jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200899 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MORELLI-MAUREL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2022 et le 20 mai 2023, M. A B, représenté par Me Cristofari, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 1er mars 2022 par lequel le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'extension d'une maison sur les parcelles cadastrées section D n°s 1191, 1192 et 1195, situées au lieudit " Porro ", ensemble la décision du 23 mai 2022 de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Pianottoli-Caldarello de lui délivrer le permis sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, son projet se limitant à l'agrandissement modeste d'une construction existante ;
- cet arrêté méconnaît les prescriptions du plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) relatives à la protection des espaces remarquables et caractéristiques du littoral, son projet ne s'implantant pas clairement dans un tel espace ; celui-ci ne présente pas de caractère remarquable par la seule présence de maquis et l'altération par l'activité humaine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, la commune de Pianottoli-Caldarello, représentée par Me Giovannangeli, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- par voie de substitution de motifs, le projet méconnaît les articles L. 121-13 et R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 1er mars 2022, le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de délivrer à M. B un permis de construire en vue de l'extension d'une maison sur les parcelles cadastrées section D n°s 1191, 1192 et 1195, situées au lieudit " Porro ". Par une lettre du 28 avril 2022, M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté que le maire a rejeté par une décision du 23 mai 2022. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 et la décision du 23 mai 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des motifs des décisions attaquées :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive et du plan de masse du dossier de demande de permis déposé par M. B, que les travaux projetés portent sur la surélévation, par la création d'une chambre en R+1, d'une construction existante destinée à devenir un atelier. Une telle extension ne dépasse pas la surface de cette construction. Or, il ne résulte pas des dispositions de la loi Littoral que pour ne pas être regardé comme une extension d'urbanisation, un tel agrandissement doive être mesuré. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir qu'en lui opposant les dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, le maire de Pianottoli-Caldarello a méconnu le champ d'application de la loi.
4. En second lieu, l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme prévoit que : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. / Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, comportant notamment, en fonction de l'intérêt écologique qu'ils présentent, les dunes et les landes côtières, les plages et lidos, les forêts et zones boisées côtières, les îlots inhabités, les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps, les marais, les vasières, les zones humides et milieux temporairement immergés ainsi que les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 79/409 CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages ".
5. Si le PADDUC, adopté par délibération n° 15/235 de l'Assemblée de Corse du 2 octobre 2015, et l'annexe 7 de ce plan, approuvée par la délibération n° 15/236 de l'Assemblée de Corse du même jour, prise en application des dispositions précitées du I de l'article L. 4424-12 du code général des collectivités territoriales, ont entendu préciser la localisation des espaces à protéger en application de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme sur le territoire des communes où s'appliquent ces dispositions en Corse, il résulte des termes mêmes de la partie 1.3. du livret IV du PADDUC relatif aux orientations réglementaires que le trait de contour des espaces ainsi délimités sur la carte n° 9, qui représente une bande de 100 mètres, n'a pas vocation à délimiter avec précision ces espaces. Il appartient ainsi aux documents d'urbanisme d'identifier, chacun à son échelle, les espaces remarquables ou caractéristiques du littoral en fonction des critères prévus par le code de l'urbanisme et des éventuels éléments mentionnés dans les fiches de l'annexe 7 du PADDUC, en fixant la limite de chaque espace de part et d'autre de la ligne médiane de ce trait comme le prescrit le paragraphe 1.3. du livret IV. De même, en l'absence de document d'urbanisme opposable sur le territoire de la commune, il appartient à l'autorité compétente, lorsque le terrain d'assiette du projet qui fait l'objet d'une demande de permis de construire se situe à l'intérieur de ce trait de contour, de déterminer s'il peut être regardé comme faisant partie d'un tel espace en fonction de ces mêmes critères et éléments.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les travaux projetés se situent à la limite extérieure au trait de contour de l'espace remarquable et caractéristique du littoral tel qu'identifié par la fiche 2A51 " Plages et partie littorale de l'Ouest de Pianottoli-Caldarello et de l'Est de Monaccia d'Aullène ", dont la délimitation consiste à contourner le groupe de constructions dans lequel le projet s'implante. Contrairement à ce que la commune allègue, ces travaux ne se situent pas davantage dans le périmètre d'une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique ou d'une zone Natura 2000. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 121-23 et du PADDUC.
En ce qui concerne la demande de substitution de motifs :
7. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision.
8. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Pour établir que l'arrêté litigieux était légal, la commune de Pianottoli-Caldarello invoque, dans son mémoire en défense, les motifs tirés de ce que le projet méconnaît, d'une part, les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme et, d'autre part, celle de l'article R. 111-27 du même code.
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. () ".
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les travaux projetés ne sont pas constitutifs d'une extension d'urbanisation au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par voie de conséquence, les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme ne leurs sont pas opposables.
12. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
13. La demande de substitution de motifs présentée par la commune de Pianottoli-Caldarello n'est assortie d'aucune précision. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux de surélévation d'une construction existante seraient de nature à porter atteinte, compte tenu de leur nature et de leurs effets, au site environnant.
14. Il résulte de ce qui précède que les demandes de substitution de motifs présentées par la commune de Pianottoli-Caldarello doivent être écartées.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Pianottoli-Caldarello du 1er mars 2022 et de la décision du 23 mai 2022 rejetant son recours gracieux.
16. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le dernier moyen invoqué par le requérant n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement censure les motifs opposés par le maire de Pianottoli-Caldarello à la demande de permis de construire déposée par M. B. Il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme opposables à cette demande interdiraient de prononcer une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Pianottoli-Caldarello de délivrer au requérant le permis de construire sollicité, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
18. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le requérant, qui n'est pas la partie perdante, verse à cette commune une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er mars 2022 et la décision du 23 mai 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Pianottoli-Caldarello de délivrer à M. B un permis de construire dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Pianottoli-Caldarello versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Pianottoli-Caldarello.
Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
Le président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026