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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201111

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201111

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite, née le 21 février 2022, par laquelle le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande tendant à la communication des arrêtés d'abattage relatifs aux deux opérations d'abattage administratif de bovins effectuées sur la commune de Bastia le 28 septembre 2018 et dans la nuit du 25 au 26 février 2021 ainsi que, pour ces deux opérations, les arrêtés de nomination du lieutenant de louveterie et les comptes rendus du lieutenant de louveterie et de ceux des services vétérinaires, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 24 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui communiquer les documents réclamés sous astreinte de 70 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient qu'il a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui a rendu un avis favorable et que le refus de communication méconnait l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de la Haute-Corse doit être regardé comme concluant au non-lieu à statuer partiel, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à la condamnation du requérant à l'amende prévue à l'article R. 741-12 du code de justice administrative. Le préfet fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute d'intérêt pour agir ;

- les arrêtés d'abattage ainsi que l'arrêté de nomination du lieutenant de louveterie ont été communiqués ;

- les comptes rendus demandés n'existent pas ;

- une amende pour recours abusif est fondée dès lors que M. C, requérant d'habitude, sait pertinemment que c'est la commune qui intervient pour faire cesser la divagation animale.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Vu :

- l'avis n°20220777 de la CADA du 10 mars 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, magistrat désigné ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de M. C, ainsi que celles de M. A pour le préfet de la Haute-Corse.

Une note en délibéré de M. C a été enregistrée le 26 août 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a demandé au préfet de la Haute-Corse, par courrier en date du 12 novembre 2021, reçu par les services de la préfecture de la Haute-Corse le 15 novembre 2021, de lui communiquer les arrêtés relatifs aux deux opérations d'abattage administratif de bovins effectuées sur la commune de Bastia le 28 septembre 2018 et dans la nuit du 25 au 26 février 2021 ainsi que, pour ces deux opérations, les arrêtés de nomination du lieutenant de louveterie et les comptes rendus des lieutenants de louveterie et de ceux des services vétérinaires. La commission d'accès aux documents administratifs (CADA), saisie d'une demande d'avis enregistrée le 21 décembre 2021, a émis le 10 mars 2022 un avis favorable sous réserve, s'agissant des comptes rendus, de l'occultation préalable, le cas échéant, des informations protégées par les dispositions de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, en particulier le secret dû à la vie privée. Par courrier en date du 24 mai 2022, M. C a réitéré sa demande de communication auprès du préfet de la Haute-Corse. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler le refus implicite né le 21 février 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 24 mai 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, à l'appui de son mémoire en défense, le préfet de la Haute-Corse a communiqué les deux arrêtés du maire de Bastia, en date des 28 septembre 2018 et du 22 février 2021, ordonnant l'abattage de bovins dangereux, respectivement, les 28 et 29 septembre 2018 et la nuit du 25 au 26 février 2021. Par suite le litige relatif à la demande de communication des arrêtés relatifs aux deux opérations d'abattage administratif de bovins effectuées sur la commune de Bastia le 28 septembre 2018 et dans la nuit du 25 au 26 février 2021 sont devenue sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

3. D'autre part, si à l'appui de son mémoire en défense, le préfet de la Haute-Corse a également produit l'arrêté " DDTM2B/SEBF/FORET/N° 390/2016 " en date du 25 avril 2016 portant modification de l'arrêté N°2014357-0004 en date du 23 décembre 2014 portant nomination collective et fixant le nombre de circonscription des lieutenants de louveterie, cet arrêté modificatif ne précise pas le lieutenant de louveterie en charge sur le territoire de la commune de Bastia. Par suite, le préfet de la Haute-Corse n'est pas fondé à soutenir que M. C a reçu communication des arrêtés de nomination du lieutenant de louveterie chargé des opérations d'abattage menées le 28 septembre 2018 et dans la nuit du 25 au 26 février 2021. Les conclusions tendant à la communication de ces documents ne se trouvent donc pas privées d'objet.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Corse :

4. Une personne physique ou morale a toujours intérêt à demander l'annulation d'un refus opposé par l'administration à une demande qu'elle a adressée à celle-ci. Par suite, la fin de non-recevoir du préfet de la Haute-Corse tirée du défaut d'intérêt à agir de M. C ne saurait être accueillies.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

6. Les documents dont la communication est demandée par M. C sont au nombre des documents communicables, ainsi que l'a indiqué du reste la commission d'accès aux documents administratifs dans son avis du 10 mars 2022.

