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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201286

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201286

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSANTONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 octobre 2022 et le 15 mai 2023, Mme D B née C, représentée par Me Santoni, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 7 mai 2021 par lequel le maire de Sari-Solenzara a délivré à M. A E un permis de construire une maison sur la parcelle cadastrée section E n° 863, située au lieudit " Penna ", ainsi que l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le maire lui a délivré un permis de construire modificatif portant sur l'implantation de cette maison, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

La requérante soutient que :

- elle justifie de l'intérêt lui donnant qualité pour agir, étant voisine immédiate du projet qui portera atteinte à l'ensoleillement de sa maison ;

- les arrêtés litigieux sont entachés de fraudes : le plan de masse n'indique pas la différence d'altimétrie entre la parcelle E 863 et le pied du mur limitrophe avec la parcelle E 862, induisant le service instructeur en erreur sur le respect de la règle de prospect fixée à l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme ; la demande omet de préciser que le terrain d'assiette du projet présente une déclivité certaine, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ; elle ne précise pas que le terrain était boisé, en méconnaissance de l'article U 13 du règlement du plan local d'urbanisme ; le dossier de demande de permis est taiseux sur la démolition partielle du mur de soutènement en limite est.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, M. A E doit être regardé comme concluant au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par Mme B née C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Santoni, avocat Mme B née C.

Une note en délibéré de Mme B née C a été enregistrée le 5 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 mai 2021, le maire de Sari-Solenzara a délivré à M. A E un permis de construire une maison sur la parcelle cadastrée section E n° 863, située au lieudit " Penna ". Suite à une demande du pétitionnaire en date du 5 octobre 2021, le maire lui a délivré, le 6 octobre 2021, un permis de construire modificatif concernant l'implantation de cette maison. Par une lettre présentée à cette commune le 12 août 2022, Mme B née C a formé un recours gracieux auquel l'administration n'a pas répondu. Mme B née C demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 7 mai 2021 et 6 octobre 2021, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, née le 12 octobre 2022.

2. L'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

3. En premier lieu, l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sari-Solenzara, relatif aux règles de prospect, prescrit l'implantation des constructions soit en retrait de la limite séparative à une distance égale à la moitié de la hauteur de la construction, sans que cette distance soit inférieure à 4 mètres, soit en limite séparative, si notamment la hauteur totale mesurée au droit de ces limites est inférieure à 4 mètres.

4. Il ressort des pièces du dossier que la façade nord de la construction projetée s'implante en limite séparative avec la parcelle cadastrée section E n° 862. Il est constant que cette limite séparative se caractérise par la présence d'un mur de soutènement. Ce mur ne figure dans aucune des pièces produites par le pétitionnaire à l'appui de ses demandes de permis de construire. Dès lors, le service instructeur a été privé de la possibilité de vérifier la hauteur réelle du projet au droit de cette limite séparative. Néanmoins, selon le plan de coupe du projet, la hauteur de la construction projetée est de 4,21 mètres, soit à une hauteur supérieure à celle admise par les prescriptions citées au point précédent. Il s'ensuit que Mme B née C n'est pas fondée à soutenir que les permis litigieux auraient été obtenu à la suite d'une manœuvre frauduleuse du pétitionnaire destinée à tromper l'administration.

5. En deuxième lieu, l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme prévoit : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () "

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies du terrain devant accueillir le projet, que cette parcelle présente une pente. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le dossier de demande de permis de construire aurait dissimulé de manière frauduleuse l'existence d'une telle déclivité.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R.* 431-33-1 ; c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ".

8. Mme B née C ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des prescriptions de l'article U13 du règlement du plan local d'urbanisme de Sari-Solenzara relatives au maintien ou au remplacement des plantations existantes pour soutenir que le permis aurait été obtenu par fraude en masquant l'état boisé du terrain dès lors que le contenu de la demande de permis de construire est déterminé par le code de l'urbanisme.

9. En quatrième et dernier lieu, la requérante, qui au demeurant n'allègue la méconnaissance d'aucune disposition d'urbanisme relative à la composition du dossier de demande de permis de construire, ne saurait utilement soutenir que ce dossier n'indique pas la démolition partielle du mur de soutènement en limite est de la parcelle accueillant le projet, dès lors qu'il est constant que de tels travaux ont été effectués postérieurement à la délivrance des permis litigieux.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B née C n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du maire de Sari-Solenzara des 7 mai 2021 et 6 octobre 2021, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, née le 12 octobre 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B née C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B née C, à la commune de Sari-Solenzara et à M. A E.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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