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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201171

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201171

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2022, M. B A demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande d'autorisation de défrichement des parcelles cadastrées n° 66, 67, 838 et 840 F à Santa-Maria-di-Lota.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en fait ;

- le principe d'indépendance des législations empêche que le préfet s'appuie sur un document d'urbanisme pour refuser une autorisation qui relève d'une autre législation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que le plan de prévention des risques naturels prévisibles " incendies de forêt " n'interdit pas le défrichement dans les zones à risque ;

- l'administration a fait une inexacte application des dispositions de l'alinéa 9 de l'article L. 341-5 du code forestier dès lors que la construction projetée est un local de stockage, que le secteur considéré est faiblement boisé, que le défrichement du secteur permettra le ralentissement du feu et la circonscription d'un incendie, que la restauration d'une zone agricole sur le secteur aura un effet tampon et que le secteur est accessible pour les services de secours.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le préfet de la Haute-Corse doit être regardé comme concluant au rejet de la requête. Le préfet fait valoir qu'une instance est pendante devant le juge judiciaire et que M. A a accepté une transaction pénale dont l'exécution exige qu'il dépose une nouvelle demande en vue de l'obtention d'une autorisation de défrichement et que l'administration n'a pas encore reçu le dossier de demande tendant à obtenir cette autorisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code forestier ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 8 avril 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande d'autorisation de défrichement des parcelles cadastrées n° 66, 67, 838 et 840 F à Santa-Maria-di-Lota.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 341-3 du code forestier : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation () " Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 7° Refusent une autorisation () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse oppose à M. A la circonstance que sa demande d'autorisation de défrichement porte sur des parcelles d'une contenance totale de 10 361 m² en vue de la réalisation d'un local de réserve de conditionnement dont la construction n'est pas autorisée au sein d'un secteur de risque fort prévu au plan de prévention des risques naturels prévisibles " Incendie de Forêts " et que cette localisation permet de refuser l'autorisation sollicitée dès lors que la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est nécessaire à la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier, contre les risques d'incendie. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient M. A, la décision comporte l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions du 9° de l'article L. 341-5 du code forestier : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : () A la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier dans le ressort duquel ils sont situés contre les risques naturels, notamment les incendies et les avalanches ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement dans sa version applicable au litige : " I. L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II. Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités () / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que le préfet a pu, sans méconnaître le principe d'indépendance des législations, se fonder sur les dispositions du plan de prévention des risques naturels, incendies de forêt de la commune pour apprécier le risque d'incendie caractérisant le terrain d'assiette des parcelles que le requérant envisageait de défricher.

6. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée n'est pas fondée sur le motif tiré de ce que le plan de prévention des risques naturels prévisibles " incendie de forêts " de la commune interdit le défrichement dans les zones à risque. Dès lors ce moyen est inopérant. Par suite, il doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, les parcelles en cause sont situées au sein du secteur de risque fort dénommé " zone rouge " dans le plan de prévention des risques naturels prévisibles " incendies de forêt " de la commune. Ce document prévoit que la zone rouge se caractérise par des phénomènes pouvant atteindre une grande ampleur au regard des conditions actuelles d'occupation de l'espace et des contraintes de lutte. Selon ce document, cette zone rouge englobe également les secteurs sans enjeux soumis aux aléas moyens à très forts pour lesquels aucune garantie d'entretien n'existe à priori et pour lesquels le principe de précaution s'impose, dans la mesure où l'implantation de nouveaux enjeux isolés favorisant le mitage est un facteur aggravant vis-à-vis du risque incendie. L'inconstructibilité est donc la règle au sein de cette zone. Si M. A soutient que son projet porte sur un local de stockage et non sur une habitation, que le secteur est faiblement boisé, accessible par les services de secours, que le défrichement permettra de pallier les risques d'incendie et que la restauration d'une zone agricole sur le secteur aura un effet tampon, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a fait une inexacte application des dispositions citées au point 4.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.

Copie en sera transmise au préfet de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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