S'agissant des arrêtés de nomination des lieutenants de louveterie :

7. Aux termes de l'article L. 311-2 du même code : " () Le droit à communication ne s'applique plus lorsque les documents font l'objet d'une diffusion publique ".

8. En premier lieu, s'agissant de l'opération menée dans la nuit du 25 au 26 février 2021, l'arrêté applicable n'est pas, comme le préfet de la Haute-Corse le soutient, celui mentionné au point 3 du 23 décembre 2014 modifié par son arrêté du 25 avril 2016 mais son arrêté " DDTM2B/SEBF/BIODIVERSITE/N° 2B-2019-12-27-004 " en date du 27 décembre 2019 portant nomination collective et fixant le nombre de circonscriptions des lieutenants de louveterie dont l'article 1er abroge ses arrêtés du 23 décembre 2014 et du 25 avril 2016. Toutefois, l'arrêté du 27 décembre 2019 faisant l'objet d'une diffusion sur le site internet de la préfecture de la Haute-Corse, les conclusions de M. C tendant à la communication de l'arrêté de nomination du lieutenant de louveterie chargé de l'opération effectuée dans la nuit du 25 au 26 février 2021 ne sauraient être accueillies.

9. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté N°2014357-0004 en date du 23 décembre 2014 portant nomination collective et fixant le nombre de circonscription des lieutenants de louveterie ferait l'objet d'une diffusion sur le site internet de la préfecture de la Haute-Corse. Du reste, ce site indique : " Les recueils des actes administratifs du département de la Haute-Corse d'avril 2010 au 21 avril 2015 sont indisponibles ". Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision refusant de lui communiquer l'arrêté de nomination du lieutenant de louveterie chargé de l'opération effectuée le 28 septembre 2018 est entachée d'excès de pouvoir et doit être annulée.

S'agissant des comptes rendus :

10. Le préfet de la Haute-Corse affirme que les comptes rendus des lieutenants de louveterie et des services vétérinaires pour les deux opérations en cause n'existent pas. Cette exception doit être accueillie dès lors qu'elle n'est contredite par aucune pièce du dossier et qu'il n'existe aucune obligation juridique de réaliser de tels comptes rendus.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation des décisions implicites attaquées en tant qu'elles lui refusent la communication de l'arrêté N° 2014357-0004 en date du 23 décembre 2014 portant nomination collective et fixant le nombre de circonscription des lieutenants de louveterie.

En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. La décision d'annuler le refus de communiquer l'arrêté N° 2014357-0004 en date du 23 décembre 2014 portant nomination collective et fixant le nombre de circonscription des lieutenants de louveterie comporte seulement pour le préfet de la Haute-Corse l'obligation de communiquer cet arrêté. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de communiquer cet arrêté dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

En ce qui concerne les conclusions du préfet de la Haute-Corse tendant à infliger à M. C une amende pour recours abusif :

13. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la requête de M. C ne saurait être regardée comme abusive. Il y a dès lors lieu de rejeter les conclusions du préfet de la Haute-Corse, au demeurant irrecevables dès lors qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge, tendant à infliger à M. C une amende sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la communication des deux arrêtés relatifs aux opérations d'abattage administratif de bovins effectuées sur la commune de Bastia le 28 septembre 2018 et dans la nuit du 25 au 26 février 2021.

Article 2 : La décision implicite née le 21 février 2022 ainsi que le refus implicite opposé au recours gracieux du 24 mai 2022 sont annulés en tant que ces décisions refusent de communiquer l'arrêté N° 2014357-0004 en date du 23 décembre 2014 portant nomination collective et fixant le nombre de circonscriptions des lieutenants de louveterie.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Corse de communiquer à M. C l'arrêté N° 2014357-0004 en date du 23 décembre 2014 portant nomination collective et fixant le nombre de circonscriptions des lieutenants de louveterie dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. MONNIERLe greffier,

Signé

B. LELIEVRE

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

Signé

B. LELIEVRE

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