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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200570

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200570

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200570
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPOLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 5 mai 2022, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 23 décembre 2021 par lequel le maire d'Olmeto a délivré à la SAS Sopranu un permis de construire une résidence de tourisme composée de 12 maisons, d'un bâtiment d'accueil et de 6 piscines, sur la parcelle cadastrée section E n°1624, située au lieudit " Arcobiato Sopranu ".

Le préfet soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, en ce que si le projet s'implante en continuité d'un secteur déjà urbanisé, les parcelles environnantes sont faiblement bâties et la commune n'est pas dotée d'un plan local d'urbanisme ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme, le projet ne constituant ni une extension limitée ni une extension motivée ou justifiée par la proximité immédiate de l'eau ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme, en ce qu'il ne répond pas aux critères d'exception à l'article L. 121-8 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, la SAS Sopranu, représentée par Me Poletti, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune d'Olmeto qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 23 décembre 2021 par lequel le maire d'Olmeto a délivré à la SAS Sopranu un permis de construire une résidence de tourisme composée de 12 maisons, d'un bâtiment d'accueil et de 6 piscines, sur la parcelle cadastrée section E n°1624, située au lieudit " Arcobiato Sopranu ".

2. Aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. () ".

3. Le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que les espaces proches du rivage sont identifiés en mobilisant des critères liés à la distance par rapport au rivage de la mer, la configuration des lieux, en particulier la covisibilité avec la mer, la géomorphologie des lieux et les caractéristiques des espaces séparant les terrains considérés de la mer, ainsi qu'au lien paysager et environnemental entre ces terrains et l'écosystème littoral. En outre, le PADDUC prévoit que le caractère limité de l'extension doit être déterminé en mobilisant des critères liés à l'importance du projet par rapport à l'urbanisation environnante, à son implantation par rapport à cette urbanisation et au rivage ainsi qu'aux caractéristiques et fonctions du bâti et son intégration dans les sites et paysages. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 2.

4. D'abord, il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté en défense que le projet de résidence de tourisme est situé à proximité du rivage, présente une co-visibilité avec la mer, dont il n'est séparé que par quelques constructions, si bien qu'il fait partie des espaces proches du rivage. Ensuite, le secteur d'Abbartello en continuité duquel le projet s'implante se compose d'un bâti peu nombreux et peu dense. Dès lors, ce projet, en ce qu'il comprend 13 bâtiments, ainsi que 6 piscines, et crée une surface de plancher de 1 832 m2, constitue une extension non limitée d'urbanisation au sens des dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Enfin, ainsi que le préfet le soutient, une telle extension n'est ni justifiée ni motivée par un plan local d'urbanisme, la commune d'Olmeto en étant dépourvue. Il suit de là que le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Olmeto du 23 décembre 2021.

6. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par le préfet ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à la SAS Sopranu une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire d'Olmeto du 23 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la SAS Sopranu présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune d'Olmeto et à la SAS Sopranu.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. NICAISE

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