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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201429

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201429

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPOLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, M. A B et Mme C B, son épouse, représentés par Me Muscatelli, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° PC 02B 034 22 B 0015 en date du 9 octobre 2022 par lequel le maire de Belgodère a délivré à la SAS U scaleghju di u reginu un permis de construire quatre maisons avec piscines sur un terrain situé au lieudit Chioso Longo ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Belgodère une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué méconnaît :

- l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il ne mentionne pas les nom et prénom du maire ;

- les articles L. 425-6 et R. 431-19 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne comporte pas l'autorisation de défrichement requise ;

- les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette est ouvert sur des espaces naturels et est relié à un habitat diffus.

Vu :

- le code forestier ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Silvestri, substituant Me Muscatelli, avocat des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 octobre 2022, le maire de Belgodère a délivré à la SAS U scaleghju di u reginu un permis de construire quatre maisons avec piscines sur les parcelles cadastrées section A n°s 1475, 1476, 1477, 1478 et 1479, situées au lieudit Chioso Longo. Par la présente requête, M. et Mme B, propriétaires d'un logement sis sur la parcelle voisine cadastrée section A n° 1474, demandent au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 octobre 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

3. Si l'arrêté litigieux indique la qualité de son signataire, le maire de Belgodère, il ne comporte ni le nom ni le prénom de ce dernier. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de forme doit être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme : " Conformément à l'article L. 341-7 du nouveau code forestier, lorsque le projet porte sur une opération ou des travaux soumis à l'autorisation de défrichement prévue aux articles L. 341-1 et L. 341-3 du même code, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis ". Selon les dispositions de l'article R. 431-19 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent une autorisation de défrichement en application des articles L. 341-1, L. 341-3 ou L. 214-13 du code forestier, la demande de permis de construire est complétée par la copie de la lettre par laquelle le préfet fait connaître au demandeur que son dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet, si le défrichement est ou non soumis à reconnaissance de la situation et de l'état des terrains et si la demande doit ou non faire l'objet d'une enquête publique ". Aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière () ". Aux termes de l'article L. 341-3 de ce code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation () ". Ensuite aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Sont considérés comme des bois et forêts au titre du présent code les plantations d'essences forestières et les reboisements ainsi que les terrains à boiser du fait d'une obligation légale ou conventionnelle. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 342-1 dudit code : " Sont exemptés des dispositions de l'article L. 341-3 les défrichements envisagés dans les cas suivant : 1° Dans les bois et forêts de superficie inférieure à un seuil compris entre 0,5 et 4 hectares, fixé par département ou partie de département par le représentant de l'Etat, sauf s'ils font partie d'un autre bois dont la superficie, ajoutée à la leur, atteint ou dépasse ce seuil ; () ". Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que lorsque le projet nécessite une autorisation de défrichement, elle doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis de construire.

5. Il ressort des pièces du dossier ainsi que du site Géoportail, librement accessible tant au juge qu'aux parties, que les parcelles cadastrées section 34 A n°s 1475, 1476, 1477, 1478 et 1479 sont couvertes de formations végétales dominées par des arbres d'espèces forestières et qu'elles font partie d'un massif forestier dont la surface est supérieure au seuil minimal de quatre hectares résultant des dispositions de l'article L. 342-1 du code forestier. Dès lors, l'arrêté attaqué ne pouvait être pris sans l'obtention préalable de l'autorisation administrative mentionnée à l'article L. 341-1 du code forestier. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions des articles L. 425-6 et R. 431-19 du code de l'urbanisme.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, applicable sur le territoire de la commune de Belgodère : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

7. Le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), qui précise les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'il constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Le PADDUC prévoit par ailleurs la possibilité de permettre le renforcement et la structuration, sans extension de l'urbanisation, des espaces urbanisés qui ne constituent ni une agglomération ni un village ainsi caractérisés, sous réserve qu'ils soient identifiés et délimités dans les documents d'urbanisme locaux. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral.

8. Il ressort des pièces du dossier que le lieudit Chioso Longo ne constitue pas un habitat suffisamment dense et important pour constituer une agglomération au sens du PADDUC alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il exercerait une fonction structurante à l'échelle de la région dominant la plaine débouchant sur Calvi. Il ne saurait davantage être regardé comme un village au sens du PADDUC eu égard à son caractère pavillonnaire, dénué de tout indice de vie sociale et en l'absence du caractère stratégique pour l'organisation et le développement de la commune de Belgodère. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC.

9. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2022.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Belgodère la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : La commune de Belgodère versera à M. et Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B, à la commune de Belgodère et à la SAS U scaleghju di u reginu.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bastia.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. Mannoni

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