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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200644

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200644

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPARME AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 mai 2022, le 28 septembre 2022, le 31 mars 2023 et le 23 juin 2023, l'association syndicale libre (ASL) du lotissement La Pietra, représentée par la SCP d'avocats RCMA, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 19 août 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à la SARL Clos d'Alzone un permis de construire 25 logements sur la parcelle cadastrée section BT n° 201, située au lieudit San Salvadore, ensemble la décision du maire du 31 mars 2022 de rejet de son recours gracieux.

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ajaccio la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'ASL du lotissement La Pietra soutient que :

- elle justifie de la qualité pour agir ;

- sa requête n'est pas tardive, le permis de construire litigieux n'ayant pas fait l'objet d'un affichage continu et visible de la voie publique ou d'une voie privée sur laquelle elle aurait été autorisée de circuler ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, le projet ne se situant pas en continuité d'une agglomération ou d'un village ;

- cet arrêté méconnaît le règlement de la zone N dans laquelle le projet se situe ;

- le projet s'implante dans le périmètre de risque de mouvements de terrain.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 juillet 2022, le 26 décembre 2022 et le 25 avril 2023, la SARL Clos d'Alzone, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'ASL du lotissement La Pietra au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que la requérante ne justifie pas de la qualité pour agir ;

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;

- les moyens soulevés par l'ASL du lotissement La Pietra ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 janvier 2023, le 16 mai 2023 et le 29 août 2023, la commune d'Ajaccio, représentée par la SELARL Parme Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'ASL du lotissement La Pietra au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que la requérante ne justifie pas de l'intérêt ni de la qualité pour agir ;

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;

- les moyens soulevés par l'ASL du lotissement La Pietra ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Giorsetti, avocate de la SARL Clos d'Alzone.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Clos d'Alzone, a, par l'intermédiaire de son gérant, déposé le 14 août 2018 en mairie d'Ajaccio une demande de permis de construire 25 logements sur la parcelle cadastrée section BT n° 201, située au lieudit San Salvadore, à laquelle le maire a opposé un sursis à statuer par un arrêté du 17 octobre 2018. Par le jugement n° 1900253 du 10 juin 2021, le tribunal a annulé cet arrêté et a enjoint au maire d'Ajaccio de délivrer à cette société le permis de construire sollicité, dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Par l'arrêté du 19 août 2021, le maire d'Ajaccio lui a délivré ledit permis. Le 28 mars 2022, l'ASL du lotissement La Pietra a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté que le maire d'Ajaccio a rejeté par une décision du 31 mars 2022. L'ASL du lotissement La Pietra demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 août 2021 et la décision du 31 mars 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

3. Le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC), qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. En outre, le PADDUC prévoit, que, pour apprécier si un projet s'implante en continuité d'un village ou d'une agglomération, il convient de tenir compte de critères tenant à la distance de la construction projetée par rapport au périmètre urbanisé existant, à l'existence de ruptures avec cet ensemble, tels qu'un espace naturel ou agricole ou une voie importante, à la configuration géographique des lieux et aux caractéristiques propres de la forme urbaine existante. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 2.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des vues aériennes et du site officiel Géoportail accessible tant au juge qu'aux parties, que les constructions projetées s'implantent dans le quartier de Squarcino et la Pietra qui est situé en continuité du centre-ville de la commune d'Ajaccio, distant d'environ 500 mètres. Dès lors, nonobstant le caractère diffus de l'urbanisation dans ce quartier et la déclivité du secteur, ce projet se situe en continuité d'une agglomération au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit être écarté.

5. En deuxième lieu, en application de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, le plan local d'urbanisme d'Ajaccio, alors applicable à la date d'annulation par le tribunal de la décision de sursis à statuer du 17 octobre 2018, est seulement opposable au permis litigieux. Il suit de là que l'ASL du lotissement La Pietra ne saurait utilement se prévaloir de ce que le projet de la SARL Clos d'Alzone s'implante en zone NL du plan local d'urbanisme tel qu'il a été révisé par la délibération du conseil municipal d'Ajaccio du 25 novembre 2019.

6. En troisième et dernier lieu, en se bornant à soutenir que le projet en cause s'implante dans le périmètre de risque de mouvements de terrain, la requérante n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, l'ASL du lotissement La Pietra n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Ajaccio du 19 août 2021 et de sa décision du 31 mars 2022.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ASL du lotissement La Pietra des sommes de 1 500 euros au titre des frais exposés respectivement par la commune d'Ajaccio et la SARL Clos d'Alzone et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune d'Ajaccio, qui n'est pas la partie perdante, verse à l'ASL du lotissement La Pietra une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'ASL du lotissement La Pietra est rejetée.

Article 2 : L'ASL du lotissement La Pietra versera respectivement à la commune d'Ajaccio et à la SARL Clos d'Alzone une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'ASL du lotissement La Pietra, à la commune d'Ajaccio et à la SARL Clos d'Alzone.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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