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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200733

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200733

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP RIBAUT-PASQUALINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13, 18 et 30 juin 2022, M. D A, représenté par la SCP Ribaut-Pasqualini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, en l'absence de mention de l'identité de la personne avec laquelle il vit en couple ;

- le refus d'accorder un délai de départ volontaire est illégal en raison de l'incertitude du préfet sur ce qu'il a entendu faire dès lors qu'il n'a pas assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français ;

- son orientation sexuelle l'exposera à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le requérant étant entré régulièrement en France mais s'étant maintenu au-delà du délai de trois mois sans disposer d'un titre de séjour, c'est à tort que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L.611-1 auxquelles il y a lieu de substituer celles du 2° du même article.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Ribaut-Pasqualini, représentant M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant colombien né le 16 février 1990, M. B A est entré en France le 16 septembre 2021. Il a fait l'objet le 9 juin 2022 d'une interpellation puis d'un placement en retenue pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 9 juin 2022, le préfet de la Corse-du-Sud lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. B A demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué comporte des mentions relatives à l'état civil de M. B A, rappelle ses conditions d'entrée et de séjour en France, les éléments propres à sa situation personnelle, sa volonté de conclure un pacte civil de solidarité avec la personne avec laquelle il vit en couple, l'existence d'attaches familiales en Colombie, l'absence de circonstance particulière justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé et l'absence de circonstance humanitaire s'opposant à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français assortisse l'obligation de quitter le territoire français. Il suit de là qu'alors même que l'arrêté attaqué ne précise pas le nom du partenaire du requérant, le moyen tiré de ce que le préfet de la Corse-du-Sud n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B A ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, qui n'était pas soumis à l'obligation de visa, est entré régulièrement en France sous couvert de son passeport, ainsi que le préfet le reconnaît d'ailleurs dans son mémoire en défense. C'est par suite à tort que le préfet s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obliger à quitter le territoire français. Le requérant s'étant toutefois maintenu en France plus de trois mois à compter de son entrée, sans être titulaire d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement du 2° du même article. Il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale.

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " L'article L. 612-2 prévoit que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Selon l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ". Enfin, l'article L. 612-6 dispose en son premier alinéa que " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. "

6. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans le cas où, entré régulièrement sur le territoire français, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France lorsqu'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, sous réserve d'une circonstance particulière et, d'autre part, que, sauf circonstances humanitaires, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

7. Le préfet de la Corse-du-Sud, qui s'est fondé expressément sur les dispositions combinées des articles L. 611-1, 1°, L. 612-2 et L. 612-3, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé d'accorder à M. B A un délai de départ volontaire après avoir constaté que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance particulière. Toutefois, bien qu'il ait relevé que M. B A ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire, le préfet n'a pas assorti l'obligation de quitter sans délai le territoire français d'une interdiction de retour. Cette circonstance est néanmoins sans incidence sur la légalité de la décision par laquelle le préfet n'a pas accordé au requérant un délai de départ volontaire. M. B A, qui ne conteste pas entrer dans le champ des prévisions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne fait pas état d'une circonstance particulière de nature à justifier qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé. Il suit de là que le moyen invoqué et tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

9. S'il mentionne son orientation sexuelle et se prévaut d'articles relatant les violences commises à l'encontre des homosexuels en Colombie, M. B A ne fait état d'aucune menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prescrivant l'éloignement du requérant à destination du pays dont il a la nationalité ne peut dès lors qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il suit de là que sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- Mme Castany, première conseillère,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

T. CL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

C. CASTANY

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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