jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2201534 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 12 décembre 2022, le préfet de la Haute-Corse demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le maire de la commune d'Aléria a accordé à la SAS Pacha un permis de construire pour un hangar agricole bardé d'une toiture photovoltaïque et pour réaménager une bâtisse sur les parcelles cadastrées section D n° 168 et 529, situées route de Bonifacio.
Le préfet soutient que :
- le permis méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;
- le projet n'est pas au nombre de ceux qu'autorise l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le bâtiment existant est une ruine et que le hangar projeté ne constitue pas un équipement public ou d'intérêt collectif intégré à l'environnement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;
- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Haute-Corse défère au tribunal l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le maire de la commune d'Aléria a accordé à la SAS Pacha un permis de construire pour un hangar agricole bardé d'une toiture photovoltaïque et pour réaménager une bâtisse sur les parcelles cadastrées section D n°s 168 et 529, situées route de Bonifacio.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
3. Le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 2.
4. Il ressort des pièces du dossier que la construction litigieuse est en ruine et que le projet de M. A vise en réalité à édifier une construction nouvelle. Il s'ensuit que la construction projetée est soumise aux dispositions précitées résultant de la loi littoral.
5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en litige est situé au sein d'un secteur caractérisé par la présence de vastes espaces naturels et est entouré de parcelles vierges de toute urbanisation. Il s'ensuit que le préfet de la Haute-Corse est fondé à soutenir que l'arrêté qu'il défère méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC.
6. En second lieu, l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune dispose que sont interdites : " 1. Les constructions et installations de toute nature, à l'exception de celles visées à l'article N2 () ". Aux termes de l'article N2 de ce règlement : " 1. Sont autorisés dans tous les secteurs de la zone : - Les travaux confortatifs des constructions existantes à usage d'habitation / - Les installations et ouvrages à usage d'équipements publics techniques () / 7. Dispositions particulières au secteur Npv : Sont autorisés les installations et ouvrages liés aux équipements publics ou d'intérêt collectif intégrés à l'environnement, les équipements liés aux énergies renouvelables, et principalement les champs photovoltaïques ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé en zone Npv du plan local d'urbanisme de la commune d'Aléria. D'une part, il résulte de ce qui a été a été dit au point 4 que la rénovation d'une ruine ne saurait être regardée comme des travaux confortatifs d'une construction existante. D'autre part, un hangar agricole bardé d'une toiture photovoltaïque ne saurait davantage être assimilé à un équipement lié aux énergies renouvelables ou à un champ photovoltaïque. Il s'ensuit que le préfet de la Haute-Corse est fondé à soutenir que l'arrêté qu'il défère méconnaît les dispositions des articles N1 et N2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aléria.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Haute-Corse est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le maire de la commune d'Aléria a accordé à la SAS Pacha un permis de construire pour un hangar agricole bardé d'une toiture photovoltaïque et pour réaménager une bâtisse sur les parcelles cadastrées section D n°s 168 et 529, situées route de Bonifacio.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er août 2022 est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Haute-Corse, à la commune d'Aléria et à la SAS Pacha.
Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bastia.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
P. MONNIER
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
J. MARTINLa greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
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