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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201427

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201427

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022, la SCI A Sulana doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 12 septembre 2022 par lequel le maire de Bonifacio a refusé de lui délivrer un permis de construire trois villas sur la parcelle cadastrée section A n° 705, située au lieudit " Chiova d'Asinu " ;

2°) d'annuler l'avis défavorable émis par le préfet de la Corse-du-Sud le 22 juillet 2022 ;

3°) de mettre à la charge respective de l'Etat et de la commune de Bonifacio la somme de 1 250 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- l'avis conforme défavorable du préfet est insuffisamment motivé ;

- cet avis méconnaît l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, en ce que deux certificats d'urbanisme lui ont été délivrés antérieurement à l'abrogation du plan local d'urbanisme si bien que le maire n'était pas dans l'obligation de saisir le préfet pour avis ;

- cet avis méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), qui ne lui sont pas opposables ;

- cet avis porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à son droit de propriété ;

- cet avis est constitutif d'une voie de fait ;

- en sollicitant l'avis conforme du préfet de la Corse-du-Sud, le maire de Bonifacio a commis une erreur de droit ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il méconnaît l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté litigieux porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale au titre de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en fondant son refus sur un document inexistant, cet arrêté est entaché d'inexactitude matérielle et d'inexistence juridique ;

- cet arrêté constitue une rupture d'égalité de traitement des usagers du service public, en ce qu'il ne peut bénéficier pleinement de son droit à la sécurité juridique et à la fiabilité dans ses relations avec la commune de Bonifacio.

Un mémoire du préfet de la Corse-du-Sud a été enregistré le 6 août 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, fixée au 5 octobre 2023 par ordonnance du même jour.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'avis du préfet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A, représentant la SCI " A Sulana ".

Considérant ce qui suit :

1. La SCI A Sulana demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 12 septembre 2022 par lequel le maire de Bonifacio a refusé de lui délivrer un permis de construire trois villas sur la parcelle cadastrée section A n° 705, située au lieudit " Chiova d'Asinu ", ainsi que l'avis défavorable du préfet de la Corse-du-Sud du 22 juillet 2022.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'avis du 22 juillet 2022 :

2. L'avis défavorable du préfet de la Corse-du-Sud du 22 juillet 2022 constituant un acte préparatoire à la décision attaquée, il ne fait pas grief à la SCI A Sulana. Il suit de là que les conclusions dirigées contre cet avis ne sont pas recevables.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme : " En cas d'annulation par voie juridictionnelle ou d'abrogation d'une carte communale, d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou de constatation de leur illégalité par la juridiction administrative ou l'autorité compétente et lorsque cette décision n'a pas pour effet de remettre en vigueur un document d'urbanisme antérieur, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale recueille l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis ou les déclarations préalables postérieures à cette annulation, à cette abrogation ou à cette constatation ". Selon l'article L. 174-6 du même code : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale intervenant après le 31 décembre 2015 ayant pour effet de remettre en application le document immédiatement antérieur, en application de l'article L. 600-12, peut remettre en vigueur, le cas échéant, le plan d'occupation des sols immédiatement antérieur. Le plan d'occupation des sols immédiatement antérieur redevient applicable pour une durée de vingt-quatre mois à compter de la date de cette annulation ou de cette déclaration d'illégalité. Il ne peut durant cette période faire l'objet d'aucune procédure d'évolution () ".

4. Par le jugement n° 2000902 du 17 février 2022, le tribunal a déclaré illégal le plan local d'urbanisme de la commune de Bonifacio. En application des dispositions précitées du code de l'urbanisme, un tel jugement a eu pour effet de remettre en vigueur le plan d'occupation des sols antérieurement applicable, pour une durée de 24 mois. Il suit de là que l'avis défavorable du préfet de la Corse-du-Sud du 22 juillet 2022 doit être regardé comme un avis simple et non pas comme un avis conforme. Ainsi, l'arrêté litigieux n'a pas été pris pour l'application de cet avis et ce dernier n'en constitue pas la base légale. Il s'ensuit que l'ensemble des moyens de la requête soulevés contre cet avis, par voie d'exception d'illégalité, est inopérant.

5. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'avis émis par le préfet de la Corse-du-Sud le 22 juillet 2022 est un avis simple. Dès lors, le maire de Bonifacio ne saurait être regardé comme ayant saisi le préfet afin de recueillir un avis conforme. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En troisième lieu, la SCI A Sulana ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme relatives au certificat d'urbanisme pour soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'un vice de procédure.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. La décision par laquelle le maire refuse un permis de construire, sur le fondement des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, n'a pas le caractère d'une ingérence d'une autorité publique dans le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de la violation de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'inexactitude matérielle et d'inexistence juridique au motif qu'il serait fondé sur un document inexistant est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il en va de même du moyen, inintelligible, tiré de ce que l'arrêté litigieux constitue une rupture d'égalité de traitement des usagers du service public, en ce que la société requérante ne peut bénéficier pleinement de son droit à la sécurité juridique et à la fiabilité dans ses relations avec la commune de Bonifacio.

10. Il résulte de ce qui précède que la SCI A Sulana n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Bonifacio du 12 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI A Sulana est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI A Sulana, à la commune de Bonifacio et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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