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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200742

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200742

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantNESA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 juin 2022, le 27 octobre 2023 et le 28 novembre 2023, M. D B et Mme F C épouse B, représentés par Me Nesa, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 17 décembre 2021 par lequel le maire de Propriano a délivré à M. A E un permis de construire en vue de la réduction de la superficie d'un garage existant et de la création d'une piscine et d'un pool house, sur la parcelle cadastrée section AH n° 28, située au 17 rue Casanova d'Aracciani, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux née le 15 avril 2022 ;

2°) de mettre à la charge respective de la commune de Propriano et de M. E la somme de 2 500 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- ils justifient de leurs intérêt et qualité pour agir en tant que propriétaires d'un terrain qui est à proximité immédiate du projet ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ;

- cet arrêté méconnaît l'article UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur des constructions ;

- cet arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir et de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, M. A E, représenté par Me Susini, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des époux B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. M. E soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que les moyens sont assortis de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou de moyens manifestement non assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, la commune de Propriano, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des époux B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que les requérants ne justifient pas de la qualité pour agir ni d'un intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Roudière, substituant Me Nesa, avocat des époux B, ainsi que celles de Me Silvestri, substituant Me Muscatelli, avocat de la commune de Propriano et de Me Stuart, substituant Me Susini, avocat de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de Propriano a délivré en 2011 à M. et Mme E un permis de construire une maison d'habitation située sur la parcelle cadastrée section AH n° 28, située au 17 rue Casanova d'Aracciani. Par un arrêté du 17 décembre 2021, le maire a délivré à M. E un permis de construire en vue de la réduction de la superficie d'un garage existant et de la création d'une piscine et d'un pool house, sur la même parcelle. Par une lettre notifiée à la commune de Propriano le 15 février 2022, les époux B ont présenté un recours gracieux auquel l'administration n'a pas répondu. Les époux B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2021 et la décision implicite de rejet de leur recours gracieux, née le 15 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Propriano, tel qu'approuvé par la délibération du conseil municipal du 1er juillet 2006, modifiée par la délibération du 10 novembre 2014, remis en vigueur à la suite de l'annulation du plan local d'urbanisme du 13 juillet 2018, prononcée par l'arrêt de la cour administrative de Marseille n° 19MA05405 du 18 janvier 2021 : " Les constructions doivent être édifiées à une distance des limites séparatives d'au moins 4 mètres, et ramenée à 3 mètres en zone Uda, secteur déjà fortement urbanisé () ".

3. D'autre part, l'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de coupe du projet en cause, situé en zone UD, que la réduction projetée de la surface du garage existant conduit à placer la façade nord-ouest de celui-ci à 4 mètres de la limite séparative. Les époux B font valoir que les indications figurant sur ce plan sont erronées et entachées de fraude dès lors que le projet de M. E vise à régulariser une construction existante dont la façade en cause est située à 3,20 mètres de cette limite. Néanmoins, en régularisant une construction édifiée irrégulièrement, le pétitionnaire ne saurait être regardé comme ayant tenté de tromper l'administration sur l'appréciation de l'emplacement exact de ce garage. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme de Propriano doit être écarté.

5. En deuxième lieu, selon l'article UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Propriano : " la hauteur de toute construction est mesurée du sol naturel à l'égout de toiture, côté aval ; elle ne pourra excéder 7,00 mètres, en deux niveaux seulement ; les garages, locaux divers et adaptation au sol sont obligatoirement compris dans cette hauteur () ".

6. La circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan d'occupation des sols régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 1, les travaux projetés portent sur la réduction de la superficie d'un garage existant et la création d'une piscine et d'un pool house. Ainsi, ce projet n'apporte aucune modification quant à la hauteur de la construction initialement autorisée par le permis délivré en 2011. Il suit de là que ces travaux étant étrangers aux prescriptions de l'article UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme, le moyen tiré de l'inexacte application de ces prescriptions ne peut qu'être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, contrairement à ce que les époux B soutiennent et ainsi qu'il a été dit au point précédent, les travaux projetés sont étrangers aux prescriptions de l'article UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Propriano relatives aux règles de hauteur des constructions. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de cette commune ne pouvait ignorer que la modification de l'implantation du projet aurait une incidence sur sa hauteur. Il suit de là que le moyen tiré du détournement de pouvoir et de procédure doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les époux B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2021 et de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux, née le 15 avril 2022.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des époux B des sommes de 1 500 euros chacun au titre des frais exposés par la commune de Propriano et M. E et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les défendeurs, qui ne sont pas les parties perdantes, versent respectivement une quelconque somme au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des époux B est rejetée.

Article 2 : Les époux B verseront à la commune de Propriano une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les époux B verseront à M. E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme F C épouse B, à la commune de Propriano et à M. A E.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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