lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2201262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Réconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VESPERINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 16 octobre 2022, M. E F demande au tribunal :
1°) d'annuler :
- l'arrêté n° 22 2B 290 du 12 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
- l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a placé en rétention pour une durée n'excédant pas 48 heures ;
- l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse a mis fin à la rétention administrative et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de l'admettre au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un certificat de résidence d'une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées lui ont été notifiées par un agent dont la compétence pour y procéder n'est pas établie ;
- le secrétaire général de la préfecture ne peut à la fois proposer les décisions attaquées et les signer, en l'absence d'une délégation de pouvoir accordée par le préfet ;
- la délégation de signature accordée au secrétaire général de la préfecture est trop générale ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il participe à l'éducation et à l'entretien de son fils B ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- il enfreindra son contrôle judiciaire en cas d'exécution de la mesure d'éloignement ;
- l'autorité judiciaire n'a pas prononcé la peine de l'interdiction du territoire français ;
- un délai de départ volontaire devait lui être accordé dès lors que le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français n'est pas établi.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Corse qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, les observations de Me Vesperini, représentant M. F, et celles de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant marocain né le 3 février 1987, entré selon lui en France en 1993, M. F a été interpelé à la suite d'un contrôle d'identité sur la voie publique le 11 octobre 2022. Par un arrêté n° 22 2B 290 du 12 octobre 2022, le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par deux autres arrêtés du même jour, le préfet l'a, successivement, placé en rétention pour une durée n'excédant pas 48 heures, avant de mettre fin à la rétention et de l'assigner à résidence pour une durée de 45 jours, soit jusqu'au 23 novembre 2022. M. F demande au tribunal d'annuler ces trois arrêtés.
2. La légalité des décisions administratives s'apprécie à la date de leur édiction. Les circonstances postérieures à celle-ci sont sans incidence sur leur légalité. Il suit de là que le moyen tiré de ce qu'il n'est pas justifié de la compétence du fonctionnaire de police ayant procédé à la notification des trois arrêtés attaqués ne peut être utilement invoqué.
3. Les trois arrêtés attaqués ont été signés par M. Dareau, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Corse, en vertu de la délégation que lui a consentie M. D, préfet de la Haute-Corse, par un arrêté n° 2B-2022-08-24-00001 du 24 août 2022 publié au recueil spécial des actes administratifs n° 13 à l'effet de signer notamment tous les actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Haute-Corse. La délégation ainsi accordée, qui ne s'étend pas à la signature des arrêtés de conflit, ni des arrêtés de réquisition de la force armée, n'est pas trop générale. Par ailleurs et contrairement à ce que soutient le requérant, le secrétaire général de la préfecture peut, même sans délégation de pouvoir, à la fois proposer les arrêtés attaqués et les signer. Il suit de là que les moyens tirés de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doivent être écartés.
4. L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français rappelle les trois précédentes mesures d'éloignement dont M. F a fait l'objet, les décisions de la juridiction administrative ayant rejeté ses recours, ainsi que les quatre condamnations pénales prononcées par l'autorité judiciaire, décrit sa situation administrative et ses attaches familiales et mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui sont applicables. Les arrêtés de placement en rétention puis d'assignation à résidence reprennent ces éléments et font en outre état, respectivement, d'un risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement et de ce que l'éloignement de l'intéressé demeure une perspective raisonnable. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. Père de deux enfants nés en France, M. F se prévaut toutefois du seul cas du jeune B, né le 11 octobre 2018 de son union avec Mme A M. C les quatre versements d'un montant total de 400 euros qu'il a effectués au profit de celle-ci le 12 juin 2020, le 13 juillet 2020, le 8 août 2020 et le 7 septembre 2020, l'intéressé ne justifie pas avoir contribué à l'entretien ou à l'éducation de l'enfant, bien que l'interdiction qui lui avait été faite d'entrer en contact avec la mère ne l'empêchait pas d'apporter une telle contribution, éventuellement sous forme médiatisée, même durant la durée de l'exécution de la peine d'emprisonnement à laquelle il avait été condamné le 7 janvier 2021 par le tribunal correctionnel de Bastia pour violences volontaires sur la mère dont il était alors concubin. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F entretiendrait des relations avec son autre enfant. Par ailleurs, il a déclaré lors de son audition par les services de la police nationale que sa mère était décédée et qu'il n'entretenait aucune relation avec son père, non plus qu'avec aucun de ses six frères et sœurs résidant en France. Enfin, le requérant s'est rendu coupable en 2004 de faits, commis en récidive, d'acquisition, de transport, de détention, d'emploi et d'offre ou cession de stupéfiants, pour lesquels il a été condamné à un an d'emprisonnement. La cour d'appel d'Aix-en-Provence l'a condamné le 10 avril 2008 à un an d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours avec récidive, pour conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance et pour entrée et séjour irrégulier d'un étranger en France. Il a fait l'objet de deux nouvelles condamnations, le 4 avril 2012 à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol et de conduite sans permis, puis le 18 février 2014 pour agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans. Enfin, le requérant a été en dernier lieu, ainsi qu'il a déjà été indiqué, condamné à une peine d'emprisonnement en raison des violences commises avec récidive sur concubine au cours des années 2018 à 2020. Dans ces conditions, compte tenu de l'absence de vie familiale effective en France et en dépit de la circonstance que M. F séjournerait de manière habituelle en France depuis qu'il a atteint l'âge de six ans, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui apparaît nécessaire à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant les arrêtés attaqués doit être écarté. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Corse aurait entaché son appréciation de la situation personnelle de M. F d'une erreur manifeste doit être écarté pour les mêmes motifs.
7. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
8. Eu égard à ce qui a été indiqué au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en prenant les arrêtés attaqués.
9. M. F ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 9 de cette convention, relatives à la séparation des enfants de leurs parents qui sont dépourvues d'effet direct en droit interne.
10. Les obligations du contrôle judiciaire fixées par l'autorité judiciaire ne font pas obstacle à l'exercice par le représentant de l'Etat dans le département des pouvoirs que lui confie le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que la circonstance que le requérant méconnaîtrait les obligations relatives à son placement sous contrôle judiciaire en cas d'exécution de la mesure d'éloignement est sans incidence sur la légalité de celle-ci. L'intéressé ne peut pas davantage se prévaloir utilement ce que l'autorité judiciaire n'a pas prononcé contre lui une peine d'interdiction du territoire français.
11. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " L'article L. 612-2 prévoit que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
12. M. F a fait l'objet de trois précédentes décisions portant obligation de quitter le territoire français, prises par le 16 novembre 2014 par le préfet du Var et le 10 juillet 2017 puis le 1er décembre 2020 par le préfet de la Haute-Corse. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait exécuté ces mesures successives prescrivant son éloignement du territoire national. Il suit de là qu'en l'absence de circonstances particulières, le risque que M. F se soustraie à la décision du 12 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français peut être regardé comme établi. Le préfet de la Haute-Corse a ainsi pu légalement lui refuser un délai de départ volontaire.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des trois arrêtés attaqués. La requête doit dès lors être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet de la Haute-Corse.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
T. VANHULLEBUSLa greffière,
Signé
H. NICAISE
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
H. NICAISE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026