jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2201411 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté n° 22 2B 323 du 16 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'illégalité en ce qu'il fixe une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le requérant entre dans le champ d'application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté ne méconnaît pas les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la compagne du requérant ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 2 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Après avoir décidé de différer la clôture de l'instruction au 19 janvier 2023 à 18 heures.
Considérant ce qui suit :
1. Nigérian né le 6 juin 1995, M. B, qui serait entré en France le 6 septembre 2018, a déposé le 1er octobre 2019 une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 17 avril 2020 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. La Cour nationale du droit d'asile a rejeté le 28 avril 2021 le recours formé contre cette décision. L'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le 20 juillet 2021. Le préfet de la Haute-Corse a pris à son encontre, à la suite d'un contrôle d'identité effectué le 16 novembre 2022 alors qu'il débarquait d'un bateau en provenance de Marseille, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 du préfet de la Haute-Corse.
2. L'arrêté attaqué vise les dispositions applicables, mentionne les éléments d'information propres à la situation personnelle familiale et professionnelle de M. B, ainsi qu'à sa demande d'asile, et examine cette situation au regard des dispositions applicables. Le moyen tiré du défaut de motivation manque ainsi en fait et doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
4. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, la reconnaissance de la qualité de réfugié et le bénéfice de la protection subsidiaire ont été définitivement refusés à M. B. Celui-ci n'est titulaire ni d'un titre de séjour, ni d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, ni d'une autorisation provisoire de séjour. Par suite, il entre dans le champ des prévisions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. M. B est père de deux enfants, nés à Marseille respectivement le 30 octobre 2019 et le 9 août 2022, de son union avec sa compagne. La demande d'asile déposée par cette dernière a également été rejetée, par une décision du 8 octobre 2020 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le préfet des Bouches-du-Rhône a fait obligation à l'intéressée, également nigériane, de quitter le territoire français par un arrêté du 2 novembre 2021. Il suit de là que, le couple n'ayant pas vocation à résider sur le territoire national, la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer M. B de sa compagne ni de ses enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut dès lors qu'être écarté.
7. Eu égard aux conditions de séjour du requérant en France et à ce qui a été indiqué au point précédent, et alors même qu'il exerce une activité professionnelle, au demeurant sans autorisation administrative, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse ait entaché son appréciation de la situation personnelle de M. B d'une erreur manifeste en décidant de prononcer son éloignement du territoire français.
8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait présenté une demande son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions. Celles-ci ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Il suit de là que M. B ne peut pas utilement se prévaloir d'une prétendue méconnaissance de ces dispositions pour demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022.
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-110 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
10. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué " présente une irrégularité dans la fixation d'une interdiction de retour d'un an " n'est manifestement pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022 du préfet de la Haute-Corse. Il suit de là que, sans qu'il y ait lieu d'accorder au requérant l'aide juridictionnelle à titre provisoire, la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles qui ont été présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Corse.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé
T. CLa greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
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