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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200950

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200950

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS CGCB ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 août 2022 et le 16 novembre 2023, la société Formicolosa immobilier, représentée par le cabinet CGCB avocats et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 8 juin 2022 par lequel le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'extension d'un supermarché sur les parcelles cadastrées section C n°s 17, 1346, 1096, 1419 à 1421 et 1664, situées au lieudit " Formicolosa " ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pianottoli-Caldarello de lui délivrer un permis de construire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ; subsidiairement, de réexaminer sa demande de permis selon les mêmes modalités ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- l'auteur de l'arrêté litigieux n'était pas compétent pour le signer ;

- elle bénéficie d'un permis tacite que l'arrêté litigieux a retiré en méconnaissance de la procédure contradictoire ;

- son projet n'est pas entaché d'incohérence quant au nombre de places de stationnement existantes ; le maire ne pouvait légalement s'appuyer sur un élément ne figurant pas dans le dossier de demande de permis pour se prononcer sur ce point ; le maire ne tire aucune conséquence juridique de cette incohérence sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme applicables ;

- le motif tiré de l'absence de contrôle des surfaces de vente dans le délai d'instruction ne peut justifier un refus de permis de construire, dès lors qu'il ne s'agit pas d'une pièce requise pour examiner sa demande et que la méconnaissance des règles de la part du pétitionnaire ne peut être présumée avant l'exécution des travaux ;

- le motif tiré de la nécessité de soumettre son projet à autorisation d'exploitation commerciale est erroné en ce que son projet ne dépassera pas le seuil de 1 000 m2 de surface de vente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, la commune de Pianottoli-Caldarello, représentée par la SCP Morelli Maurel et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Formicolosa immobilier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que les moyens soulevés par la société Formicolosa immobilier ne sont pas fondés.

Des mémoires de la commune de Pianottoli-Caldarello et de la société Formicolosa immobilier ont été enregistrés, respectivement, le 21 décembre 2023 et le 7 mars 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, fixée au 20 décembre 2023 par ordonnance en date du 21 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de commerce ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Arnould, avocat de la société Formicolosa immobilier.

Considérant ce qui suit :

1. La société Formicolosa immobilier demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 8 juin 2022 par lequel le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'extension d'un supermarché sur les parcelles cadastrées section C n°s 17, 1346, 1096, 1419 à 1421 et 1664, situées au lieudit " Formicolosa ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Selon l'article L. 2131-1 de ce code, " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () ".

3. Par un arrêté du 15 juin 2020, le maire de Pianottoli-Caldarello a consenti une délégation de fonctions à M. A, premier adjoint, à l'effet de signer les actes relevant du champ de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales. D'une part, les autorisations d'urbanisme ne relèvent pas de ce champ. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté en défense que cet arrêté aurait fait l'objet d'un affichage ou d'une publication dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être accueilli.

4. En deuxième lieu, l'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

5. L'arrêté litigieux indique successivement que la demande de permis de construire en cause fait état de 83 et 87 places de stationnement existantes alors que selon le décompte que la commune a réalisé sur le fondement d'une vue aérienne, ce nombre s'élèverait en réalité à 75. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, le nombre de places de stationnement existantes déclaré par la société pétitionnaire dans le formulaire cerfa de demande de permis et dans la notice descriptive de ce projet est de 87. D'autre part, le dossier de demande de permis de construire ne comporte aucune pièce permettant d'estimer le nombre de places de stationnement existantes. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire de Pianottoli-Caldarello s'est fondé sur une vue aérienne qui ne figurait pas dans ce dossier.

6. En troisième et dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 752-1 du code de commerce : " Sont soumis à une autorisation d'exploitation commerciale les projets ayant pour objet : 1° La création d'un magasin de commerce de détail d'une surface de vente supérieure à 1 000 mètres carrés, résultant soit d'une construction nouvelle, soit de la transformation d'un immeuble existant () ". D'autre part, l'article L. 425-4 du code de l'urbanisme dispose : " Lorsque le projet est soumis à autorisation d'exploitation commerciale au sens de l'article L. 752-1 du code de commerce, le permis de construire tient lieu d'autorisation dès lors que la demande de permis a fait l'objet d'un avis favorable de la commission départementale d'aménagement commercial ou, le cas échéant, de la Commission nationale d'aménagement commercial ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans et de la notice descriptive des travaux projetés, que la surface de vente de la construction existante est de 773 m2, pour être portée à 953 m2 par le réaménagement de la surface du supermarché existante, l'extension projetée devant constituer une réserve. Si la commune de Pianottoli-Caldarello fait valoir que la surface de vente du projet sera en réalité de 1 000,43 m2, notamment par la surface de vente de la boulangerie située dans ce supermarché qui serait de 58,82 m2 et non pas de 43 m2 comme indiqué par erreur dans le dossier de demande de permis, cette dernière indication n'est pas contredite par les autres éléments du dossier joints à cette demande. Il s'ensuit que la surface de vente du supermarché n'étant pas portée à 1 000 m2, la consultation préalable de la commission départementale d'aménagement commercial n'était pas requise. Dans ces conditions, la société Formicolosa immobilier est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un permis, le maire de Pianottoli-Caldarello a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 752-1 du code de commerce.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Formicolosa immobilier est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Pianottoli-Caldarello du 8 juin 2022.

9. Enfin, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

11. Le présent jugement censure les motifs opposés par le maire de Pianottoli-Caldarello à la demande de permis de construire déposée par la société Formicolosa immobilier. Il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme opposables à cette demande interdiraient de prononcer une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de cette commune de délivrer à cette société le permis de construire sollicité, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée

Sur les frais liés au litige :

12. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Formicolosa immobilier et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Formicolosa immobilier, qui n'est pas la partie perdante, verse à la commune de Pianottoli-Caldarello une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Pianottoli-Caldarello du 8 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Pianottoli-Caldarello de délivrer à la société Formicolosa immobilier un permis de construire dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Pianottoli-Caldarello versera à la société Formicolosa immobilier une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Formicolosa immobilier et à la commune de Pianottoli-Caldarello.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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