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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201541

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201541

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSUSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 décembre 2022, le 12 juin 2023 et le 28 juillet 2023, la société civile immobilière (SCI) Osteria, représentée par la SCP Amiel-Susini, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 3 août 2022 par lequel le maire de Cauro a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif pour la création d'une extension, d'une terrasse et du changement d'une façade d'une maison sur la parcelle cadastrée section B n° 9, située au lieudit " Osteria ", ensemble la décision en date du 26 octobre 2022 par laquelle le maire de Cauro a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Cauro de lui délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ; subsidiairement, de réexaminer sa demande de permis selon les mêmes modalités ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cauro la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et une somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie.

La société requérante soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'erreur d'appréciation, les modifications projetées relevant bien du champ d'application d'un permis de construire modificatif ;

- cet arrêté méconnaît l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme, ces dispositions ne pouvant fonder un refus de permis ;

- cet arrêté méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, son projet s'insérant bien dans son environnement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 avril 2023, le 13 juillet 2023 et le 19 septembre 2023, la commune de Cauro, représentée par Me Nesa, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Osteria au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que les moyens soulevés par la SCI Osteria ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Mousset-Campana, avocate de la SCI Osteria.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Osteria a déposé le 21 juin 2021 en mairie de Cauro une demande de permis de construire une maison d'une surface de plancher de 93 m2, sur la parcelle cadastrée section B n° 9, située au lieu-dit "Osteria ". En application du b) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, du silence de l'administration durant deux mois est né, le 21 août 2021 un permis tacite. Puis, le 10 juin 2022, cette société a présenté une demande de permis de construire modificatif pour l'extension de cette construction de 31 m2 de surface de plancher, la création d'une terrasse et d'une coursive, ainsi que le changement des façades est et ouest de la construction initialement projetée. Par un arrêté du 3 août 2022, le maire de Cauro a refusé de lui délivrer le permis sollicité. Par une lettre notifiée à cette commune le 3 octobre 2022, cette société a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté que le maire a rejeté par une décision du 26 octobre 2022. La SCI Osteria demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 3 août 2022 et la décision du 26 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des dossiers de demande de permis de construire initial et modificatif déposés par la société pétitionnaire, que par leur ampleur, les travaux projetés, cités au point 1, ne sauraient être regardés comme ayant dénaturé le projet initialement autorisé. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir qu'en rejetant sa demande de permis modificatif au motif que son projet modifiait de manière trop importante le projet initial, le maire de Cauro a commis une erreur d'appréciation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement ". Ces dispositions ne permettent pas à l'autorité administrative de refuser un permis de construire, mais seulement de l'accorder sous réserve du respect de prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, si le projet de construction est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement.

5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'en se fondant sur les dispositions précitées du code de l'urbanisme pour rejeter la demande de permis de la SCI Osteria, le maire de Cauro a commis une erreur de droit. Dès lors, ce moyen doit être accueilli.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies du secteur d'implantation du projet produites par les parties, que les maisons voisines de la construction en cause sont dotées de vastes terrasses. Dès lors, la SCI Osteria est fondée à soutenir qu'en estimant que l'ajout d'une terrasse dans un secteur particulièrement visible à l'entrée du village, par son impact visuel, vient porter atteinte au caractère du village, le maire de Cauro a fait une inexacte application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

8. Il résulte de ce qui précède que la SCI Osteria est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Cauro du 3 août 2022 et de sa décision du 26 octobre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement censure les motifs opposés par le maire de Cauro à la demande de permis de construire déposée par la SCI Osteria. Il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme opposables à cette demande interdiraient de prononcer une injonction ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Cauro de délivrer à cette société le permis de construire sollicité, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

10. En premier lieu, la somme demandée par la société requérante au titre des dépens correspond à des droits de plaidoirie qui ne sont pas au nombre des dépens énumérés par l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent, en conséquence, qu'être rejetées.

11. En second lieu, d'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cauro une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Osteria et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la SCI Osteria, qui n'est pas la partie perdante, verse à la commune de Cauro une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Cauro du 3 août 2022 et sa décision du 26 octobre 2022 de rejet du recours gracieux de la SCI Osteria sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Cauro de délivrer à la SCI Osteria le permis qu'elle a sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Cauro versera à la SCI Osteria une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Osteria et à la commune de Cauro.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIERLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. Mannoni

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