mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200908 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ANTONIOTTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Antoniotti, demande au tribunal :
1°) d'annuler la lettre de fin d'instruction du 3 février 2022 du préfet de la Haute-Corse et la décision implicite par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux en date du 31 mars 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- la procédure contradictoire n'a pas été respectée dès lors que l'autorité préfectorale aurait dû lui notifier sa décision par un second courrier après réception de ses observations dans le délai prescrit, que le délai de dix jours qui lui a été accordé pour présenter ses observations est insuffisant et que cette lettre de fin d'instruction ne permet pas de comprendre les sanctions appliquées ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article 21 du règlement d'exécution UE n°809/2014 du 17 juillet 2014 en ce que pour constater l'anomalie constituée par l'incohérence entre les données du passeport et l'animal présent pour au moins 70 % des animaux, l'ASP a violé les règles qui encadrent la localisation des bovins ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article 2 de l'arrêté du 5 mars 2019 relatif à la mise en œuvre de la conditionnalité au titre de 2019 car l'administration a pris en compte l'absence de présentation du registre des bovins au moment du contrôle sur place du 11 avril 2019 alors que ce manquement n'est pas intentionnel ;
- l'anomalie relative au dépassement du délai de notification de mouvement réglementaire pour au moins 60 % des notifications et pour au moins six mouvements n'aurait pas dû être retenue dès lors que les contrôleurs n'ont pas accompli les diligences nécessaires à la localisation des bovins.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Corse et à l'agence des services et de paiement qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement d'exécution (UE) n° 809/2014 de la Commission du 17 juillet 2014 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 7 mai 2018 fixant les conditions d'accès aux aides couplées animales des filières bovines en faveur des agriculteurs dans le cadre de la politique agricole commune (hors DOM) à compter de la campagne 2018 ;
- l'arrêté du 5 mars 2019 relatif à la mise en œuvre de la conditionnalité au titre de 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nathalie Sadat ;
- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Antoniotti avocate de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a déposé une demande d'aides surfaciques et une demande d'aide aux bovins allaitants au titre du premier pilier de la politique agricole commune, pour la campagne 2019. A la suite d'un contrôle sur place effectué le 11 avril 2019, l'intéressée a été destinataire d'une lettre de fin d'instruction datée du 3 février 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Corse l'a informée que ses services avaient constaté des anomalies au titre du respect des exigences réglementaires relevant du domaine " santé-productions animales " entraînant une pénalité d'un taux de 20 % à appliquer à l'ensemble des aides soumises à conditionnalité versées au titre de la campagne 2019. Mme C demande au tribunal d'annuler cette lettre de fin d'instruction ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 3° () imposent des sujétions / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".
3. La décision par laquelle l'autorité administrative compétente refuse d'accorder une aide agricole régie par un texte de l'Union européenne et décide d'infliger une pénalité a le caractère d'une décision défavorable au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est donc soumise au principe du contradictoire.
4. D'une part, la requérante ne peut utilement se prévaloir d'une fiche conditionnalité du ministère de l'agriculture qui prévoit que la lettre de fin d'instruction ne vaut décision préfectorale qu'en l'absence d'observations émises par l'agriculteur et qu'un second courrier doit être notifié à l'exploitant en cas d'éléments transmis par ce dernier au cours de la phase contradictoire, cette dernière étant dépourvue de valeur réglementaire, la requérante n'établissant pas, en tout état de cause, que ses observations formulées dans un courrier du 12 février 2022 auraient été reçues dans le délai de dix jours dont elle disposait pour les formuler, à compter du 3 février. D'autre part, le délai de dix jours pour présenter des observations était suffisant, la circonstance invoquée que cette lettre aurait été édictée près de trois ans après le contrôle sur place, réalisé le 11 avril 2019 et notifiée sur l'application Télépac étant à cet égard sans incidence. Enfin, contrairement à ce que soutient Mme C, la lettre de fin d'instruction détaillant les anomalies constatées lors du contrôle, fait précisément état des raisons pour lesquelles il était envisagé d'appliquer un taux de réduction aux aides qui lui sont attribuées. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, alors que le préfet de la Haute-Corse a fondé la décision en litige sur un motif tiré de ce que lors du contrôle réalisé sur place, certains animaux, qui bénéficiaient d'un passeport, étaient physiquement absents, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 21 du règlement d'exécution UE n°809/2014 du 17 juillet 2014 qui n'est pas relatif aux règles applicables en matière de contrôle portant sur l'identification des bovins, alors au demeurant que Mme C n'a produit aucun document permettant de justifier de la localisation précise de ses animaux et soutient que ses animaux se trouvaient en estive, sur des parcelles situées dans la commune de Corscia, se prévalant par ailleurs d'éléments postérieurs au contrôle du 11 avril 2019 pour critiquer les constats réalisés au cours de ce contrôle. Dès lors, ce moyen est en tout état de cause, infondé et doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 615-59 du code rural et de la pêche maritime : " Le taux de réduction des paiements directs au titre de la conditionnalité, au sens du règlement (UE) n° 1306/2013, équivaut à la somme des pourcentages de réduction par domaine, déterminés en application des dispositions du V de l'article D. 615-58 et de l'article D. 615-58-1, dans la limite de 5 %, sauf en cas de non-conformité répétée ou intentionnelle. () Lorsqu'une non-conformité présumée intentionnelle dans l'arrêté mentionné au I de l'article D. 615-57 est constatée, le pourcentage de réduction est fixé de manière générale à 20 %. () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 5 mars 2019 relatif à la mise en œuvre de la conditionnalité au titre de 2019 : " Pour l'application du quatrième alinéa de l'article D. 615-59 du code rural et de la pêche maritime, sont présumés intentionnels les cas de non-conformité mentionnés ci-après : () Pour le sous-domaine " santé - productions animales " et l'exigence " identification et enregistrement des bovins " : () - l'absence de notification d'un mouvement d'animaux ou d'une naissance constatée le jour du contrôle alors que plus de 7 jours ou 27 jours pour une naissance se sont écoulés depuis l'événement pour au moins 50 % des animaux présents et au moins 3 animaux présents ; () - l'absence totale ou l'absence de présentation ou l'absence de tenue du registre des bovins au moment du contrôle ; () ".
7. En se bornant à soutenir qu'elle n'était pas présente le jour du contrôle, qui était inhabituellement inopiné, que son fils qui la représentait n'avait pas pu disposer du temps nécessaire pour apporter le registre manquant et ne disposait pas des codes d'accès permettant de le présenter aux contrôleurs sous sa forme dématérialisée, qu'elle a annexé le livre des bovins au constat d'huissier établi le 10 septembre 2019, Mme C ne peut être regardée comme justifiant d'éléments suffisants, de nature à renverser la présomption du caractère intentionnel du manquement relevé.
8. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les contrôleurs n'ont pas accompli les diligences nécessaires et que l'anomalie relative au dépassement du délai de notification de mouvement réglementaire n'aurait pas due être retenue. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, où siégeaient :
- Mme Anne Baux, présidente ;
- M. Jan Martin, premier conseiller ;
- Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SADATLa présidente,
Signé
A. BAUX
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
M. D A
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026