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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201431

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201431

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCONSTANZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2022 et le 31 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Constanza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 9 septembre 2022 par lequel le maire de Coggia a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison, un garage et une terrasse, sur la parcelle cadastrée section E05 n° 967, au lieudit " Dordona ", ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Coggia de lui délivrer un permis de construire ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Coggia la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, son projet étant situé à l'intérieur d'un secteur urbanisé qui n'est pas diffus et ne constituant pas une extension d'urbanisation ; le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) classe son terrain au sein de zones urbaines se caractérisant par un lieu de vie permanent ; ce terrain est desservi par tous les équipements publics.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Constanza, représentant M. A.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 21 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté du 9 septembre 2022, le maire de Coggia a refusé de délivrer à M. A un permis de construire une maison, un garage et une terrasse sur la parcelle cadastrée section E05 n° 967, au lieudit " Dordona ". Par une lettre du 21 septembre 2022, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté auquel l'administration n'a pas répondu. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, née le 21 novembre 2022.

2. Aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme : " En cas d'annulation par voie juridictionnelle ou d'abrogation d'une carte communale, d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou de constatation de leur illégalité par la juridiction administrative ou l'autorité compétente et lorsque cette décision n'a pas pour effet de remettre en vigueur un document d'urbanisme antérieur, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale recueille l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis ou les déclarations préalables postérieures à cette annulation, à cette abrogation ou à cette constatation. ". Par le jugement n° 1400184 du 3 décembre 2015, le tribunal a annulé le plan local d'urbanisme de Coggia en tant, notamment, qu'il ouvre à l'urbanisation les zones U situées dans les espaces proches du rivage où le projet en cause se situe. En application des dispositions précitées, le maire de Coggia a recueilli, avant de prendre la décision attaquée, l'avis du préfet de la Corse-du-Sud, qui a émis un avis conforme défavorable en date du 28 juillet 2022. M. A doit être regardé comme soutenant, par voie d'exception, que cet avis est entaché d'illégalité.

3. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants /. Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ". Il résulte de ces dispositions que dans les communes littorales, l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages. En outre, dans les secteurs déjà urbanisés ne constituant pas des agglomérations ou des villages, des constructions peuvent être autorisées en dehors de la bande littorale des cent mètres et des espaces proches du rivage dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article L. 121-8, sous réserve que ces secteurs soient identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme.

4. Le PADDUC, qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 3.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier et du site Geoportail accessible au juge comme aux parties, que le lieudit " Dordona " dans lequel le projet de M. A s'implante, ne comprend pas un nombre significatif de constructions alors que ce secteur se situe à distance du village de Coggia. Si le requérant fait valoir que ce secteur se caractérise par un lieu de vie permanent, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce secteur serait pourvu d'indices de vie sociale et se caractériserait ainsi par une mixité des usages, ainsi que le PADDUC le prévoit. Dès lors, ce secteur ne présente pas de fonction structurante à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire ni de caractère stratégique pour l'organisation et le développement de la commune de Coggia. En outre, les circonstances que le PADDUC identifierait ce secteur comme faisant partie de zones urbaines et que le terrain devant accueillir le projet serait desservi par tous les équipements publics ne suffisent pas à établir que ce terrain serait situé en continuité d'une agglomération ou d'un village au sens des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le projet en cause s'implante dans une partie de la commune qui n'est pas couverte par un plan local d'urbanisme. Cet espace n'est pas davantage couvert par un schéma de cohérence territoriale. Au surplus, il est constant que ce projet fait partie des espaces proches du rivage au sens de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme tel que précisé par le PADDUC. Il s'ensuit que M. A n'est pas davantage fondé à invoquer la méconnaissance du deuxième alinéa de l'article L. 121-8 d code de l'urbanisme.

6. Il résulte de ce qui précède que l'avis conforme défavorable du préfet de la Corse-du-Sud du 28 juillet 2022 n'est pas illégal. Dès lors, le maire de Coggia était en situation de compétence liée pour refuser de délivrer le permis sollicité. Il s'ensuit qu'en tout état de cause, le moyen de la requête tiré du vice de forme, en tant qu'il est dirigé directement contre l'arrêté litigieux, est inopérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Coggia du 9 septembre 2022 et de sa décision implicite de rejet de son recours gracieux. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Coggia et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Baux, présidente ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

A. BAUX

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. C

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