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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200710

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200710

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantORSETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juin 2022 et le 4 février 2023, M. B D, représenté par Me Orsetti, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 7 février 2022 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a ordonné le dessaisissement de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, ensemble les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchique.

2°) d'ordonner la suspension de la procédure de dessaisissement dans l'attente de la modification des fichiers le concernant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- cet arrêté est dépourvu de motivation ;

- cet arrêté, n'ayant pas été précédé d'une enquête contradictoire, méconnaît les droits de la défense ;

- cet arrêté est entaché d'erreur de droit, en faisant une application rétroactive de la loi pénale du 3 juin 2016 qui est postérieure à son acquisition d'armes ;

- cet arrêté est entaché d'erreur d'appréciation, son comportement étant compatible avec la détention d'armes, alors que son casier judiciaire est vierge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est détenteur de quatre armes de catégorie C et d'une arme de catégorie B. Le 12 juillet 2021, il a adressé au préfet de la Corse-du-Sud une demande de renouvellement de l'autorisation d'acquisition et de détention de cette dernière arme. Par un arrêté du 7 février 2022, le préfet de la Corse-du-Sud a ordonné le dessaisissement de toutes les armes de toute catégorie en sa possession. Par des courriers notifiés à l'administration le 3 mars 2022, M. D a présenté un recours gracieux et un recours hiérarchique auxquels ni le préfet ni le ministre de l'intérieur n'ont répondu. M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 février 2022 et les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchiques, nées le 3 mai 2022.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté du 25 novembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Corse-du-Sud, M. C A, directeur de cabinet du préfet, a reçu délégation à l'effet de signer les actes de polices administratives dans le domaine de la détention des armes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

4. L'arrêté attaqué cite les dispositions du code de la sécurité intérieure dont il a fait application, notamment les articles L. 312-11 et R. 312-67. Il comporte également les considérations de fait qui le fondent en relevant que M. D s'est signalé pour des faits d'agression sexuelle par conjoint, concubin ou partenaire d'un pacte civil de solidarité commis en 2020, ayant donné lieu à composition pénale et pour des faits de détention non autorisée d'arme de catégorie B et de produit ou engin explosif, ayant entraîné une amende. L'arrêté litigieux ajoute que le comportement du requérant laissait craindre une utilisation dangereuse des armes pour lui-même et pour autrui. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté est insuffisamment motivé.

5. En troisième et dernier lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, il ne résulte d'aucune disposition ou principe que l'enquête administrative prévue à l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, ayant donné lieu à l'arrêté litigieux soit soumise au respect d'une procédure contradictoire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté en ce qu'il manque en droit.

Sur la légalité interne :

6. En premier lieu, la décision litigieuse, qui a la nature d'une mesure de police administrative dont l'objet est de prévenir des troubles à l'ordre public, ne revêt donc pas le caractère de sanction. Ainsi, et en tout état de cause, M. D ne saurait utilement invoquer le principe de non-rétroactivité de la loi pénale plus sévère en soutenant qu'ayant été autorisé à détenir des armes, le préfet ne pouvait se fonder sur la loi du 3 juin 2016 pour ordonner le dessaisissement d'armes. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir () ". Selon l'article R. 312-67 de ce code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 () ".

8. Pour ordonner à M. D de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, le préfet de la Corse-du-Sud s'est fondé sur les faits cités au point 4. Il ressort des pièces du dossier que seuls les faits d'agression sexuelle commis en 2020 ont donné lieu à une peine pénale. Néanmoins, eu égard à leur nature, à leur gravité et à leur caractère récent, de tels faits suffisent à caractériser un comportement violent du requérant incompatible avec la détention d'armes de catégorie B et C, alors qu'au demeurant cette peine a été assortie d'une confiscation d'arme. Ainsi, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions des articles L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 7 février 2022 et des décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchiques, nées le 3 mai 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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