jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200937 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HOUAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 juillet et 3 août 2022, la SAS Tealdi Pierre D'Azur, représentée par la SELARL Alpijuris, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le maire de la commune de Lumio s'est opposé à sa déclaration préalable en vue d'installer une construction de type " algeco " sur un terrain situé au lieudit " Les Bazzilles Vazzili ", ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de ne pas s'opposer à ce projet ou, à défaut, de procéder au réexamen de son dossier de déclaration préalable ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que son projet n'est pas constitutif d'une extension de l'urbanisation au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur de droit en ce que le maire de Lumio a considéré que son projet ne respectait pas le plan de prévention du risque incendies de forêt (PPRIF).
Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la commune de Lumio, qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 5 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 août 2024.
Par un courrier en date du 9 septembre 2024, les parties ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du CJA, à produire tout élément justifiant de la localisation précise de la parcelle, terrain d'assiette du projet.
La SAS Tealdi Pierre D'Azur et le préfet de la Haute-Corse ont produits des pièces en réponse à cette demande, enregistrées le 10 septembre 2024 et communiquées le même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté préfectoral n° 2272015 du 11 août 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Samson,
- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 novembre 2021, la société Tealdi Pierre D'Azur a déposé une déclaration préalable en vue d'installer une construction de type " algeco " sur la parcelle cadastrée section OF n° 169, au lieudit " Les Bazzilles Vazzili " à Lumio. Par un arrêté du 10 février 2022, le maire de Lumio s'est opposé à cette déclaration préalable. Par un courrier du 29 mars 2022, réceptionné le 31 mars suivant, la société Tealdi Pierre D'Azur a exercé un recours gracieux, qui a donné naissance à une décision implicite de rejet. Par le présent recours, la société Tealdi Pierre D'Azur doit être regardée comme demandant l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
2. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de la société Tealdi Pierre D'Azur dirigées contre la décision implicite de rejet de son recours gracieux, reçues par le préfet de la Haute-Corse le 31 mars 2022, doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du maire de la commune de Lumio du 10 février 2022, par lequel il s'est opposé à sa déclaration préalable.
4. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise notamment le dossier de déclaration préalable déposé par la société requérante, le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'urbanisme. Il mentionne les caractéristiques du projet et précise que celui-ci contrevient à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ainsi qu'au plan de prévention du risque incendies de forêt (PPRIF) applicable au territoire communal de Lumio. Ainsi, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la société requérante ne peut utilement se prévaloir de l'absence de motivation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut de motivation. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. () ". Il résulte de ces dispositions que dans les communes littorales, l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
6. Le PADDUC, qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées au point précédent, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme.
7. Il ressort des pièces du dossier ainsi que du site internet " géoportail ", accessible tant au juge qu'aux parties, que le terrain d'assiette du projet se situe sur le territoire communal de Lumio, au lieudit " Les Bazzilles Vazzili ". Ce secteur est séparé du nord du centre urbain de la commune de Lumio par plusieurs espaces naturels et boisés et s'ouvre, à l'ouest comme à l'est, sur de vastes zones agricoles ou restées dans leur état naturel. Par ailleurs, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le secteur dans lequel se situe le terrain d'assiette du projet comporte des lieux publics ou des commerces, ce dernier s'intègre dans une zone d'urbanisation éparse et diffuse, entrecoupée de parcelles vierges de toutes constructions et de boisements. Ainsi, le secteur dans lequel se trouve le terrain d'assiette du projet litigieux, dont la forme ne présente pas la fonction structurante à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, ne saurait être assimilé à une agglomération ou un village au sens du premier alinéa des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Par suite, la société Tealdi Pierre D'Azur n'est pas fondée à soutenir qu'en s'opposant à sa déclaration préalable, le maire de Lumio a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er " Secteur de risque fort (dénommé Zone rouge) " du PPRIF applicable au territoire communal de Lumio, tel qu'approuvé par un arrêté préfectoral n° 2272015 du 11 août 2015 : " La zone rouge (zone R) dans laquelle les phénomènes peuvent atteindre une grande ampleur au regard des conditions actuelles d'occupation de l'espace et des contraintes de lutte, et de ce fait, l'inconstructibilité y est la règle générale ". L'article 1er relatif aux dispositions applicables en zone rouge du titre 4 " Règlementation des projets nouveaux " de ce même document, dispose que : " 1.2 Peuvent être autorisées avec application des prescriptions définies au Titre 3, les opérations suivantes : () La création d'annexes des bâtiments d'habitation implantés antérieurement à l'approbation du présent plan (garage, abri de jardin,) ne doit pas aggraver les risques* et devra respecter les dispositions du Titre 3. Elle ne doit pas faire l'objet d'une occupation humaine permanente. () ".
9. Pour s'opposer à la déclaration préalable de la société requérante, le maire de Lumio a également relevé que son projet méconnaissait les règles prescrites par le PPRIF pour les terrains identifiés en zone rouge. En l'espèce, alors qu'il est constant que la parcelle cadastrée section OF n° 169 est identifiée en zone rouge par le PPRIF, il ressort des pièces du dossier qu'une construction est implantée sur cette parcelle antérieurement à l'approbation du PPRIF, la société requérante faisant par ailleurs valoir, sans être contredite, que cette construction est " à usage d'habitation " et que l'implantation de l'" algeco " en cause, qui ne fait pas l'objet d'une occupation humaine permanente, constituerait une " annexe " de celle-ci au sens des dispositions précitées dudit PPRIF. Toutefois, à supposer que ces éléments puissent être regardés comme établis, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme était, à lui seul, de nature à fonder légalement l'acte attaqué. Ainsi, il résulte de l'instruction que le maire de Lumio aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif pour s'opposer à la déclaration préalable en cause.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la société Tealdi Pierre D'Azur n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Lumio du 10 février 2022 ainsi que celle de la décision de rejet implicite de son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Tealdi Pierre D'Azur est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées Tealdi Pierre D'Azur, à la commune de Lumio et au préfet de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,
M. Samson, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La présidente,
Signé
A. Baux
Le rapporteur,
Signé
I. Samson
La greffière,
Signé
H. Nicaise
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026