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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200803

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200803

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARCAGGI MATTEI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 29 juin 2022, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 16 mai 2022 par lequel le maire de Casalabriva ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la SARL Zèbre in Corsica pour la mise en place de 7 lodges sur pilotis sur la parcelle cadastrée section A n° 601, située au lieudit " Domaine de Calzola ".

Le préfet soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme, les constructions projetées, consistant en des tentes rigides sur pilotis d'une superficie de 35 m2 chacune, relevant ainsi d'une demande de permis de construire ;

- le dossier du pétitionnaire est incomplet au regard des dispositions citées à l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme, en l'absence de notice descriptive du projet, d'un plan de masse faisant état des constructions existantes sur les parcelles limitrophes, des dessertes en eau et en électricité, de la voirie et des conditions d'accès, ainsi que de l'assainissement ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme, le projet se situant dans un secteur non constructible de la carte communale ;

- cet arrêté méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, compte tenu du risque d'inondation et du risque de pollution d'un cours d'eau par les eaux usées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, la SARL Zèbre in Corsica, représentée par Me Marcaggi-Mattei, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, en l'absence de notification du déféré au titre de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 16 mai 2022 par lequel le maire de Casalabriva ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la SARL Zèbre in Corsica pour la mise en place de 7 lodges sur pilotis sur la parcelle cadastrée section A n° 601, située au lieudit " Domaine de Calzola ".

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif () ". Il résulte des termes mêmes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, dont le but est d'alerter tant l'auteur d'une décision d'urbanisme que son bénéficiaire de l'existence d'un recours contentieux formé contre cette décision, dès son introduction, que cette formalité peut être regardée comme régulièrement accomplie dès lors que la notification est faite au titulaire de l'autorisation désigné par l'acte attaqué, à l'adresse qui y est mentionnée.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a notifié son déféré à la SARL Zèbre in Corsica et à la commune de Casalabriva par des courriers en date du 29 juin 2022 qu'il leur a adressés par courrier recommandé avec avis de réception. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de la procédure prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire. () ". L'article R. 421-14 du même code dispose que : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : a) Les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet de la SARL Zèbre in Corsica consiste à édifier, au sein d'un terrain de camping situé dans l'écovillage de Calzola, 7 tentes posées sur des planches en bois de 35 m2 de superficie chacune, elles-mêmes posées sur pilotis. Dès lors, sans que la SARL Zèbre in Corsica puisse utilement soutenir que ces tentes seront dépourvues de fondation ni qu'elles seront démontables, le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à soutenir que les travaux projetés nécessitaient le dépôt d'une demande de permis de construire.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme : " La carte communale délimite les secteurs où les constructions sont autorisées et les secteurs où les constructions ne sont pas admises, à l'exception : 1° De l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension des constructions existantes ainsi que de l'édification d'annexes à proximité d'un bâtiment existant ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les constructions projetées se situent en zone non constructible de la carte communale de Casalabriva approuvée le 7 septembre 2019. Dès lors, sans que la SARL Zèbre in Corsica puissent sérieusement soutenir qu'elles constituent l'annexe d'un bâtiment existant, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 161-4 doit être accueilli.

8. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Casalabriva du 16 mai 2022.

9. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par le préfet ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à la SARL Zèbre in Corsica une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Casalabriva du 16 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la SARL Zèbre in Corsica présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Casalabriva et à la SARL Zèbre in Corsica.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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