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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200589

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200589

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET GMR AVOCATS - GRANGE-MARTIN-RAMDENIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 9 mai 2022, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir le permis de construire tacite accordé par le maire de SariSolenzara à la SARL Mare e Monte en vue de l'édification d'une maison sur la parcelle cadastrée section D n° 80, située au lieudit " Fava ".

Le préfet soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, en ce que le projet ne s'implante pas en continuité d'un village ou d'une agglomération ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme, le projet faisant partie des espaces proches du rivage, ne constitue ni une extension limitée d'urbanisation ni une extension motivée ou justifiée ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme, le projet répondant aux critères d'identification des espaces naturels, sylvicoles et pastoraux du plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) ;

- cet arrêté méconnaît l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, le certificat de permis tacite délivré par le maire à la société pétitionnaire n'indiquant ni la date d'acquisition de ce permis ni la date de transmission du dossier au préfet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, la SARL Mare e Monte, représentée par le cabinet GMR Avocats, conclut au rejet du déféré et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Perriez pour le cabinet GMR Avocats, représentant la SARL Mare e Monte.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Mare e Monte a déposé le 13 octobre 2021, en mairie de Sari-Solenzara une demande de permis de construire une maison sur la parcelle cadastrée section D n° 80, située au lieudit " Fava ". En application du b) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, du silence de l'administration durant deux mois est né un permis tacite le 13 décembre 2021. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir ce permis.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs ".

3. Il résulte de ces dispositions que dans les communes littorales, l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages. En outre, dans les secteurs déjà urbanisés ne constituant pas des agglomérations ou des villages, des constructions peuvent être autorisées en dehors de la bande littorale des cent mètres et des espaces proches du rivage dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article L. 121-8, sous réserve que ces secteurs soient identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme.

4. Le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Le PADDUC prévoit par ailleurs la possibilité de permettre le renforcement et la structuration, sans extension de l'urbanisation, des espaces urbanisés qui ne constituent ni une agglomération ni un village, sous réserve qu'ils soient identifiés et délimités dans les documents d'urbanisme locaux. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 2.

5. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée s'implante sur un terrain qui ne jouxte qu'une construction isolée située au sud. En outre et en tout état de cause, l'espace d'habitat diffus et limité situé au nord ne constitue pas une agglomération ou un village au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Si la société pétitionnaire se prévaut de ce que son projet se situe dans un espace déjà urbanisé au sens du second alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et du site officiel Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que ce projet, qui n'est distant du rivage de la merque d'environ 200 mètres, n'en est séparé que par quelques constructions et présente une covisibilité avec celle-ci du fait de son implantation sur une colline. Dès lors, ce projet fait partie des espaces proches du rivage au sens du PADDUC. Ainsi et en tout état de cause, ces dispositions ne sont pas applicables au projet en cause. Enfin, la société pétitionnaire ne saurait utilement se prévaloir de la circonstance que le secteur serait identifié par le PADDUC comme une tâche urbaine dès lors que le livret III du PADDUC précise que cette modélisation " n'a aucune portée juridique et ne saurait être confondue avec l'espace urbanisé ". En outre si le renforcement urbain est prévu par le PADDUC, son livret Littoral vise " les espaces plus densément bâtis qui peuvent être appréhendés comme des espaces urbanisés et ainsi faire l'objet d'un renforcement ", cas étranger à l'espèce. Il suit de là que le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC ne peut qu'être accueilli.

6. Aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. () ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la construction projetée ne se situe pas en continuité d'une agglomération ou d'un village au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC et fait partie des espaces proches du rivage. Dès lors, le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à soutenir que ce projet ne constitue pas une extension limitée au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit également être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation du permis tacite, né le 13 décembre 2021, accordé par le maire de Sari-Solenzara.

9. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le dernier moyen invoqué par le préfet n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à la SARL Mare e Monte une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le permis tacite, né le 13 décembre 2021, accordé par le maire de Sari-Solenzara est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la SARL Mare e Monte présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Sari-Solenzara et à la SARL Mare e Monte.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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