai de trois mois et que ce permis n'est pas illégal ;

- les décisions litigieuses portent atteinte au bénéfice d'un permis tacite prévu par les articles R. 424-103 et R. 424-16 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, la commune de Petreto-Bicchisano, représentée par Me Paolini, conclut au rejet de la requête, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au versement d'une somme au titre des dépens. La commune soutient que :

- les moyens soulevés par M. B D ne sont pas fondés ;

- le permis tacite est caduc.

Par lettre du 9 août 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de recevoir une déclaration d'ouverture de chantier.

Par un mémoire, enregistré le 17 août 2023, M. B D a produit des observations en réponse à cette mesure d'information.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D a déposé le 23 novembre 2018 en mairie de Petreto-Bicchisano une demande de permis de construire cinq logements sur la parcelle cadastrée section A n° 1158, située route d'Ajaccio, au lieudit " Piazzola ". Par l'arrêté du 31 décembre 2018, le maire de Petreto-Bicchisano a refusé de lui délivrer le permis sollicité. Par une lettre notifiée à cette commune le 12 janvier 2022, l'intéressé a demandé au maire de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite et de recevoir sa déclaration d'ouverture de chantier. En l'absence de réponse de l'administration, une décision implicite de rejet de sa demande est née le 12 mars 2022. M. B D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2018 et la décision implicite de rejet née le 12 mars 2022.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation du refus de la commune de Petreto-Bicchisano de recevoir une déclaration d'ouverture de chantier :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B D ait adressé à la commune de Petreto-Bicchisano la déclaration d'ouverture de chantier, conformément à l'article R. 424-16 du code de l'urbanisme. Notamment, s'il soutient qu'il a vainement tenté de remettre en main propre un tel document en mairie, il ne l'établit pas. Dès lors, en tout état de cause, sa demande d'annulation d'un refus du maire de cette commune de recevoir cette déclaration ne peut qu'être écartée en ce qu'elle est irrecevable.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 31 décembre 2018 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ".

4. Compte tenu de l'objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur, l'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui retire une autorisation d'urbanisme créatrice de droits ne peut intervenir que si son titulaire a, au préalable, été mis à même de présenter ses observations. Une telle procédure contradictoire implique que celui-ci ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et, qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions précitées constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation que le maire envisage de retirer.

7. En premier lieu, M. B D ayant déposé sa demande complète de permis de construire cinq logements le 23 novembre 2018, le service instructeur disposait, en application du c) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, d'un délai de 3 mois pour examiner cette demande, soit jusqu'au 23 février 2019. Si la commune de Petreto-Bicchisano soutient que l'arrêté litigieux de refus de permis du 31 décembre 2018 a été notifié au pétitionnaire le 7 janvier 2019, elle ne produit aucune pièce permettant de l'établir. Dès lors, l'intéressé est devenu titulaire le 23 février 2019 d'un permis de construire tacite. Or, l'arrêté litigieux ne comporte aucune motivation. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de forme doit être accueilli.

8. En deuxième lieu, il est constant que l'arrêté litigieux n'a pas été précédé de la notification au pétitionnaire d'une lettre de procédure contradictoire. L'intéressé ayant ainsi été privé d'une garantie, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être accueilli.

9. En troisième et dernier lieu, en l'absence de notification à M. B D de l'arrêté litigieux dans le délai de trois mois prévu à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit également être accueilli.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Petreto-Bicchisano du 31 décembre 2018.

En ce qui concerne la décision implicite du 12 mars 2022 de refus de délivrer un certificat de permis tacite :

11. Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. () ". Selon l'article R. 424-17 du même code : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. () ".

12. L'arrêté du 31 décembre 2018 portant refus de permis faisait obstacle au déclenchement du délai de péremption de trois ans prévu à l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme tant que ce refus n'avait pas été retiré ou annulé. Ainsi, contrairement à ce que la commune de Petreto-Bicchisano soutient, le permis tacite né le 23 février 2019 n'est pas périmé dès lors que l'arrêté du 31 décembre 2018 est annulé par le présent jugement. Il s'ensuit que M. B D est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de permis tacite, le maire de cette commune a méconnu les dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B D est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 mars 2022 de refus de lui délivrer un certificat de permis tacite.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. L'annulation de la décision du 12 mars 2022 implique nécessairement, que le certificat de permis tacite prévu à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme soit délivré à M. C. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Petreto-Bicchisano de délivrer ce certificat au requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par l'intéressé.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B D, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Petreto-Bicchisano une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette commune une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Petreto-Bicchisano du 31 décembre 2018 et sa décision implicite du 12 mars 2022 de refus de délivrer un certificat de permis tacite à M. B D sont annulés.

Article 2 : La commune de Petreto-Bicchisano versera à M. B D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B D et à la commune de Petreto-Bicchisano.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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