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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201321

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201321

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP CGCB & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 octobre 2022, le 30 octobre 2023 et le 29 février 2024, la SAS Simogal, représentée par Me Poletti, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 7 juillet 2022 par lequel le maire de Porto-Vecchio a refusé de lui délivrer un permis de construire un immeuble de 8 logements sur les parcelles cadastrées section AD nos 145, 158, 418 et 419, rue du bastion de France, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 8 août 2022.

La société requérante soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation des conditions d'accès à son projet et du risque de ruissellement des eaux pluviales, au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation des conditions d'accès à son projet au regard des dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation de l'insertion de son projet dans l'environnement au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 mai 2023 et le 4 décembre 2023, la commune de Porto-Vecchio, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SAS Simogal au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que :

- les moyens soulevés par la SAS Simogal ne sont pas fondés ;

- par voie de substitution de motif, les dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme font obstacle au projet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Poletti, avocat de la SAS Simogal, ainsi que celles de Me Giorsetti, avocate de la commune de Porto-Vecchio.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 7 juillet 2022, le maire de Porto-Vecchio a refusé de délivrer à la SAS Simogal un permis de construire un immeuble de 8 logements sur les parcelles cadastrées section AD nos 145, 158, 418 et 419, rue du bastion de France. Le 8 août 2022, cette société a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté auquel l'administration n'a pas répondu. La SAS Simogal demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 et la décision implicite, née le 8 octobre 2022, de rejet de son recours gracieux.

Sur les la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée ". Le deuxième alinéa de l'article R. 424-5 du même code prévoit que : " Si la décision comporte rejet de la demande () elle doit être motivée ". L'article A. 424-4 du code prévoit que lorsque, notamment, le permis est refusé : " () l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision () ".

3. L'arrêté litigieux cite les dispositions des articles R. 111-2, R. 111-5 et R. 111-8 du code de l'urbanisme et comporte les considérations de fait tenant à chacun des motifs tirés de l'application de ces dispositions. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de forme ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité interne :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

5. Pour prendre l'arrêté litigieux, le maire de Porto-Vecchio a estimé, d'une part, que le terrain n'était desservi que par une impasse, sans espace de retournement. Il précise que si l'accès au projet nécessite des aménagements, ces derniers n'ont pas été autorisés, alors que la voie communale permettant d'accéder au projet est étroite et présente un rayon de courbure anormalement réduit pour la circulation des véhicules. Il ajoute que les 6 places de stationnement prévues pour le projet ne sont pas réalisables pour la moitié d'entre elles, nécessitant au préalable le dégagement de deux véhicules qui gêneraient la circulation sur cette voie publique. En outre, il indique que l'accès au garage situé au niveau du bâtiment projeté s'effectuera par une rampe dont la pente est de 21 %. D'autre part, cet arrêté indique que ce projet ne présente aucune disposition particulière visant à maîtriser l'impact du ruissellement des eaux pluviales, eu égard à l'imperméabilisation des sols qu'il génère, à la forte pente du terrain naturel, à l'inadaptation de ce terrain à l'aménagement d'un bassin de rétention et d'infiltration et à l'absence de dispositif de rétention ou de collecte de ces eaux. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse du projet, que si la voie d'accès au terrain d'assiette du projet en litige présente une largeur d'environ 4 mètres sur toute sa longueur, la rampe d'accès au projet présente une pente de 18 %. En outre, ainsi que l'indique la décision attaquée, l'aménagement des places de stationnement dans le garage inférieur du bâtiment est susceptible de gêner la circulation sur la voie publique par le dégagement de véhicules qu'il est susceptible de générer. Enfin, si la société requérante soutient, au demeurant sans l'établir, que le projet en cause venant en lieu et place d'un bâtiment inachevé, ne créera qu'une emprise au sol supplémentaire de 2 %, il ressort des termes mêmes de la notice descriptive du projet que la pente de ce terrain est boisée d'une oliveraie plantée sur une forte pente, d'environ 50 %. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie () ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la voie publique d'accès au terrain d'assiette du projet en litige présente une largeur d'environ 4 mètres sur toute sa longueur. En outre, il n'apparaît pas que cette voie soit de nature à rendre difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Dès lors, la SAS Simogal est fondée à soutenir qu'en se fondant sur les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme pour rejeter sa demande de permis, le maire de Porto-Vecchio a fait une inexacte application de ces dispositions.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que seul n'est pas fondé le motif de la décision litigieuse tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme. Il résulte de l'instruction que le maire de Porto-Vecchio aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que les motifs tirés de la méconnaissance des articles R. 111-2 et R. 111-8 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que la SAS Simogal n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Porto-Vecchio du 7 juillet 2022 et de sa décision implicite, née le 8 octobre 2022, de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Porto-Vecchio la somme que demande la SAS Simogal au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette société une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Porto-Vecchio et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Simogal est rejetée.

Article 2 : La SAS Simogal versera à la commune de Porto-Vecchio une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Simogal et à la commune de Porto-Vecchio.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

J. MARTIN

Le président,

P. MONNIERLa greffière,

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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