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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200851

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200851

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPINTREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Pintrel, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2A 22 200 05 du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- le préfet a fait une inexacte application de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision attaquée ne mentionne ni la date à laquelle il a présenté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ni la date de demande de rendez-vous en préfecture ;

- la décision est entachée d'une inexactitude matérielle des faits dès lors que sa demande était accompagnée de la copie de son passeport qui mentionne une dernière date d'entrée en France le 8 juin 2022 ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que les mesures d'éloignement dont il a fait l'objet antérieurement témoignent de sa volonté d'installer ses intérêts en France, qu'il peut se prévaloir d'une durée de présence suffisante et qu'il a rompu tout lien avec son pays d'origine depuis au moins l'année 2014.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 1er janvier 1977, est titulaire d'un titre de séjour mention RLD-UE à durée illimitée délivré par les autorités italiennes le 20 décembre 2019. Par un arrêté du 10 juin 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Corse-du-Sud a rejeté sa demande d'admission au séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 () ".

3. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions précitées n'exigent pas que la décision relative au séjour mentionne la date à laquelle la demande de délivrance d'un titre a été déposée ni celle à laquelle l'intéressé a pris un rendez-vous en préfecture. En tout état de cause, l'arrêté attaqué indique que l'intéressé a formé sa demande d'admission au séjour le 9 novembre 2021. D'autre part, le requérant ne démontre par aucune pièce avoir déposé une demande de carte de séjour temporaire dans les trois mois suivant son entrée en France. La circonstance qu'il justifie devant le tribunal d'une entrée en France le 8 juin 2022 en produisant la copie de son passeport sénégalais ne permettant pas de regarder cette condition comme remplie dès lors qu'il ne justifie par aucune pièce sa date d'entrée en France avant le dépôt de sa demande d'admission. Par suite ce moyen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A n'établit pas avoir des attaches familiales en France et l'affirmation selon laquelle il aurait rompu tout lien avec le Sénégal est contredite par les pièces du dossier qui montrent qu'il s'est rendu dans ce pays au cours de l'année 2022 sans que ce voyage ait été justifié par l'exécution d'une mesure d'éloignement. Enfin, en se bornant à produire des bulletins de paie pour huit mois en 2015, un mois en 2016, huit mois en 2018 et un mois en 2021 ainsi qu'un certificat de travail établissant qu'il a travaillé en France quatre mois en 2017, il ne justifie pas d'une présence habituelle sur le territoire national dès lors, notamment, qu'il est titulaire d'un titre de séjour mention RLD-UE à durée illimitée délivré par les autorités italiennes le 20 décembre 2019. Eu égard à ces éléments, le préfet de la Corse-du-Sud n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il suit de là que la requête ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- Mme Pauline Muller, conseillère ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

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