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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201430

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201430

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBLEINES-FERRARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 novembre 2022, le 19 mai 2023 et le 18 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Bleines-Ferrari, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 23 septembre 2022 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison et 5 chambres d'hôtes sur la parcelle cadastrée section AB n° 414, située au lieudit " Alzone ", sur le territoire de la commune d'Albitreccia ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de lui délivrer un permis de construire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'auteur de l'arrêté litigieux n'était pas compétent pour le signer ;

- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, son projet s'insérant dans un secteur extrêmement urbanisé ; il ne constitue pas une extension d'urbanisation ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme, son projet ne faisant pas partie des espaces proches du rivage ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme, la pente moyenne de la parcelle étant de 20 % ; son terrain ne présente pas de forte potentialité agricole.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 23 septembre 2022 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison et 5 chambres d'hôtes sur la parcelle cadastrée section AB n° 414, située au lieudit " Alzone ", sur le territoire de la commune d'Albitreccia ;

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, le préfet de la Corse-du-Sud a, par un arrêté du 3 mars 2022 publié au recueil des actes administratifs du même jour, donné délégation, en application du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à M. Larrey, secrétaire général de la préfecture de la Corse-du-Sud, à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de Corse-du-Sud à l'exception des réquisitions de la force armée, des arrêtés de conflit et des ordres de réquisition du comptable public assignataire. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 7° Refusent une autorisation ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, l'arrêté litigieux indique que le projet méconnait l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il s'implante dans un secteur composé de constructions ne caractérisant pas un village ou une agglomération au sens de ces dispositions, ainsi que l'article L. 122-10 du même code, en ce qu'une grande partie du terrain d'assiette du projet présente une forte potentialité agricole. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité interne :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

6. Le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC), qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 5.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des vues aériennes, que le secteur d'Alzone dans lequel les constructions projetées s'implantent ne comportant que des habitations, est dépourvu de tout indice de vie sociale, ne se caractérisant ainsi par aucune mixité des usages, ainsi que le PADDUC le prévoit. Dès lors, ce secteur ne présente pas de fonction structurante à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire ni de caractère stratégique pour l'organisation et le développement de la commune d'Albitreccia. En outre, contrairement à ce que M. A soutient, la circonstance que des autorisations d'urbanisme ont été délivrées dans ce secteur est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux. Il suit de là que ce projet ne se situe pas en continuité d'une agglomération ou d'un village au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Ainsi, le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit être écarté.

8. En deuxième lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, l'arrêté litigieux ne se fonde pas sur les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme pour refuser le permis qu'il a sollicité, mais sur le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme qui cite seulement ces dispositions. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-13 est dès lors inopérant.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition ".

10. D'une part, il est constant que le terrain devant accueillir les constructions projetées présente une pente supérieure à 15 %. D'autre part, la seule circonstance, alléguée en défense, que ce terrain a été identifié par le PADDUC comme faisant partie des espaces stratégiques agricoles ne suffit pas à établir la nécessité de préserver ce terrain au regard de son rôle et de sa place dans les systèmes d'exploitation locaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que seul est fondé le motif de la décision litigieuse tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce motif. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune d'Albitreccia.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI *

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