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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200634

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200634

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP RIBAUT-PASQUALINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, Mme A B, représentée par la SCP Ribaut-Pasqualini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 22/11 du 12 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Ribaut-Pasqualini.

Considérant ce qui suit :

1. Marocaine née le 28 septembre 1983, Mme B est entrée en France au plus tard le 3 mars 2016 où elle a résidé sans titre de séjour. La demande du 2 janvier 2017 d'admission exceptionnelle au séjour a été rejetée par un arrêté 13 juin 2017 qui lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'intéressée, qui s'est maintenue sur le territoire national, a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté n° 22/11 du 12 mai 2022, le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Entrée en France à l'âge de trente-trois ans, Mme B est célibataire et sans enfant. Si elle justifie résider habituellement sur le territoire national depuis la fin de l'année 2016 et y exercer une activité professionnelle depuis la fin de l'année 2017, elle n'établit pas y avoir noué des relations d'une particulière intensité. L'intéressée ne justifie pas, par la production d'un certificat médical du 21 juin 2017, être la seule personne susceptible d'apporter à son père l'assistance que nécessiterait l'état de santé de celui-ci. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que la requérante n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du préfet de la Haute-Corse refusant la délivrance d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français.

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

6. Mme B faisant l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, le préfet de la Haute-Corse a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'une part, la requérante n'établit pas que des considérations humanitaires justifieraient qu'une telle interdiction ne soit pas prise. D'autre part, si la requérante n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, fixée à deux ans, est excessive dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à l'état de santé du père de Mme B, lequel séjourne régulièrement en France, et porte au droit de l'intéressée au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. La requérante est dès lors fondée à soutenir que la décision fixant à deux ans la durée de son interdiction de retour sur le territoire français a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du même code.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2022 du préfet de la Haute-Corse qu'en tant que son article 4 fixe à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

8. L'annulation prononcée au point précédent n'implique ni la délivrance d'une carte de séjour temporaire, ni celle d'une autorisation provisoire de séjour. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent par suite être rejetées.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 4 de l'arrêté du 12 mai 2022 du préfet de la Haute-Corse est annulé en tant qu'il fixe à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de Mme B.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- Mme Castany, première conseillère,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

T. CL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

C. CASTANY

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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